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Reckless (T1)
Ed Brubaker & Sean Phillips
Delcourt - Collection Contrebande

On parle souvent de cette dream team du polar, composée de Ed Brubaker et Sean Phillips à partir de la série incontournable “Criminal”, parue chez Delcourt. Mais les germes de cette réussite étaient déjà au sein des 4 albums de “ Sleeper”, série commencée chez Sémic et reprise dans son intégralité chez Panini comics. La force du duo était déjà là, en même temps que pour les débuts de “Criminal”, formidable série de 7 albums auxquels on ne peut pas échappé si on apprécie un tant soit peu les polars bien crasseux écrits par Brubaker. Surtout que les pinceaux de Sean Phillips ont eu à s’activer sur un énorme album, “Un été cruel”, un chef-d’œuvre de 300 pages qui s’est incrusté dans la fameuse saga criminelle. Notez d’ailleurs qu’une première Intégrale “Criminal” est annoncée chez Delcourt pour le 15 juin. Un jour de pur bonheur pour ceux qui n’auraient pas encore fait la rencontre des membres de la famille Lawless, des années 1970 à nos jours, dans un jeu subtil de destins croisés qui met en scène losers sublimes, pauvres types et femmes fatales. Mais passons sur “Criminal” et abordons enfin “Reckless”, nouvelle série de la dream team (puisque l’on annonce au moins trois albums) qui frappe à nouveau et elle frappe juste, pour une nouvelle série aux ambiances, sexe, sang drogue et rock’n’roll !



J’appellerais pas vraiment ça du boulot

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Los Angeles, 1981. Ethan Reckless est un ancien étudiant radical. Son job ? Régler les problèmes. Toutes sortes de problèmes, quels qu’ils soient... à condition d’y mettre le prix. En 1975, il retrouve un mari indélicatement parti avec toutes les économies du foyer, lui fait rendre ce qui reste du fric et, après avoir touché cinq mille en remerciement, il reprend sa planche de surf, et ne commence à réfléchir au fric que lorsqu’il il est à sec. Cela a toujours fonctionné ainsi et les activités d’Ethan Reckless lui ont fait rouler sa bosse, comme on dit. Et il ne craint pas grand-chose... Si ce n’est que son passé le rattrape. Et cette fois, cela semble bien être le cas...
Il vit dans un vieux cinéma de quartier abandonné, il y regarde seul ses films fétiches. Le El Ricardo est un temple et un peu son bureau. C’est là qu’Anna lui fait part des appels reçus réclamant ses services, et souvent l’urgence de faire rentrer de la fraiche !! Ce soir-là, une vieille amie lui donne rencard, une amie d’un temps très trouble, alors qu’il faisait partie d’un groupe underground révolutionnaire. Pour protester contre la guerre, le racisme, la brutalité policière, ils posaient des bombes visant à détruire des bâtiments. Jusqu’à ce jour de 1970 où ils se sont fait sauter.

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Ethan a failli être tué et conserve un blanc, un trou dans sa mémoire sur ce jour funeste. Rainy Livingstone faisait partie du groupe, il en était amoureux, même si à l’époque, il était un agent infiltré du FBI ! Ce qu’elle ignorait...
Dix ans plus tard, il retrouve Rainy, et court, tête la première, se foutre dans un nid d’emmerdements entre trafiquants de drogue, FBI et CIA. Une bombe plus tard, le piège se referme sur lui et l’esprit de vengeance lui fera faire une succession de mauvais choix. Au moins, les morts ne viendront pas s’en plaindre tant l’affaire sent le pourri à tous les étages... Ethan Reckless s’est installé... je parie mes derniers dollars que la poisse va souvent lui coller aux basques.

