La mort en ce désert ?
Alors que Conan a déjà dégainé l’épée pour abréger les souffrances de Natala, un éclair au loin semble lui annoncer une oasis, une ville... un mirage. Au bout de leurs dernières forces, ils rejoignent Xuthal, la ville qui va les sauver. Mais les deux amants comprennent vite qu’ils sont arrivés dans un lieu maudit !

“Xuthal la Crépusculaire” est un récit mineur de Robert E. Howard, publié en 1933, prémisse d’un de ses tous meilleurs textes, “Les Clous rouges”, publié en 1935. L’auteur cherchait un texte suffisamment aventureux, violent et érotique pour être publié dans Weird Tales et y faire la couverture. Du coup, il a lorgné vers un univers fantastique avec un monstre lovecraftien, Thog, l’Ancien Dieu, qui se repait des habitants de la cité totalement abrutis par les drogues qu’ils s’administrent. Ce Dieu venu d’ailleurs apparaît dans la seconde partie du récit, après qu’une sensuelle et perverse brune, Thalis, vexée d’avoir été rejetée par Conan, n’enlève Natala pour la suspendre au-dessus du gouffre maudit et la punir à sa façon. Elle la fouette avant de l’abandonner aux tentacules lubriques du monstre qui vient profiter du corps de la sculpturale guerrière.

Conan, croyez moi, va avoir beaucoup de mal à venir à bout de ce monstre, et c’est même Natala qui lui permettra de fuir Xuthal après un combat démentiel qui le laisse sans force. La belle lui administre la drogue du lotus noir, celle-là même qui endort ce peuple qui se laisse lentement dévoré par son Dieu. Il parviendra à surmonter la douleur de ses blessures, le barbare, une fois encore, l’emportant sur la civilisation dégénérée, comme aimait beaucoup le faire apparaître métaphoriquement Howard.
Une audacieuse adaptation
Ce sont Christophe Bec et Stevan Subic (le duo a fait une excellente reprise de Tarzan chez Soleil) qui adaptent ce treizième tome des aventures de Conan le Cimmérien. Si l’histoire est des plus classiques, la réalisation graphique force l’admiration, avec un traitement en superbes panoramiques pour la partie qui se joue dans le désert, puis une mise en page tout en verticalité dans Xuthal, la ville du gouffre où se tapit l’ancien dieu. Le combat est un morceau d’anthologie, Conan y apparaissant comme une véritable bête, une montagne de muscles qui combat au mépris de ses blessures, jusqu’à l’épuisement le plus total.

Le dessin de Subic, d’ailleurs très charnu, avec un trait épais qui reflète autant la force que la sensualité, répond avec audace et un plaisir évident à ce récit bestial et très érotique qui joue avec les limites du pornographique. La palette de couleurs de Giullia Brusco est finement choisie entre les tons jaunes et orangés de la chair ou de la brûlure du soleil, puis les bleus violacés qui figent la menace Thog et toute la peur qu’il instille jusqu’au noir de la mort.
“Xuthal la Crépusculaire” est un album majeur de cette collection surtout par son éclaboussante réalisation graphique.
L’album collector en noir et blanc me paraît ici incontournable, tant le trait de Stevan Subic y montre sa force et ses qualités. 72 pages de pur plaisir graphique pour un tirage limité à 1200 exemplaires. Je crains qu’il ne soit déjà trop tard, mais dans une taverne de Cimmérie, peut-être dénicherez-vous ce bijou barbare...
(T13) Xuthal la Crépusculaire
Série : Conan le Cimmérien
Scénario : Christophe Bec, d’après la nouvelle de Robert E. Howard
Dessin : Stevan Subic
Couleurs : Giullia Brusco
Éditeur : Glénat
Pagination : 72 pages couleurs
Format : 24 x 32 cm
Date de parution : 26 janvier 2022
Numéro ISBN : 9782344035818
Prix public : 15,50 €
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Illustrations © Glénat / Stevan Subic / Christophe Bec