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Le cyberespace de l'imaginaire




Hellboy, le fils du Diable et de l’homme...
Mike Mignola, un fan de monstres...

King Kong des temps modernes, Hellboy est né de la plume d’un p’tit gars d’Amérique qui aime trop les monstres ! Et, contrairement au grand singe qui fuyait l’homme, lui, le monstre venu des enfers, n’aspire à rien de plus qu’à une vie paisible comme ces hommes pourraient en avoir une !



MIKE MIGNOLA

Mike Mignola est né en 1962 en Californie.
Je passe sur son enfance et son cursus scolaire... bon, nous voilà chez Marvel au début des années 80, il est encreur (et ce n’est pas un manchot !). Cela fait vivre, mais dessiner des super-héros en tutus -ou disons collants !- (il n’y a que cela qui marche à l’époque !), le jeune homme sent qu’il en aura vite assez et il voudrait rapidement étaler son talent au monde ébloui (ce qui veut dire l’Amérique, ce qui est déjà pas mal comme challenge !)

Comme beaucoup d’autres, il passe quelque temps chez Marvel, DC comics, First Comics, puis Dark Horse.

A l’époque, cela donne Racket Racoon, The Chronicle of Corum (d’après Moorcock... les littéraires trouveront ce cycle à L’Atalante pour la France), Phantom Stranger, Cosmic Odyssey, Wolverine ou bien encore Ironwolf (1992, scénario de H. Chaykin et A. Moore, l’ouvrage, Les feux de la révolution, publié en mai 1993 chez Zenda, se déniche encore facilement), sans oublier Fafhrd and the Grey Mouser (1990, repris également chez Zenda, 4 albums publiés en 1991) adapté du très célèbre cycle des Epées de Fritz Leiber (1) ni surtout Batman (2) (Gotham by Gaslight, Mignola au dessin, assisté de Dan Raspler et de Brian Augustyn au scénario). Avec ce dernier, Mignola est au plus proche de ce qu’il a envie de réaliser

1993 est d’ailleurs l’année où Mignola commence à flirter sérieusement avec le cinéma puisqu’il réalise l’adaptation en bande dessinée du Dracula de Coppola avant d’illustrer Aliens (3).

Inutile de dire que le dessinateur est déjà en vogue puisque les sujets abordés ne sont pas des bluettes pour débutants. De plus, il a trouvé ce style qui lui échappait (depuis Dracula), lui, l’encreur d’exception qui doute toujours pour son dessin.

On lui a reproché d’oublier les détails, de trop délier, de fluidifier. Rien de plus normal, Mignola est roi des ambiances, il a compris que son style ira vers une épure du trait, que l’abondance de détails est souvent un cache-misère, histoire de masquer des défauts techniques. Lui jouera beaucoup sur les contrastes et ces conflits entre noir et blanc, entre nuit qui étouffe et lumière qui éblouit.

ET VIENT HELLBOY !

Pourtant, il n’a pas encore sa série, son héros... et pendant les moments où il laisse aller son crayon, il tarabuste une sorte de forme monstrueuse. Hellboy a germé dans ses crayonnés, ceux qu’il jette sur le papier pendant Conventions, séances de dédicaces et autres moments perdus où il griffonne des petits monstres, un passe-temps comme un autre.
Mignola sait qu’il n’est pas fait pour les héros habituels de l’Amérique triomphante. Il aime trop les cryptes hantés, les cimetières la nuit, les goules, les vampires, les monstres de Kirby l’obsèdent. Oui, ce démon surpuissant à l’étrange bras droit en forme de marteau-pilon sera sa vedette, son héros !

A l’époque, il s’est libéré des accaparantes Major pour retrouver sa liberté de création et les droits qui vont avec. Avec plusieurs auteurs (John Byrne, Frank Miller, Geof Darrow, Art Adams), il crée la collection Legend (4) (il en a fait le logo) chez Dark Horse. Hellboy sort de l’ombre (sensiblement au même moment que le Sin City d’un certain Miller), ou plutôt des brasiers de l’enfer, pour des apparitions dans un comic dédié à la Convention de San Diego, dans les pages du Comic Buyer’s Guide et surtout, grâce à l’aide de Byrne pour un premier récit de 12 pages dans sa saga Faith des Next Men. Très anecdotique car réalisé dans l’urgence...

