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Black Cat, un dossier pour la fin d’une série..
Kentaro Yabuki
Glénat - 20 titres parus, série terminée

Publiée de février 2003 à août 2006 chez Glénat pour la France, la série « Black Cat » vient de s’achever avec son vingtième tome.
Le temps d’un bon petit dossier est donc venu pour Train Heartnet et Sven Vollfield, les deux sweepers imaginés par Kentaro Yabuki.



Commençons d’abord par découvrir qui est l’auteur de ce manga avant de nous plonger dans l’histoire même des deux compères chasseurs de primes.

Kentaro Yabuki, L’auteur

Avant de s’attaquer à Black Cat, Kentaro Yabuki avait écrit la série Yamato Gensôki (en 2 volumes), située dans le Japon antique, dont le héros est un assassin qui a trahi son organisation, et dans laquelle le « Ki » et les « pouvoirs spéciaux » jouent un rôle capital. Ces idées lui ont servi de base à la réalisation de Black Cat. Pour échapper aux contraintes imposées par un contexte historique ou réaliste, Kentaro Yabuki a choisi de situer son manga dans « un monde imaginaire qui ressemble beaucoup à la réalité ».

Avec beaucoup d’humour, Kentaro Yabuki place également quelques clins d’œil à des références félines. Par exemple, le drôle de petit chat errant qui se ballade, comme si de rien n’était, dans les pages de Black Cat, provient d’un manga bonus publié précédemment par l’auteur, et intitulé Stray Cat. Ce n’est pas non plus par hasard si le titre de sa première série comporte le mot « Yamoto », tandis que la seconde série s’intitule Black Cat, c’est-à-dire Chat Noir : la combinaison des deux évoque tout simplement une célèbre société de livraison japonaise : Kuroneko Yamato, ce qui signifie Le Chat Noir Yamato (Yamato étant l’ancien nom du Japon).

Que dire de plus au sujet de Kentaro Yabuki ? C’est un jeune mangaka né en février 1980. Depuis l’enfance, il collectionne les figurines et maquettes de ses personnages préférés. En 2001, il avouait n’avoir jamais quitté le Japon. Il a joué comme figurant dans le film Godzilla x Mothra x Mecha Godzilla. Son studio se situe à Tokyo avec vue sur Shinjuku et le mont Fuji. Après avoir bouclé sa série Black Cat, il a annoncé qu’il partait en « voyage initiatique » pour préparer sa prochaine histoire. Peut-être pour acquérir l’expérience qui lui manque, selon ses propres aveux ?

Black Cat, l’histoire

Train Heartnet est le coéquipier de Sven Vollfield. Tous deux sont des sweepers, des nettoyeurs, sortes de chasseurs de prime qui errent de ville en ville, au gré des avis de recherches. Leur talent leur permet d’empocher de nombreuses récompenses. Malheureusement, Train a un peu trop tendance à tout dilapider, surtout au restaurant, sous le prétexte que « l’argent doit circuler ».

Sous des dehors insouciants, Train cache un sombre passé. Deux ans auparavant, il était eraser pour le compte de Chronos, une organisation secrète qui contrôle un tiers de l’économie mondiale en s’appuyant notamment sur les talents guerriers de ses chrono numbers. Ces tueurs d’élite ont tous un chiffre romain tatoué sur le corps. De cette époque-là, Train Heartnet conserve un XIII sous la clavicule gauche - ce qui n’est pas sans rappeler le héros de la série XIII scénarisée par Van Hamme et dessinée par William Vance.

Que s’est-il donc passé pour que le plus célèbre tueur du monde de l’ombre, le Black Cat qui se vantait de porter malheur à ses ennemis, devienne, presque du jour au lendemain, un chat errant, libre et rieur, gourmand de poisson et de lait ?

Saya Minatsuki, le changement

Une rencontre, bien sûr. Une femme : Saya Minatsuki. Nettoyeuse au grand cœur, prônant des valeurs humanistes qui surent toucher le jeune Train, lequel traînait dans ses bagages un traumatisme d’enfance - ses parents, assassinés sous ses yeux.

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, ce n’est pas une histoire d’amour qui lie Train et Saya, mais bel et bien une histoire d’amitié, de confiance, de respect, d’admiration pour une aînée qui devient vite un modèle, un mentor.

Mais Creed Diskens, partenaire de Train au sein de l’organisation Chronos, éprouve des sentiments très ambigus pour notre Black Cat. Il le veut « pour lui seul » et ressent Saya comme une rivale qu’il lui faut absolument éliminer. Au contact de cette femme, Train n’est-il pas en train de changer ?

Creed défie donc Saya et la tue, sans obtenir le résultat escompté. Car Train, au lieu d’être libéré de l’influence de son mentor, embrasse définitivement sa cause, son mode de vie, ses valeurs, et rejette en bloc son passé de Chrono Numbers - au point qu’une rumeur circulera, affirmant que Black Cat est mort.

Train ne conserve que son « Black Gun » : un pistolet en orichalque gravé lui aussi du chiffre XIII, parfait accessoire du tireur d’élite ; sa crosse sert aussi de bouclier.

Tout ce passé, et même la rencontre avec Sven - ancien agent du bureau des enquêtes internationales -, est distillé au fil des chapitres, sous forme de flashbacks.

Sven Vollfield, les missions

Dès le premier épisode, l’auteur nous plonge dans l’univers palpitant des missions que mènent, tambour battant, Train et Sven. L’humour est présent, ce qui n’empêche pas d’aborder des thèmes sérieux, tels la manipulation, les complots pour le pouvoir, l’appétit de puissance, la cruauté gratuite, l’idée de vengeance ou l’éthique en matière de recherche scientifique.