Une passion pour les romans de détectives

Mais pourquoi donc Ed Brubaker aime-t-il tant les polars en bande dessinée ? Il situe le début de cette passion dans une enfance marquée par la vision d’un père qui dévorait les lectures d’aventures récurrentes de détectives, de durs à cuire et d’espions. Puis à l’arrivée des adaptations en BD de “Parker” de Richard Stark par l’incroyable Darwin Cooke. Les graines qui formeront le personnage d’Ethan Reckless étaient plantées.
Brubaker voulait faire des bandes dessinées qui soient des romans graphiques de polar. Mais l’industrie des comics va lui imposer des récits en épisodes, certes ensuite réunis sous forme d’albums et qui feront la renommée du duo Brubaker/Phillips. Et il a fallu près de vingt ans et l’arrivée d’une pandémie pour que le scénariste puisse rompre avec ce cycle et enfin présenter une série composée de romans graphiques. Coincé à la maison, il se replonge dans ses vieilles séries de détectives et cherche à donner aux lecteurs le même genre d’évasion en créant un outsider avec un sens aigu de la justice, qui donne envie de le suivre...

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Ethan Reckless, enfant d’un officier de la Navy (comme Brubaker), traine un passé encombré suite à son passage par Cointelpro (un programme de contre-espionnage du Federal Bureau of Investigation (FBI) sous la direction de J. Edgar Hoover) et le Weather Underground (un collectif américain de la gauche radicale). Il s’est installé en Californie du sud, dans les années 80 et a placé son bureau dans un cinéma abandonné, là où sonne ce fameux numéro de téléphone qui lui annonce une affaire à régler. Vous le verrez vite, des affaires peu simples, en fait des mines d’emmerdements ! Ethan Reckless, c’est le genre de mec à n’avoir que peu de répit !

Une série qui fera date

Comme Ed Brubaker avait déjà beaucoup de notes et d’idées pour Ethan Reckles, ce premier roman graphique sera vite suivi de deux autres. Trois romans graphiques en une année ! Un rythme normal aux États-Unis car c’est ainsi que se lançait les séries de romans. Et ce lancement est des plus convaincants. Le récit de Brubaker est réglé avec minutie, il est totalement imparable... on sent venir le coup de marteau sur la tête, mais il ne tombera qu’en toute fin d’une aventure rude, crasseuse, violente et cruelle. Sean Phillips apporte le sang, les larmes, la désillusion, la souffrance, les manœuvres tordues, les coups foireux, dépeint les rendez-vous manqués, les retournements de situation inattendus, les fausses illusions, les trahisons et les lendemains à gueule de bois. Avec ce savoir-faire qui accroche le lecteur et fait qu’il adhère du premier mot à la dernière case de l’album. Et les couleurs réalisées par Jacobs Phillips n’y sont pas étrangères... bosser en famille a du bon !

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“Reckless”, c’est du grand art, une réussite comme la rêvait Ed Brubaker qui entraine une irrésistible envie de s’inscrire dans cette série de romans graphiques.
Le second annonce “L’Envoyé du Diable”... pour une descente dans l’enfer des films de série B d’un Hollywood sulfureux. Une fois encore des ambiances où le sexe, le sang et la drogue se mêleront à une violence sans limites. Le T3 est programmé pour septembre 2022, le programme consistera à “Éliminer les monstres”. Un quatrième est déjà dans les tuyaux aux États-Unis...
Une grande série est en train de naître...


Reckless (T1)
- Série : Reckless
- Scénario : Ed Brubaker
- Dessin : Sean Phillips
- Couleurs : Jacob Phillips
- Éditeur : Delcourt
- Pagination : 144 pages couleurs
- Format : 19 x 28,2 cm
- Dépôt légal : 6 octobre 2021
- Numéro ISBN : 9782413042495
- Prix public : 16,50 €


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Illustrations © Sean Phillips et Éditions Delcourt (2021)



Fabrice Leduc
5 mai 2022




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Reckless (T1) - Delcourt, collection Contrebande



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Reckless (T2) L’Envoyé du Diable - Delcourt, collection Contrebande



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Reckless (T3) Éliminer les monstres - Delcourt, collection Contrebande



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Un été cruel - Criminal Hors-série - Delcourt, collection Contrebande



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