Chargement...
YOZONE
Le cyberespace de l'imaginaire




Royaume de Pierre d’Angle (Le), tome 2 : Les Filles de Mai
Pascale Quiviger
Folio, Fantasy, roman (France), fantasy YA, janvier 2023, 490 pages, 9,70€

Grâce au pacte noué avec Sidra, Ema a récupéré Thibault. Mais le jeune roi a été brisé mentalement par son séjour dans la Catastrophe, que certains finissent par deviner hors du temps. Sa guérison prend du temps, ce qui fragilise son pouvoir, avec son demi-frère à l’affût. D’autres catastrophes guettent le royaume : un hiver très rude, qui pousse à de nombreux sacrifices, un navire porteur de maladie... Mais il y a aussi quelques signes d’espoir, avec des cœurs qui se rapprochent. Néanmoins le mal rôde et ronge certains esprits chagrins, amers, présageant le pire pour l’avenir.



« Les Filles de mai » enchaîne dans la continuité de « l’Art du naufrage », sans plus d’une respiration d’intervalle. Ema ramasse son Thibault à demi fou, traumatisé par la Catastrophe. Il faudra les traitements de Frenelles le jeune pour le sortir de son apathie, et vite, au risque de voir le royaume basculer entre les griffes de Jacquard, car Pierre d’Angle ne peut rester plus de 12 jours sans roi. La mort de son mentor est un coup dur pour le roi, mais cette douleur le remettra en selle.

En sus de l’avenir du royaume, et les nombreuses réformes de bon sens dictées par Thibault et Ema pour parer aux plaies qui s’abattent sur l’île, on suis l’ascension de nombreux personnages secondaires : cette quadrilogie, loin de s’attacher au seul (et tragique) destin royal, fait la part belle aux multiples protagonistes. Lysandre, tout d’abord, échappe à l’école et devient l’apprenti de Blaise de Frenelles, qui nourrit son intelligence et sa perpétuelle curiosité. Le gamin, vif et têtu, lui tient parfois tête, comme lorsqu’il soigne un faucon crécerelle et peine à lui rendre sa liberté, malgré les mises en garde de son tuteur.
Guillaume Lebel, ancien second promu capitaine, a le plus grand mal à exprimer ses sentiments pour Elizabeth, la cousine du roi et bibliothécaire du palais. Son allergie aux poils de chat ne rend pas non plus sa cour très facile. Tendre, naïve et teintée d’humour un rien clownesque, cette relation est une bouffée de légèreté.
Celle qui se noue, plus lentement encore, entre Lucas, que Thibault veut bombarder médecin royal, et Esméralda, une messagère, est teintée de craintes, d’hésitations, un pas en avant et deux en arrière. C’est essentiellement la faute du roi et de l’examen de médecine, car Lucas, qui a fait ses preuves à nos yeux, doit les faire à ceux des trois charlatans de l’Académie. On se doute que le roi usera de son influence pour faire triompher le droit et la modernité face aux vieilles lunes plus promptes à la saignée qu’autre chose.

Côté sombre, on suivra les efforts de Benoit pour séduire l’élue de son coeur, un choix davantage dicté par l’ambition et le désir d’ascension sociale que les tendres sentiments. Le rejet sera d’autant plus cinglant que lourd de conséquences pour le prochain volume.
Jacquard fera également des ravages avant de quitter la scène, par le chantage et le poison, laissant l’entourage des époux royaux meurtris.
Mais le point d’orgue vient de la dissipation des brumes autour de Sidra. La reine mère, personnage déjà très ambivalent, voit son identité se révéler petit à petit, indice après indice, ce qui éclaire le pacte noué avec Ema pour la libération de Thibault, et la conclusion de ce volume, après la naissance anticipée de la princesse, nous laisse sur un terrible suspense.

Pascale Quiviger fait encore ici montre d’un double talent, celui d’écrire des choses graves avec une douceur, une légèreté... La narration va et vient entre description et ressenti des personnages, sautant d’un point de vue à l’autre, on se sent partout à la fois, bondissant comme un écureuil selon les besoins du récit. Elle dépeint un certain quotidien tranquille, paisible, émaillant sa trame dramatique de petites touches de calme, de beauté, de tristesse parfois. La formation de Lucas aux côtés d’Irma l’accoucheuse est poignante, et on sent fréquemment monter les larmes.

Je ronchonnai sur le flou entretenu entre lectorat jeune adulte et adulte dans le préambule du tome précédent. Ici l’intrigue gagne en noirceur, mais le style narratif conserve cette facilité, cette fluidité, maintenant l’unité du roman. Si vous n’avez pas accroché au premier, « Les filles de mai » ne trouvera pas plus grâce à vos yeux. Mais si vous vous laissez emporter, acceptant les montagnes russes émotionnelles de la narration, ces petites joies contre ces grands malheurs, cette observation des personnages un peu en zig-zag, vous n’en apprécierez que davantage la profondeur de l’intrigue, ses multiples nœuds qui ne nous laissent d’une envie, dévorer la suite, aussi tragique s’annonce-t-elle.


Titre : Les filles de mai
Série : Le Royaume de Pierre d’Angle, tome 2/4
Autrice : Pascale Quiviger
Couverture : Aurélien Police
Éditeur : Folio (édition originale : Le Rouergue, épik, 2020)
Collection : Fantasy
Site Internet : page roman (site éditeur)
Numéro : 735
Pages : 490
Format (en cm) : 18 x 11 x 2
Dépôt légal : septembre 2023
ISBN : 9782072999178
Prix : 9,90 €



Nicolas Soffray
20 janvier 2024


JPEG - 39.4 ko



Chargement...
WebAnalytics