Le vrai décollage de la série, ce sera Seed of Destruction. Toujours aidé par Byrne, Mignola goûte aux soucis de la création d’histoires. Il veut être son scénariste et ce n’est pas si simple. Très vite, la mini-série (4 parties) connaît le succès.
Critiques et lecteurs sont enthousiastes : Hellboy a de beaux jours à venir ! Une pluie de Prix va commencer à tomber sur lui...

HELLBOY...

Tout le monde attend en cette nuit du 23 décembre 1944.

Deux jours que des GI’s tapent l’incruste autour d’une sinistre chapelle à moitié détruite, ombre tétue qui érige encore un bout de clocher sur ce bout de lande d’Ecosse bouffée par l’ennui. Les croix du cimetière ont plus de présence que les habitants du coin ! C’est bien pour cela qu’un échantillon des pires éminences grises de l’armée d’Hitler s’y sont rassemblés. Ils attendent les incantations d’un puissant sorcier : Raspoutine ! Il a promis de leur livrer l’arme ultime et il invoque une force colossale. Ils sont sept, sept démons d’oppression qu’il appelle. En fait, il a créé une réaction en chaîne d’événements qui doivent aboutir au retour de l’Ogdru-Jahad. Tous les pouvoirs de Raspoutine sont tournés vers un seul but : faire renaître le règne du grand Serpent et poursuivre son œuvre en détruisant l’humanité ! L’effet ne sera pas immédiat, ce qui frustre terriblement les Allemands. Mais le projet Ragna Rok est en marche.

Mais si les nazis ne comprirent pas tout ce qui se passa cette nuit-là, Raspoutine lui savait qu’il avait invoqué une puissance et qu’il avait arraché un pouvoir aux plans de l’autre-monde. Un petit monstre rouge est apparu, mais pas du côté sombre de la « force », non, il déboule parmi le commando de GI’s, accompagné de la Torche, de Lady Cinthia (la meilleure médium d’Angleterre) et de deux sommités en matière de paranormal, Malcolm Frost et Trevor Bruttenholm, celui qui va devenir en quelque sorte le « père » d’Hellboy sous le surnom de Broom. Alors que Frost ne retient pas sa frayeur à l’apparition du démon et donne l’ordre de l’abattre, Broom décide de le garder et le surnomme immédiatement Hellboy.

Le baptême avait eu lieu...

... ET LES HOMMES.

Tout ceci est conté dans Les Germes de la destruction.

Hellboy est une créature intelligente qui va grandir parmi des chercheurs en phénomènes paranormaux. Observé, éduqué, il devient vite un véritable pouvoir pour contrer les forces de l’ombre.

Hellboy devient alors un enquêteur du B.P.R.D.(5) ou Bureau des Recherches Paranormales de la Défense.

Très vite, on découvrira qu’Hellboy souhaite se rapprocher d’une humanité qu’il ne comprend pourtant pas. En quête de rédemption, il n’a de cesse de prouver aux humains qu’il est là pour les défendre et « casser » du monstre. Mais il voit aussi l’inextinguible soif de pouvoir de certains, la légèreté, le cynisme, l’individualisme et cette permanente tentation qui les pousse à tenter le Diable en sachant très bien que leurs extincteurs sont en panne !!!
À l’image d’une société moyenne américaine, Mignola a identifié son héros à ces gens qui aimeraient bien de temps en temps avoir ce phénoménal bras droit pour donner une bonne claque à leur mauvaise vie. Ils ne font pas ce qu’ils veulent... lui non plus !

Car Hellboy n’est pas un super possesseur de pouvoir. Il est du genre super costaud et résistant, coriace, courageux, droit, mais aussi timide... on sent souvent qu’il en finit avec un démon en se disant « bon, on va pouvoir rentrer à la maison. »
Certes, il a une naissance plus qu’intriguante et un bras droit qui réserve quelques curiosités non encore explorées, mais Hellboy, comme je l’ai lu je ne sais plus trop où, c’est vraiment le genre de héros qu’on verrait bien rentrer peinard chez lui, embrasser sa nana et se boire une bière fraîche devant un match de football. L’image n’est pas plus séduisante que cela, mais elle correspond à une réalité : Hellboy, c’est sûr, aimerait bien avoir un peu la paix !

C’est le paradoxe qu’a choisi Mignola pour son héros.
C’est ce qui fait son succès populaire.

SCENARIO...

