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Ida la Bleue
Benoît Fourchard
Seuil Jeunesse, roman (France), anticipation, 276 pages, octobre 2023, 14,50€

Dans un avenir qu’on espère pas proche, le pays a été ravagé par les dégâts industriels et l’usage du gaz de cobalt. Dans les ruines de la France, l’armée au gant de fer délègue le maintien de l’ordre en province à des petits seigneurs, barons locaux, et réprime toute opposition.
Parmi la population, il y a les « Bleus », descendants mutants des mineurs infectés par le cobalt, reconnaissables à leur chevelure du même bleu que le minerai. Premières victimes, ils sont pourtant pointés du doigts comme boucs émissaires.
Dans son orphelinat, Ida n’imaginait aucun avenir, avant de rencontrer Tristan. Mais Tristan a été raflé et emmené à la prison du Bout du Bout. Alors Ida s’est enfuie, et avec un peu d’aide des résistants, elle a pris la route pour aller le délivrer. En chemin, elle rencontre une drôle de grand-mère, un peu magicienne, et à elles deux elles vont affronter les dangers du périple.



« Ida la bleue » est un très bon et surtout beau roman post-apo, accessible dès 12-13 ans. Ses 270 pages sont idéales avant de se lancer dans plus lourd, plus dur encore, comme la trilogie « Lou après tout » de Jérôme Leroy.

Benoît Fourchard réunit deux protagonistes que tout semble opposer : une ado qui a souffert mais gonflé d’amour autant que d’une certaine naïveté, et une vieille rouée, qui a vu l’effondrement du monde, et qui malgré tout s’y accroche, le temps de transmettre l’Histoire et l’espoir à une nouvelle génération. Deux femmes fortes, un peu sorcières : Ida est ventriloque, et Félicité remplie d’un savoir et d’une longue expérience qui les sauveront souvent.

Une histoire, c’est un voyage, avec ses cahots et ses embûches : dans sa roulotte, Ida va plein Ouest, jusqu’à la côte bretonne. Elle a une carte, un chemin, mais bien sûr (et hélas pour elle), elle ne va pas pouvoir s’y tenir : entre les gendarmes qui traquent une Bleue enfuie et le paysage ravagé par les intempéries, les dégâts de combats passés ou le retour en force de la Nature, l’autoroute n’est plus praticable. Heureusement, le parcours est aussi semé de belles rencontres. L’auteur aborde de nombreux aspects de la survie et de la reconstruction, de la communauté refermée sur elle-même, en autarcie, au village de résistants actifs contre la dictature militaire. Tout ne se finit pas bien.
Je dirais même que l’auteur n’épargne pas ses jeunes lecteurs : dans un post-apo, il est rare que tout le monde s’en sorte en vie. « Ils se marièrent, vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants », ce n’est pas vraiment le programme, mais plutôt « certains s’en sortirent vivants, pleurèrent leurs amis tombés et tentèrent de continuer à vivre. » Et « Ida la Bleue » ne déroge pas à la règle. Si les incarnations du Mal se voient de loin, tous les autres personnages rencontrés par Ida et Féli sont dans des nuances de gris, certains tirés vers le blanc, d’autres dissimulant leur noirceur.

Si l’écriture est lumineuse, l’auteur ne ménage pas ses lecteurs avec des passages sous silence, une immersion pleine de flash-backs et des anciens, Félicité en tête, qui refusent de lâcher leurs secrets. La vie à l’orphelinat n’a laissé à Ida que peu de souvenirs du monde, et on le découvre avec elle. Par contre, la cruauté des religieuses l’a bien préparé à la méchanceté et la veulerie dont sont capables les adultes.

Un très beau post-apo, donc, assez sombre mais pétri d’espoir, et particulièrement bien écrit. À mettre entre les jeunes mains.


Titre : Ida la Bleue
Auteur : Benoît Fourchard
Couverture : Anne-Lise Nalin
Éditeur : Seuil
Collection : Jeunesse, 12+
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 276
Format (en cm) : 20,5 x 14 x 2
Dépôt légal : octobre 2023
ISBN : 9791023519341
Prix : 14,50 €



Nicolas Soffray
22 mars 2024


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