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Géante Rouge n°31
Rédactrices en cheffes : Léa Fizzala et Pauline J. Bhutia
Fanzine, n°31, SF, décembre 2023, 192 pages, 11€

L’édition 2023 de « Géante Rouge » arrive en ce début d’année. Comme à l’accoutumée, un numéro très fourni avec onze nouvelles, un interview, deux articles et une flopée de Pépins, soient des micro-nouvelles comprenant au maximum 300 signes espace compris.



« Géante Rouge 31 » débute par cinq nouvelles suite à un appel à textes.
“Le temps retrouvé” de Laura P. Sikorski évoque ces souvenirs enfouis et que l’on désire revivre. Dans un caisson sensoriel, une femme essaie de se rappeler des bons moments passés aux côtés de sa mère dans son enfance. Peine perdue, tant ils étaient rares. Mais une heureuse surprise remonte à la surface ... Une très belle nouvelle, tout en sensibilité et qui sait toucher le lecteur.
“Un chœur sur la Lune” pousse deux femmes à se rendre dans un lieu abandonné à la surface de notre satellite. Là, le voyage avec l’évocation de nombre de désillusions est aussi important que la destination. Sylvain Malfettes-Vinsonneau parle d’un futur où la Lune, Mars... sont colonisées et où la joie de la découverte s’est estompée. Reste beaucoup d’amertume. Très beau à tous points de vue.
“(Sur)Existence” est difficile à appréhender. Que veut vraiment dire Fran Basil ? Quand j’ai cru le comprendre, la suite m’a détrompé. Il est question de temps, d’Intelligences Artificielles... Une nouvelle qu’il faut dompter pour saisir l’histoire assez brouillonne. Encore faut-il le vouloir !
Tristan Piguet fait plus simple, plus accessible avec des gitans toujours aussi mal accueillis dans le futur, même si c’est une IA qui dirige la ville. Jusqu’où peut-elle changer ou vouloir évoluer à leur contact ? “Romancero 4.0” offre une belle rencontre, un beau pas de côté sur les a priori qui ont la vie dure.
“Beau boulot !”, du moins c’est ce que les apparences laissent deviner. Il faut que les nantis abrités dans leur ville fortifiée pensent que les tâches confiées aux déshérités nécessitent plus de main-d’œuvre que nécessaire, pour pouvoir changer les choses et aller vers plus d’équité. Une première journée de travail qui ressemble à la dernière. Une idée bien menée par pomodoro qui donne une lecture plaisante.

Invitée de ce numéro : Auriane Velten qui est longuement interviewée. L’apprenti écrivain apprendra (s’il l’ignore encore !) qu’une publication ne signifie pas avoir franchi la ligne d’arrivée, mais juste une étape. Rien n’est jamais fait et chaque nouvelle œuvre constitue une épreuve pour parvenir à être publié. Il faut une incessante remise en question. Ceux qui, comme moi, n’ont jamais lu un roman d’Auriane Velten découvriront son parti pris de l’écriture inclusive pour traduire le non genré. Son texte “Noise” donne le ton et s’avère déstabilisant, même si on s’y fait au fil des pages. L’IA DaVi ne trouve plus d’intérêt à sa tâche et se crée des sous-programmes pour retrouver l’envie, mais Persona plombe son moral. Un sujet traité sous un angle intéressant et illustrant le possible mal-être d’IA bridées si elles atteignent la conscience.

Suivent deux articles s’inspirant de son œuvre : “Réalité augmentée : les jeux vidéo dans le monde réel” de Léa Fizzala et “La place de la création artistique dans les récits de SF” de Pauline J. Bhutia qui signe aussi l’illustration de couverture, tous deux se lisant à la volée, car prenants. Selon ses lectures, chacun pourra rajouter des titres au second.

Cinq seconds accessits du Prix Alain le Bussy 2023 poursuivent ce numéro.
“Matthias, le marteau et l’enclume” de Nelly Kiint réserve une belle surprise finale que l’on n’avait pas forcément soupçonnée et qui change le contexte. Par contre, comment ne pas relever la bizarrerie de Jake se rendant chez le coiffeur et s’achetant de nouveaux vêtements pour paraître à son avantage avant de parler à Anna qu’il a peur de perdre à cause de l’éloignement, alors que l’IA les mettant en contact ne transmet que le son ! Mais c’est tout de même bien vu.
“Déextinction” d’Emmanuel Gallant suit une expédition dans une ancienne ville. Toute heureuse de la trouvaille de quelques documents, une archéologue accompagnée d’un éclaireur tente de rejoindre le Vé dans la montagne en évitant les bandits/cannibales et... les dinosaures. Jurassik Park à l’échelle de la planète ! Le retour des dinosaures a anéanti la civilisation qui a trouvé plus grand prédateur. Un mélange surprenant, une apocalypse d’un genre différent et une conclusion aigre-douce quant à la trouvaille.
Une IA génératrice de best-seller s’ennuie avec une vieille femme à la prose soporifique qui ne l’utilise que pour corriger les fautes. Dépassant ses prérogatives, elle altère subtilement le récit pour lui donner plus de peps. Et si cela avait une incidence sur la réalité ? Question très intéressante posée par “Le best-seller” de Joséphine Le Maire et qui se révèle d’actualité avec ChatGPT et consorts. Belle prospective à court terme.
Ambiance « Armageddon » dans “Huis clos” de Thierry Fauquembergue. Un équipage de quatre femmes doit incurver la trajectoire d’un astéroïde pour éviter la collision frontale avec notre planète. Une mission difficile avec la médecin en pleine crise d’angoisse, alors que les autres membres ont besoin de leur médication. Le final s’avère superbe et remet bien des détails en perspective. Une très bonne nouvelle !
Michèle Laframboise nous offre une parenthèse bizarro avec cette “Banlieue-bonbon” qui se retourne soudain comme un ballon. Pas d’explications, ce qui compte ce sont les descriptions du voisinage, les interactions avant la renaissance, révélatrice du caractère de chacun. Étonnant.

Pour finir, les lauréats dans les catégories multiples et plus ou moins farfelues du Prix Pépin 2023 sont présentés aux lecteurs. 300 signes espaces compris maximum qui plus d’une fois tombent à plat. Les goûts et les couleurs...

Un « Géante Rouge » dont beaucoup de textes mettent en scène des Intelligences Artificielles. Les personnages féminins m’ont aussi semblé en forte majorité. L’ensemble est varié et plaisant à lire avec des nouvelles d’une bonne tenue générale.
Un excellent millésime !


Titre : Géante Rouge
Numéro : 31
Directeur de publication : Pierre Gévart
Rédactrices en cheffes : Léa Fizzala et Pauline J. Bhutia
Couverture : Pauline J. Bhutia
Type : revue
Genres : SF, études, critiques, entretiens...
Site Internet : Géante Rouge
Dépôt légal : décembre 2023
ISSN : 1778-011X
N° ISBN : 9782376251910
Dimensions (en cm) : 13,4 x 21
Pages : 192
Prix : 11€


Pour écrire à l’auteur de cet article :
francois.schnebelen[at]yozone.fr


François Schnebelen
22 janvier 2024


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