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Patrouille du Temps (La)
Poul Anderson
Le Livre de Poche, Science Fiction, 5 Nouvelles (traduites de l’Américain), cycle T.1, SF, oct. 2007, 286 pages, 6,50€

Manse Everard, un américain dans la force de l’âge, est recruté en 1954 par une société d’ingénierie qui le destine au mystérieux métier de « Patrouilleur du Temps ». Et ce n’est pas une plaisanterie !

Trouvés par le biais de petites annonces, ces hommes et femmes venus de toutes les époques, sont missionnés par une civilisation future, les Danelliens, afin de préserver le temps de toutes les tentatives de modifications que pourraient tenter quelques génies mal ou bien intentionnés.

Car peu importent les raisons ou les motifs, mais pas touche au temps !



À chaque fois, ça nous fait le même coup !

On se dit qu’on va se relire, pour un petit plaisir éphémère, un bouquin pas forcément majeur d’un écrivain américain (le plus souvent) tendance grand époque et l’on en tombe sur les fesses.

Certes, on en conservait un bon souvenir. Les premières éditions J’ai Lu ou Marabout des années 70 à 90 avait rempli leur office et procuré un bon moment de délassement, et puis on avait un peu oublié tout ça. Classé et rangé le truc au rayon des bouquins agréables et mineurs, à lire pour se changer les idées.

Est-ce la conséquence d’une trentaine d’années de dégustation de SF contemporaine, mais tout comme avec Ray Bradbury (on y reviendra sous peu avec la très belle réédition Lunes d’Encre) ou Jack Williamson ou Robert Heinlein dernièrement, la relecture made in 2007/2008 de ces écrivains laisse baba.

Poul Anderson (1926-2001), qui a collectionné les Prix Hugo et Nebula, est un très grand auteur mal connu et finalement peu lu des amateurs de SF Français. Sa « Patrouille du Temps » -des gardiens du temps en fait- n’a jusqu’à maintenant était publiée que très partiellement.
Quatre nouvelles dans les précédentes éditions Marabout ou J’ai Lu et cinq dans une édition révisée du tome 1 au Bélial’ dont la traduction originelle avait été justement revue par Pierre-Paul Durastanti avec le sérieux habituel. Grand merci aux obstinés du Bélial’, un tome 2 composé d’inédits du même cycle a suivi en juin 2007.
Bonne affaire, c’est la version du tome 1 du Bélial’ qui est reprise dans son intégralité par Le Livre de Poche qui annonce au passage la future publication des trois volumes suivants dans la même collection. Les amateurs avertis et éclairés dont vous serez maintenant pourront donc découvrir sous peu les six nouvelles manquantes -et peut-être de quelques petites curiosités, sait-on jamais.

Bref, on est heureux d’ouvrir l’objet mais pas plus que ça. Et là, patatra ! On est serré au garrot comme un lapin maladroit sous les pièges du chasseur. Et deux petites journées plus tard maxi, on referme la dernière page un grand sourire aux lèvres...

Nouvelle introductive du cycle centrée sur le recrutement du gardien Manse Everard, sa formation et son premier voyage dans l’Albion du Ve siècle après J.C, La Patrouille du Temps (1955) se dévore en quelques minutes. Une seconde aventure (Le Grand Roi, 1959), sérieusement documentée et nous trimbalant dans la Perse ancestrale et quasi mythologique, plus tard suivie d’une petite respiration romantique située aux débuts des temps (Les Chutes de Gibraltar, 1975) et c’est la grande passion.
Mais tout ne fait que commencer car une virée dans l’Amérique du XIIIe siècle où des colons Mongols et Chinois viennent de débarquer (Échec aux Mongols, 1960) reste à avaler. Et pour finir, le must, L’Autre Univers (1955), une variation énergique et inventive sur ce qu’aurait pu être notre époque si les Carthaginois avait mis une pâtée aux Romains -avec au passage un court moment d’humour jubilatoire de Poul Anderson vis-à-vis des Français et de leurs origines Celtes.