Très vite, Train et Sven vont faire la connaissance de Rinset Walker, une jeune voleuse spécialisée dans l’acquisition et la revente de données sensibles. Elle embarque nos deux héros dans une aventure qui les amènera à se frotter au trafiquant d’armes Tornéo, homme ambitieux, cruel et sans scrupules. Dans son laboratoire ultrasecret, Tornéo a créé une arme biologique redoutable : une fillette née du clonage, Eve, dont l’organisme a été modifié, amélioré par la nanotechnologie, ce qui lui donne des pouvoirs métamorphes.

Conditionnée par son propriétaire, Eve se comporte d’abord comme une vraie machine à tuer. Cependant, sa rencontre avec Sven va la bouleverser au point qu’elle se retourne contre Tornéo pour entrer définitivement dans la vie de nos deux nettoyeurs. Elle devient à la fois leur partenaire de missions et la fille spirituelle de Sven.

Creed et les Apôtres de l’Etoile

Sitôt bouclée l’affaire Tornéo, voici que Creed entre en scène (avec tous les souvenirs qu’il représente). Tandis que le passé de Train s’éclaire peu à peu, on apprend que Creed a quitté Chronos, lui aussi, pour fonder sa propre organisation : Les Apôtres de l’Etoile, a vocation révolutionnaire. Son but avoué : renverser Chronos afin de dominer le monde.

Pour convaincre Train de se rallier à lui, Creed ne trouve rien de mieux que kidnapper Rinset Walker, et faire du chantage à son ex-partenaire.

C’est là que Black Cat commence à déployer toute sa profondeur. Aucun manichéisme dans ce manga. Que ce soit Chronos ou les Apôtres de l’Etoile, on ne peut réellement parler de méchants ni de gentils. Chacune des deux organisations a des arguments recevables, et d’autres qui révulsent. Chacune compte en son sein des gens de bien et des salauds. Et Train, Sven, Eve vont devoir naviguer dans ces eaux troubles, pris entre deux feux.

Notechnologies, tao et autres pouvoirs

La spécificité des Apôtres de l’Etoile, c’est le recours au tao. Il s’agit d’un pouvoir magique dont la manifestation varie pour chaque individu. On peut l’éveiller, lorsqu’il est latent, grâce à une potion dont la composition est, évidemment, tenue secrète.

L’originalité de Black Cat est de diversifier l’origine des supers pouvoirs dont sont dotés les personnages. Pour les uns, ils sont le fruit de la nanotechnologie. Pour d’autres, il s’agit d’énergie psychique (le tao). Pour d’autres encore, ils ne sont que la conséquence d’un entraînement rigoureux et d’une technique sans faille héritée des arts martiaux.

Sven a lui-même une particularité : le grasper eye. Sous le bandeau qui lui donne l’apparence d’un borgne, l’ancien enquêteur cache un œil capable d’anticiper l’avenir de quelques secondes, ce qui lui permet de développer de prodigieux dons d’esquive. C’est aussi un bricoleur de génie, qui fabrique des armes et des munitions défiant l’imagination.

Eve, elle, représente la nanotechnologie maîtrisée à la perfection. Ses transformations sont à la fois ingénieuses, performantes et splendides. Pour s’envoler, par exemple, la fillette se fait pousser de magnifiques ailes d’ange. Malgré sa maturité, sa prodigieuse intelligence, elle reste une enfant en quête d’affection, de réponses, de rêve et de rédemption.

Enfin, Train va toucher du doigt les trois formes de pouvoir. Tireur d’élite ayant connu les entraînements impitoyables dispensés par Chronos à ses guerriers, il subira, contre sa volonté, une injection de nanomachines, ce qui fera régresser son corps à un stade infantile. Guéri par une autre injection, il se retrouvera doté d’un pouvoir proche de celui qu’offre le tao, et pourra projeter des traits de foudre, en se servant du Black Gun comme catalyseur.

Black Cat, une impression de bonne humeur

De nombreux personnages secondaires passionnants sont à découvrir tout au long de ce manga, dont le dessin ne cesse de gagner en maîtrise au fil des pages. Les combats sont rendus avec énergie et ont le mérite de ne jamais traîner en longueur. Les pouvoirs des uns et des autres sont originaux et leurs effets vraiment bien rendus. On croise très peu de personnages à la psychologie superficielle et peu fouillée. La plupart évoluent, tirent des leçons de leurs erreurs, se voient offrir des secondes chances.

Surtout, chose appréciable car souvent rare chez les mangakas, Kentaro Yabuki, au terme de ses 20 volumes, a su conclure Black Cat de façon cohérente et satisfaisante, sans rien laisser en suspens.

Malgré la violence et les drames qui émaillent ce manga, c’est vraiment une impression de bonne humeur et d’optimisme que laisse la lecture de Black Cat.


Black Cat
- Auteur : Kentaro Yabuki
- Site officiel : Black Cat (en japonais)
- Première publication : Shônen Jump, de 2001 à 2004
- Éditeur japonais : Shueisha inc., Tokyo, 2001
- Éditeur français : Glénat
- Traduction : Fédoua Thalal
- Série en 20 volumes.
- Statut : achevé


Illustrations © Kentaro Yabuki et ayants droits


Nathalie Dau
15 septembre 2006






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Black Cat DVD1, made in Japan !



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