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Homme Programmé (L’)
Robert Silverberg
Gallimard, Folio SF, roman (traduction, USA), SF, 316 pages, décembre 2007, 6,80€

Nat Hamlin n’est plus. Artiste de talent mais aussi violeur multi récidiviste aux pulsions sadiques évidentes, il a été effacé.

Mais Nat Hamlin rentre pourtant chez lui ! Il s’appelle Paul Macy et si le corps n’a pas changé, l’esprit a été totalement reprogrammé par le Centre de Réhabilitation médico-judiciaire.

Nat Hamlin n’est plus... et pourtant, sa voix résonne encore dans l’esprit de Paul Macy !



Voilà bien un roman de Robert Silverberg -que l’on vénère par ailleurs pour un bon paquet de chef d’œuvres de la SF- gênant aux entournures et pourtant totalement instructif quant à certaines thématiques récurrentes chez cet écrivain.

L’intrigue en est son principal intérêt. En gros, la guerre interne que vont se livrer pour la propriété d’un corps, l’esprit d’un violeur sadique normalement effacé par le Centre de Réhabilitation et le nouveau propriétaire des lieux, un bon gars, créé artificiellement et pas décidé à laisser la place au méchant.
Les séquences de dialogues entre ces deux esprits sont d’ailleurs les moments les plus maîtrisés de la narration. Très réussis et convaincants, ils flirtent souvent avec le meilleur Silverberg. Celui qui affiche une maîtrise stylistique parfaite de la forme et offre une empathie totale avec la psychologie de ses personnages.

Pour le reste, on ne sait si Silverberg a voulu construire une œuvre volontairement provocante, s’il visait un second degré compréhensible de lui seul, s’il faut prendre le tout avec beaucoup d’humour ou s’il s’est tout simplement pris le tapis dans les pieds en renouant avec les défauts inhérents à sa première période d’écrivain (très prolifique, alimentaire et pas terrible).
Un peu de tout cela sans doute.

Coincé entre deux grandes réussites de l’auteur et du genre SF (« L’Oreille Interne » en 1971 et « Le Livre des Crânes » en 1972) , « L’Homme Programmé » (1972) n’est ni à vouer aux gémonies, ni à mettre sur un piédestal particulier.
Intéressant par son suspense interne, facilement lisible grâce à un style rentre-dedans efficace, l’ensemble peine néanmoins à totalement convaincre en usant (et en abusant, il faut le reconnaître) de scènes au contenu sexuel explicite par trop répétitives. Le récit est aussi souvent malsain et manque globalement d’inventivité (sans parler d’un machisme mal géré qui finit par faire douter des aspects sérieux ou humoristiques à la base de l’entreprise). La fin est aussi un peu bâclée, mais ça, on sait qu’il s’agit du talon d’Achille de l’auteur (donc pas de surprise particulière sur ce point).

Néanmoins, à la relecture de la présente édition Folio SF de « L’Homme Programmé », il faut bien dire que ce roman possède un double intérêt. D’une part, on ne peut le considérer comme mineur si on s’intéresse à l’écrivain (et c’est un devoir !) car il travaille au corps quelques-unes des grandes thématiques de Robert Silverberg (la psychologie, le sexe, les notions de pouvoirs, de justice, etc).
D’autre part, le sujet prend une consistance toute particulière en regard de l’actualité juridique et politique contemporaine française de ce début d’année 2008.
À l’heure où notre société n’a toujours pas réglé humainement le cas des violeurs ou des pédophiles et où elle s’interroge encore sur la nécessité de les incarcérer ou de les hospitaliser ad vitam eternam, l’écrivain démontre par l’absurde que la SF peut proposer une solution : la peine de mort pour l’esprit du meurtrier et le recyclage du corps en y adjoignant une seconde personnalité totalement saine !

Enfin, à condition que ça marche, parce que dans la vraie vie tout comme chez Robert Silverberg, la première chose dont il faut bien se méfier c’est de l’apparente simplicité des solutions évidentes.
Elles ont toujours le fâcheux défaut de s’écrouler face à l’adversité retorse de la réalité.
En effet, en s’interrogeant justement sur la validité morale et juridique des peines à infliger à un meurtrier hors norme (ici c’est un violeur en série sérieusement secoué), l’écrivain joue son rôle de poil à gratter. En ne répondant qu’imparfaitement et maladroitement à la question posée, il met aussi en péril tout son édifice.

Sujet intéressant, traitement imparfait, « L’homme Programmé » fait partie de ces romans médians à juger comme tels.

Titre : L’Homme Programmé (The Second Trip, 1972)
Auteur : Robert Silverberg
Du même auteur (critiques sur la Yozone) : En Un Autre Pays, Un Jeu Cruel, L’Oreille Interne, Roma Aeterna
Couverture : Damien Venzi
Traduction : Bruno Martin
Révisée par : Pierre-Paul Durastanti (édition Le Bélial’ 2005)
Éditeur : Gallimard
Collection : Folio SF
Numéro : 295
Catégorie : F8
Site Internet : Folio SF-L’Homme Programmé
Page : 316
Dépôt légal : décembre 2007
Code Hachette : A 32112
EAN : 9 782070 321124
ISBN : 978-2-07-032112-4
Prix : 6,80€


Stéphane Pons
18 janvier 2008


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L’édition originale Opta (Coll. Nébula) de 1976.



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Ré édition Folio SF (Gallimard) numéro 295 (déc. 2007).



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Le Bélial, édition moyen format toujours disponible (2005).



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La première ré édition de poche chez Pocket (1985).



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Également disponible en Omnibus avec quelques textes (romans et nouvelles) majeurs de l’écrivain (Presses de la Cité 1998).



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