Afin d’éclairer le lecteur ignorant des choses, résumons simplement la situation : le voyage dans le temps existe, il a été découvert et contrôlé dans un futur assez proche, mais une civilisation très lointaine, les Danelliens (une espèce d’êtres de Lumières un rien tatillons) tient absolument à ce que les sociétés qui les ont précédés ne modifient en rien le long cheminement du temps qui mène l’humanité jusqu’à eux.
Dans ce dessein, les Danelliens ont encouragé la création du corps des “Gardiens du Temps”, inspecteurs temporels tout terrain, chargés de redresser les anomalies causées volontairement ou accidentellement (ça peut arriver).
Certains des agents de cette Patrouille sont donc affectés en permanence dans une époque précise et historiquement sensible, mais le cycle est plutôt consacré aux aventures du chic type Manse Everard, qui lui a une fâcheuse tendance à se la jouer solo. Résultat, les patrons du temps le bombardent pompier de service ou super-gardien, chargé d’intervenir quand ses collègues sont à la ramasse.

Intrigues bien construites, simplicité du style et des arguments narratifs, dialogues bien ficelés, évocations temporelles imagées, références culturelles et historiques enlevées, ON NE S’EMMERDE PAS UNE SECONDE !
Pas compliqué, le Poul Anderson prend soin de ne pas gaver le roman d’une hyper technologie justificatrice des événements. En gros, ça existe, ça fonctionne et basta !
En outre, il centre chaque intrigue sur le seul élément déconnant de l’univers : l’homme et son comportement atypique (bien vu !). Le reste ? De la bonne aventure, intelligente, vive et alerte, pas fatigante pour un centime.
Bref, en moins de trois cents pages, on déguste cinq nouvelles originales, bourrées d’idées, avec de beaux moments de suspense et même de jolies brins de romantisme.

En ces temps d’uchronies galopantes et fièvreuses, où le très beau tutoie le très racoleur et lourdingue sur les étals, on ne peut que se réjouir de la décision des éditions du Livre de Poche de marquer Le Bélial’ à la culotte. L’opportunité de pouvoir enfin déguster l’intégralité du cycle se présente pour les plus fortunés comme pour les plus économes !

Bonne nouvelle et bel hommage à un grand écrivain, les lecteurs francophones seraient avisés de profiter au plus vite de cette double occasion de lire cette future intégrale de « La Patrouille du Temps » .

Titre : La Patrouille du Temps (Time Patrol & Guardians of Time)
Auteur : Poul Anderson
Nouvelles : La Patrouille du Temps, Le Grand Roi, Les Chutes de Gibraltar, Échec aux Mongols, L’Autre Univers.
Couverture : Jacky Paternoster
Traductions : C. Arcilla-Bonaz, M. Deutsch, R. Durand, B. Martin
Revues par : Pierre-Paul Durastanti
Premières éditions : Marabout & J’ai Lu (4 nouvelles)
Dernière édition (moyen format) : Le Bélial’ (5 nouvelles in T1 & T2 inédit paru en juin 2007)
Présente Édition : Le Livre de Poche
Collection : Science Fiction
Dirigée par : Gérard Klein
Site Internet : Le Livre de Poche
Format (en cm) : 11 x 1,4 x 17,7 (poche, broché)
Pages : 286
Dépôt légal : octobre 2007
Code Hachette : 3118775
EAN : 9 782253 118770
ISBN : 978-2-253-11877
Prix : 6,50€


Stéphane Pons
13 janvier 2008






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L’édition du Livre de Poche est une excellente nouvelle. Les suites déjà annoncées aussi !



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À tout seigneur, tout honneur, c’est aux éditions du Bélial’ que nous devons cette belle redécouverte d’un grand écrivain (T.1).



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Le Tome 2 de « La Patrouille du Temps » est paru au Bélial’ en juin 2007 et est toujours inédit en poche.



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