Il choisit un lieu, un mythe, des gros vilains épouvantables et fait une petite popote en mélangeant bien les notions de temps, de culture, de croyances. On se situe en fin de XXe siècle et on découvre des monstres lovecaftiens un peu partout, des activités païennes, des entités cosmiques plus terribles que le pire des intégrismes. Il plante son décorum monstrueux, on plonge dans l’irrationnel le plus pur, la folie, l’horreur, l’épouvante...

Et là, il laisse entrer en action Hellboy et ses complices préférés au sein du Bureau des Recherches Paranormales de la Défense, sa petite famille en somme : le Professeur Broom, le télépathe Abe Sapien et Liz Sherman, jeune femme torturée au pouvoir mental d’exception.

Comme je le décris, cela paraît facile !
Loin de moi cette idée, il y a assez peu de fautes de goût ou tout simplement de narration dans l’univers Hellboy. Il a pu paraître difficile de pénétrer en ces lieux d’histoires étranges pour le public français car Mignola a hissé ses histoires à un bon niveau d’écriture et fait appel à des références souvent méconnues du grand public. Robert Bloch le rappelle dans son introduction pour Les Germes de la destruction (Delcourt, 2002) : « Hellboy est le brillant exemple de ce qu’il faut faire pour hisser les bandes dessinées du futur à un niveau littéraire d’une plus grande qualité ».

C’est une des grandes forces des scénarii de Mignola. Quand il choisit son histoire, elle l’obsède et il va mettre beaucoup de soin à mêler ses différentes scènes, sachant alterner passages de bagarres et action lente (les longs discours explicatifs de Raspoutine), jouant aussi, comme pour le dessin, de contraste dans le rythme et le séquencement de l’action.

Amateur de fantastique et d’horreur, Mignola aime aussi l’humour. Il le manie avec le sens du décalage temporel qu’impose certaines rencontres. Hellboy est direct et répond sans aucune forme de respect à ces mages et autres déités qui viennent l’indisposer, lui dicter ses choix de vie (« C’est ma putain de vie ! Et j’en ferai ce que je veux ! Si vous n’êtes pas contents, tuez-noi, si vous pouvez ! » Et le Chaos en reste baba !!)

La réelle frénésie actuelle autour des sujets d’Imaginaire comme SF et Fantastique peut jouer un grand rôle de re-dynamisation des bandes dessinées de Mignola. Le cinéma est un vecteur énorme en terme de reconnaissance. On l’a vu avec Spiderman, les films l’ayant fait découvrir à une nouvelle génération, mais ayant également relancé l’intérêt d’anciens lecteurs et certainement la motivation des créatifs chargés d’animer ses aventures BD.

L’univers d’Hellboy est étrange, chargé de symboles que beaucoup méconnaissent, d’inspirations fantastiques anciennes qui resurgissent au bout d’un assez long tunnel d’oubli. Sa lecture n’a peut-être jamais été aussi bien en phase avec un public dans l’attente (du moins pour l’Europe qui met toujours un certain temps à découvrir les créations américaines... bonnes ou mauvaises d’ailleurs !).

LES BANDES DESSINEES

Le mieux est de débuter avec l’époque Dark Horse France. L’éditeur publie Les Germes de la Destruction en deux tomes (dès 1994), puis Les loups de la St Auguste et Au nom du Diable, respectant l’ordre de sortie des épisodes américains.

Dernièrement ce sont les éditions Delcourt qui ont repris la série de Mike Mignola. Une reprise quelque peu en désordre (certainement pour publier d’abord des inédits !!) qui débute avec Le Diable dans la boîte, Le Cercueil enchaîné, La Main droite de la mort (c’est à dire l’édition d’histoires courtes qui s’insèrent de 1995 à 2002), pour arriver enfin en février 2002 au très bon Les Germes de la destruction, un Tome 4 qui, vous l’avez compris, est en fait le premier volume des aventures d’Hellboy.

Delcourt sort encore Le Ver conquérant avant de livrer en mars 2003 Au nom du Diable, cette fois accompagné d’un hommage d’Alan Moore : « Hellboy est un passeport pour un coin de paradis de la Bande dessinée que vous ne voudrez peut-être plus quitter. Entrez-y et savourez ». Toutes les créatures de Mike Mignola sont là pour sa plus longue et certainement plus aboutie histoire d’Hellboy, une prolongation obligatoire à la délicieuse lecture des Germes de la tentation.

