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Utopiales 2003 : Festival international du film de Science Fiction
Festival international de la science fiction de la ville de Nantes
novembre 2003


Véritable carrefour multimédia de l’imaginaire, le festival international de science fiction de la ville de Nantes accorde une place de choix au cinéma D’ailleurs, c’est la nuit «  Dead or Alive  » qui ouvrait les festivités, la veille de l’ouverture officielle du salon, avec la projection nocturne de la trilogie culte de Takashi Miike, qui emmena les plus courageux à plus de quatre heures du matin. Mais, ces « Nuits Spéciales » ne sont pas les seuls atouts de cette superbe réunion qui, en plus projections « rétrospectives » et d’avants premières («  Qui a tué Bambi ?  »), organise une compétition internationale de cinéma de science fiction.

Cette année, Olivier Müller avait sélectionné huit œuvres parmi films d’auteurs et productions commerciales. Si, malheureusement, la qualité ou la thématique SF n’étaient pas toujours au rendez-vous, le public a répondu à l’appel et est venu en nombre profiter de la salle de 800 places de la cité des congrès.

Pour ma part, qui ai raté la première projection de «  Yomigaeri  », tout commence avec «  Gozu  », un film de yakusa ambiancé comme une comédie surréaliste aux accents lynchiens (veine « Lost Highway ») par un Takashi Miike toujours aussi déjanté. Un long-métrage étrange où l’on retrouve l’humour et les fantasmes récurrents du réalisateur, mais, qui ne réjouira que les inconditionnels du cinéaste japonais en laissant les amateurs de SF sur leur faim.

Ensuite, c’est au tour de Brian Yuzna (en personne) de nous présenter le 3ème opus de la série des Re-Animator. «  Beyond Re-Animator  », avec son style année 80 et son cocktail de femmes à fortes poitrines, d’humour noir et de gore outrancier, va débrider l’audience. Il faut dire que le Dr Herbert West (toujours incarné par Jeffrey Combs, délectable) travaille, au fond d’une cellule, sur une nouvelle formule de son sérum. Mais, l’arrivée d’un nouveau médecin à l’infirmerie de la prison va lui permettre d’avoir accès au matériel médical. Bientôt la situation lui échappe, et sous la menace de zombies toujours plus nombreux, ne tarde pas à tourner à l’émeute. Sauvagement délirant et horriblement drôle, ce film espagnol (si, si) va emporter l’adhésion des spectateurs et rafler le Prix du Public. Cerise sur le gâteau, après la projection, Brian Yuzna va se prêter à un long jeu de questions réponses instructif et particulièrement sympathique, avant que la salle « Dune » ne soit réquisitionnée pour La Nuit Mélies d’Argent du court-métrage.

Dimanche, «  Kohtalon Kirja  » ouvre le bal. Ce petit film finlandais est l’une des rares incursions finnoises dans le domaine de la science fiction. Réalisé par deux cousins, Tero Molin et Tommy Lepola, transfuges de la pub, «  Kohtalon Kirja  » se présente comme un faux film à sketches retraçant les péripéties d’un personnage ballotté au fil des pages du Livre de la Destiné. Prêtre chasseur de vampires, pistolero au far west, soldat durant la seconde guerre mondiale, agent secret de nos jours et finalement voyageur de l’espace cybernétiquement modifié, le héros récurrent se retrouve finalement confronté à un choix décisif dont l’enjeu n’est autre que le devenir de l’univers connu. Si d’évidence cette production, tournée en DV, manque singulièrement de moyen, mis en évidence par une mise en scène et une interprétation souvent naïves, l’histoire, elle, n’est pas dénuée d’intérêt.

«  Le Monde vivant  » (Eugène Green, 2003), par contre, n’avait rien à faire dans cette compétition (même s’il reçoit, à la surprise générale, le Prix des Exploitants). Projeté dans une petite salle qui refusait du monde, cette parodie de Fantasy au parfum d’Eric Rohmer, va rapidement connaître la désaffection du public. On y suit les aventures du chevalier au lion (avec les liaisons et un chien à la place du lion) venu terrasser l’ogre (dont on ne verra que les mains) d’un monde peuplé de créatures fantastiques (mais invisibles). Bref, un film où il ‘y a pas grand chose à voir mais qui permet de se marrer un bon coup.

«  All tomorrow’s parties  » du chinois Yu Lik Wai n’a pas plu. Trop lent, trop long (surtout après « Le Monde Vivant »). Il faut dire que cette histoire dans une Chine post-apocalyptique livrée aux sectes religieuses est assez déprimante. On suit, mais sans jamais être vraiment impliqué, les pérégrinations des protagonistes, depuis leur libération d’un camp de rééducation jusqu’à leurs errances dans un monde dévasté hyperréaliste. Si par moment, quelques éclairs apportent un soubresaut à la pellicule (tournée aussi en DV), comme ce passage speedé sur «  Insight  » (oui, du Joy Division dans un film chinois), on retombe très vite dans la morosité ambiante.

C’est «  Luminal  », de Andrea Vechiato, qui conclut cette seconde journée de compétition. Ce drame réaliste nous entraîne dans un Paris high-tech aux côtés de deux prostituées accrocs au luminal (une drogue de l’avenir), au moment où elles décident de plaquer leur mac (interprété par le toujours fascinant Denis Lavant). Malheureusement, un design futuriste est loin de faire un film de science fiction et on se retrouve, juste après la projection, avec Andrea Vechiato et Denis Lavant sans vraiment savoir de quoi parler, tant le film est hors sujet. Frustrant.

Lundi, Greg Pak, américain et spécialiste du court-métrage, vient clôturer les débats. Son «  Robots Stories  » propose quatre variations sur le thème des créatures artificielles chères au bon docteur Asimov. Réalisation soignée, interprétations convaincantes, ces histoires de robots, plutôt sympathiques sans être inoubliables, vont être comme un bouffée d’air frais sur le festival.

Ce n’est donc que le mardi, dernier jour du festival que je découvre le Prix du Jury. Si en rentrant dans la salle, j’émettais de sérieuses réserves sur la sélection, ce film japonais va me permettre de reprendre le train vers Paris avec un sentiment général positif et surtout des images plein la tête. Sur un île, au large du Japon, la population est confrontée à une épidémies de résurrection inexpliquées. Commence alors une enquête à la «  X-Files  » à laquelle Shiota Akihiko va très habilement injecté réflexions métaphysiques et situations mélodramatiques pour composer une œuvre d’une grande poésie et d’une indéniable beauté formelle. Une petite merveille dotée d’un grand pouvoir d’évocation et d’une musique sublime qui n’est pas sans évoquer le meilleur de Steven Spielberg. Magnifiquement interprété et superbement mis en image, «  Yomigaeri  » est incontestablement le Film de ces Utopiales qui, comme me l’expliquait Michel Borderie, illustrateur de talent et membre du jury, a remporté le prix à l’unanimité, sans nécessité aucune discussion.

Bruno Paul


Bruno Paul
21 novembre 2003



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