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Sablier de l’Arbre Sacré (le)
Jo Riley-Black
Gulf Stream, Etincelles, roman (France), merveilleux, 250 pages, mai 2022, 13,50€

Alexandria habite sur l’ïle de Whyte. Passionnée de fantasy, elle découvre à l’occasion d’Halloween que sa mère disparue était une dryade, et qu’elle est l’Elue qui sauvera les êtres magiques et restaurera le sablier du temps dérobé par la méchante Confrérie du Gel. Avec ses amis Charlie et Idriss, les voilà embarqués à dos de dragon pour une dangereuse aventure !



Jo Riley-Black est, à en croire la courte biographie en fin d’ouvrage, une jeune autrice française, visiblement baignée comme son héroïne depuis toute petite dans la fantasy et Harry Potter. Las, la bonne volonté ne suffit pas à écrire une bonne histoire.

« Le Sablier de l’Arbre sacré » est un assez désastreux mélange de tous les clichés de fantasy propres à accrocher les jeunes lecteurs : une héroïne mal dans sa peau (car rondelette, étrangement métisse peau mate-cheveux roux et orpheline de mère), deux acolytes aussi mis au ban du groupe qu’elle (Charlie, garçon manqué et Idriss, maigrelet, trouillard et issu d’une minorité), des cauchemars qui s’avèrent prémonitoires... A la fête de l’automne, ils sont accostés par Pavia, la dernière dryade qui leur déballe un background tellement original (les méchants Hommes de la confrérie du Gel ont fait disparaître la magie), laisse le choix à l’héroïne d’accepter son héritage et son destin, mais bon, si elle dit oui, elle sera liée à son propre dragon, quand même !
Bref, toutes craintes envolées, le trio décolle avec deux autres dryades (oui, finalement, Pavia n’était pas la dernière) et leurs dragons pour basculer dans le monde magique. Alexandria, mi-effrayée mi-capricieuse, décide de fausser compagnie au groupe car, dans tous ses livres, c’est comme ça que le héros résout le problème, se fait (forcément) capturer par la Confrérie. Torturée par le couple qui les dirige, les Von Meenie, elle sera sauvée par ses amis, et tout rentrera dans l’ordre.

Si les plus jeunes lecteurs peuvent encore rêver aux aventures de Xandria, Charlie et Idriss, les plus âgés déploreront, outre ce scénario cousu de fil blanc et de poncifs, des facilités, des incohérences, des lourdeurs.
Quelques exemples : Diwei, la dragonne de l’héroïne, peut changer de taille, mais ne le fait jamais au bon moment : elle entre dans la chambre de son amie et s’installe sur le lit avant de se rétrécir. Puis, lorsqu’il s’agit de s’envoler par la fenêtre, elle est assez grande pour porter l’ado rondelette. Ne comptez pas sur les illustrations de Floriane Vernhes pour vous y retrouver, elles sont rarement raccord, et les personnages pas toujours bien proportionnés : Xandria parait énorme, cubique et tout en jambes de clown à côté de ses deux amis au physique exagéré de brindilles.
Lors de la première soirée feu de camp, les dryades recommandent aux enfants de ne pas s’éloigner de plus de 30 pas. 30, pas 300, vous avez bien lu. Malgré cela, ils se font attaquer, et personne ne réagit. Par contre, si tous les 3 ont tiré leur dague pour se défendre, ils pensent aussi à ne pas lâcher le bois pour le feu... Le roman est plein de ces petits détails qui font hoqueter d’une page à l’autre.
Enfin, le lien qui unit Xandria à Diwei, pourtant un grand classique bien pratique en fantasy, ne sert en gros à rien. Non, même pas en gros. Juste à rien.

La narration au présent et à la première personne est généralement idéale pour s’identifier à l’héroïne, et permettre à l’auteur de nous immerger dans sa psychologie. Après de timides tentatives, l’autrice abandonne cette idée pour se concentrer sur le récit des événements, jetant aux orties la fameuse règle du « show, don’t tell » (« montre, fais arriver les choses plutôt que les dire »), avec Pavia qui déroule son passé comme un cours d’histoire pas réellement passionnant... Les incursions dans les pensées de l’héroïne resteront très superficielles, limitées à ces idées noires qu’elle remâche fréquemment.

Même sur cette horripilante mode de surexposer la diversité, l’inclusivité, l’autrice y va avec ses gros sabots. Là encore, il s’agit de montrer, et pas d’utiliser à bon escient, ce que je n’ai noté que deux fois, lorsque Xandria craque sous la pression et s’enfuit, puis lorsqu’elle est captive des geôles, et encore, c’est fugace. Et que je ne sais rien de ma mère, et que je compense avec la bouffe mais faut me préserver et pas me le dire, et que c’est une super-aventure mais mon lit me manque... A changer d’avis comme d’émotions, on ne sait pas si elle fait une préado plus vraie que nature ou une mauvaise héroïne de roman, chouinarde et capricieuse. Et comme sa psychologie ne va pas au-delà de ce qu’elle montre...
Charlie est la demi-surprise, puisqu’il faut peut-être attendre sa 2e mention pour s’assurer qu’elle est une fille, mais elle et Idriss sont si plats et archétypaux, les deux bons copains toujours là, que cela renvoie très loin le trio modèle Harry-Hermione-Ron.

Finalement, la grande mission pour sauver la magie n’aura pas pris plus de 48h et réussi avec 3 préados pas du tout préparés. Tout va tellement vite que même les moments les moins intéressants passent plutôt rapidement. Le retournement final laisse pantois d’inutilité autre qu’une émotion purement gratuite.

« Le Sablier de l’arbre sacré » raconte l’aventure que chaque jeune lecteur de fantasy rêverait de vivre à 10-11 ans. Mon 12-ans à la maison, très aguiché par la couverture, me l’a rendu en l’ayant trouvé « pas mal, parce qu’il y a des dragons et ça parle d’Harry Potter » et que les deux créatures originales, les scravavaches et les pompouches, l’avaient fait rire. C’est maigre comme bilan ! Le problème, c’est que le roman ne dépasse pas le stade de la fanfiction maladroite écrite par un auteur du même âge et saupoudrée des clichés et passages obligés actuels pour le rendre vendeur.

Le roman tire un trait sur trente ans de littérature pour la jeunesse, avec ses archétypes, sa narration linéaire, son point de vue interne mal employé, ses façons grossières de présenter chaque élément majeur de l’histoire, ses rebondissements bateaux et en plus mal amenés, ses fréquentes incohérences, ses promesses non tenues, ses méchants de pacotille et sa quête en toc.
C’est dommage, car dans la collection Étincelles on a lu beaucoup mieux, et beaucoup plus respectueux de l’intelligence des jeunes lecteurs.


Titre : Le sablier de l’Arbre Sacré
Auteur : Jo Riley-Black
Couverture & illustrations : Floriane Vernhes
Éditeur : Gulfstream
Collection : Etincelles
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 250
Format (en cm) : 22 x 14 x 2
Dépôt légal : mai 2022
ISBN : 9782383490067
Prix : 13,50 €



Nicolas Soffray
16 juin 2022


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