Les techniques de dessin de Mignola fascinent ses fans, mais indisposent d’autres lecteurs qui resteront hermétiques à son art !

Le dessinateur aime à jouer entre noir et blanc, c’est une de ses grandes forces, mais c’est aussi ce qui gêne souvent ses détracteurs. Même si les Hellboy sont publiés en couleur, tout l’art de Mignola s’appuie sur une conception imaginée pour du NB, à l’image de Frank Miller avec Sin City.
Qu’aurait été d’ailleurs Hellboy si Mignola avait fait l’impasse de la mise en couleur ? Certainement encore plus grand, mais ce n’est que mon opinion.

LISEZ HELLBOY

Pour ceux qui ont découvert Hellboy avec le film de del Toro, je ne peux que les inciter à rejoindre Les Germes de la Destruction et Au nom du Diable, priorité pour retrouver l’univers du film, mais surtout récit le plus développé par Mignola et qui donne le plus de pistes sur la raison d’être de ce petit diablotin rouge.

Les autres titres s’imposeront alors assez naturellement. Petit conseil, méfiez-vous du titre Le cercueil enchaîné édité chez Delcourt (mars 2003), la première édition contient trois histoires (La Baba Yaga, Presque colosse et Le cercueil enchaîné... Hellboy se balade en Angleterre, en Russie et en Roumanie pour un album bien maigrichon d’ailleurs !) alors qu’une seconde édition enrichie de 96 pages est parue depuis !!! Un procédé un peu désolant pour les premiers acheteurs, mais c’est ainsi. Donc, ne vous faites pas avoir !

Et si Hellboy et Mignola commencent à vous obséder, on trouve maintenant chez Delcourt, La Bible infernale, un Art Book incontournable sur le talentueux dessinateur. Voir d’ailleurs la très bonne introduction livrée par Scott Allie, assistant pour l’édition permanent sur Hellboy qui livre quelques secrets de plus sur le personnage Mignola et son travail..

La première image d’Hellboy de ce dossier est une image réalisée par Roberto Ricci (6). J’ai eu la chance de recevoir ce jeune dessinateur italien chez moi et de le voir dessiner. Il est de ceux qui ne trichent pas, aiment dessiner et surtout mettre leur patte par de la couleur directe. Le dessinateur des Ames d’Hélios (2 albums chez Delcourt) rend là un bel hommage à Mignola et, s’il le fallait, salue une fois de plus son grand talent.


Notes :

(1) Le cycle des épées est composé de 7 volumes publiés aux éditions Pocket.

Œuvre majeure de Fritz Leiber, elle met en scène deux personnages aussi différents qu’attachants, Fafhrd le géant et le Souricier Gris. Pour amateurs de Fantasy.

1 - Epées et démons (Pocket 5194)
2 - Epées et mort (Pocket 5204)
3 - Epées et brumes (Pocket 5213)
4 - Epées et sorciers (Pocket 5231)
5 - Le royaume de Lankhmar (Pocket 5247)
6 - La magie des glaces (Pocket 5261)
7 - Le crépuscule des épées (Pocket 5418)

La version BD est composée de quatre titres parus chez Zenda, tous en 1991.

1 - Mauvaise rencontre à Lankmar
2 - La Boucle est bouclée
3 - Le prix de l’oubli
4 - Jours maigres à Lankmar

(2) son travail sur Batman sera un déclic pour Mignola. Son petit jeu des contrastes en NB s’impose totalement sur cette BD.

A noter son édition chez Rackam sous le titre de Batman, Sanctuaire : deux histoires à l’ambiance gothique : le fameux Gotham by Gasligth (dans une nouvelle traduction) et Sanctum (inédit).

(3) Disney va également l’appeler, non pas pour dessiner, mais pour bien interpréter son style afin de l’utiliser pour la réalisation d’Atlantis.

(4) ce que fît dans la même période Todd McFarlane (l’homme de Spawn) en créant Image Comics

(5) B.P.R.D. T1, Au creux de la terre autres histoires est un titre paru en mai 2004 chez Delcourt. Hellboy a démissionné et ses collègues continuent leurs enquêtes. Une série parallèle où Mignola intervient comme scénariste.

(6) http://ricci.redsectorart.com/commiss/colwater.htm pour voir ce dessin parmi d’autres en vente sur un site américain.


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Fabrice Leduc
5 septembre 2004






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