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Pincée de Magie (Une)
Michelle Harrison
Seuil jeunesse, roman (Grande-Bretagne), fantasy/fantastique, 381 pages, décembre 2020, 16,50€

Les jeunes sœurs Widdershins vivent avec leur grand-mire, dans l’auberge du Braconnier, sur l’ile de Crowstone. Si Fliss, l’ainée, est déjà sage, et Charlie trop petite pour se rebeller, Betty est à un âge où on rêve d’autres horizons, plus lointains... Profitant de la soirée d’Halloween, elle échappe à la surveillance de son aïeule pour rejoindre la grande ville, sur l’île voisine. Mais elles se font pincer, la grand-mère apparaissant comme par magie sur le bac perdu dans les marais ! Et le retour à la maison se fait illico presto, grâce à son sac magique !



Face à cette crise d’adolescence, quelques explications s’imposent : la famille est maudite, et les femmes ne peuvent quitter Crowstone et ses trois îles du Chagrin sans perdre la vie le jour suivant. Tout cela viendrait d’une sorcière, emprisonnée peut-être à tort il y a longtemps dans une tour voisine, de qui la famille tient trois objets magiques : un sac à voyager, un miroir pour voir et parler à distance, et des poupées russes qui rendent invisibles.
Sous l’impulsion de Betty, les sœurs « empruntent » les objets pour interroger un prisonnier, qui prétend savoir comment lever la malédiction. Mais les choses déraillent et Betty ne va plus avoir que 24 heures pour lever le mystère et sauver ses sœurs d’une mort annoncée...

Arrêtons-nous pour commencer sur la très belle couverture de Melissa Castrillon, motifs enchanteurs rehaussés de doré, et un titre explicité là aussi de ce qu’il suffit d’accrocheur.
Le prologue nous donne quelques éléments sur la fin de la sorcière, son crime, son châtiment, mais de façon très nébuleuse. Puis nous découvrons Betty, son époque et son univers... Ou plutôt, non.
C’est assez déstabilisant, et en tant que lecteur adulte j’ai cherché, souvent en pure perte, des indices, mais l’autrice est plutôt chiche : « Une Pincée de magie » a lieu à une époque indéterminée, je ne crois pas avoir lu d’usage de l’électricité ou d’objets modernes, de moteurs sur les bateaux. Mais il y a des armes à feu. On flotte dans un XVIIIe-XIXe merveilleux, un conte teinté de fantasy, aux éléments slaves assez marqués (les trois objets magiques), dans un archipel plutôt anglo-saxon... Les descriptions étant plutôt rares, il faudra imaginer vêtements et décors à notre envie, quitte à corriger les choses lorsqu’un mot, un objet nous fera tiquer. Mais nul doute que les plus jeunes lecteurs s’en sortiront bien mieux !

Le plan initial échoue lamentablement : un dangereux prisonnier s’enfuit en emportant Fliss et Charlie en otage, avec le sac magique, et Betty, si empressée de voir le monde, se retrouve avec Colton, le garçon captif qui prétendait savoir lever leur malédiction, et un horrible mal de crâne, comme si les corbeaux de l’île croassaient dans sa tête pour lui annoncer sa fin prochaine. Le temps est compté pour sauver ses sœurs et découvrir le remède à leur sort. Entre témoignages de vieux marins et retour à la tour originelle, les Widdershins vont découvrir l’histoire de Sorsha et de sa mère, étrangères à l’île, et pointées du doigt pour leurs étranges pouvoirs.
On retrouve les racines du mal : la peur de l’Autre, de la différence, la jalousie. Les Hommes ne changeront jamais, face à des femmes qui refusent de se plier à leurs lois et leur domination.

Michelle Harrison maintient le suspense, même si on s’interroge parfois sur les distances ou le temps nécessaire pour aller d’une île à l’autre, tandis que file le temps. A l’émerveillement de la découverte des objets magiques aura suivi la tension de l’évasion, puis celle du sauvetage, et enfin la découverte des origines de tout cela.
Bien évidemment, ces révélations vont bousculer les hypothèses de Betty, qui se rêvait descendante de sorcière : la réalité est bien plus cruelle. Au contraire de la solution proposée, par la petite Charlie, pour y remédier, un procédé audacieux qui ravira jeunes et moins jeunes en s’inscrivant dans les codes classiques du roman d’aventure magique.

On navigue à vue dans les eaux brumeuses de Crowstone : une grande liberté laissée au lecteur pour s’imaginer les lieux, des rebondissements qui font bifurquer l’intrigue quand on ne s’y attendait pas... « Une Pincée de magie » demande de se laisser emporter, de passer sur certains blancs ou facilités, ne pas s’attarder à des détails futiles, et apprécier la maturité croissante de l’intrigue, qui va de pair avec l’évolution de son héroïne, obligée de ne plus se comporter comme une gamine et assumer les conséquences de ses actes irréfléchis.

Une histoire qu’on adorerait voir portée à l’écran (ce qui résoudrait les questions d’ordre visuel !), avec son crescendo de tension et de révélations. D’ici là, cette histoire captivera tant les lecteurs néophytes, qui se laisseront porter, que les plus gros dévoreurs, surpris par ce conte d’apprentissage à la fois classique et souvent surprenant.
L’éditeur le classe en 9-12 ans, je viserais plutôt le haut de cette tranche d’âge, pour mieux correspondre à celui de Betty et sa découverte des conséquences de ses actes.

Une très bonne et belle surprise.


Titre : Une pincée de magie (a pinch of magic, 2019)
Autrice : Michelle Harrison
Traduction de l’anglais (Grande-Bretagne) : Elsa Whyte
Couverture : Melissa Castrillon
Éditeur : Seuil Jeunesse
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 381
Format (en cm) : 20,5 x 14 x 2,5
Dépôt légal : décembre 2020
ISBN : 9791023512670
Prix : 16,50 €



Nicolas Soffray
6 novembre 2021


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