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Royaumes ennemis, tome 2 : Les Origines
Sylvie Kaufhold
Editions du 38, Collection du fou, roman (France), fantasy, 302 pages, juin 2021, 18€

Au royaume de Méri, la reine Zei envoie l’un de ses fils, le jeune Okai, loin au sud, à la recherche d’une pierre magique pour assurer sa longévité. Le prince embarque comme simple mousse sur l’Espérance, sous les ordres du capitaine Barft. Leur périple durera de longues années, les emmenant aux Îles Senteur, puis à l’Archipel Cayenne avant de toucher enfin les Terres du Sud.
Loin au nord, dans les forêts boréales, Anir la Magicienne ne se satisfait plus de son sort ni de sa place dans la tribu de son époux, et porte son pouvoir plus au sud, vers un jeune guerrier prometteur, le petit Khazan, et la reine de Méri.



Après « Les Magiciennes », Sylvie Kaufhold fait le pari d’une préquelle, une génération plus tôt, nous faisant découvrir l’enfance de ses personnages, rebattant ainsi nombre de cartes, brouillant nos certitudes.

« Les Origines », c’est d’abord la première place donnée à l’aventure, avec le périple d’Okai sur l’Espérance, et une quête qui se voit faire de nombreux détours : les marchands des Îles Senteur, qui devaient les guider vers les fulgurites, requièrent leur aide pour mater la rébellion de Cayenne qui nuit à leurs approvisionnements, et par ricochet à celui de Méri. Plutôt que de rudes combats, ils affronteront là-bas une magie inconnue et létale. A chaque étape, le jeune prince est amené à faire des choix, cruciaux pour sa quête comme pour son propre avenir. Choisir entre son devoir envers sa mère ou sa vie, avec celle qu’il aime, dans des lieux paradisiaques. Laisser derrière lui des gens qui l’aiment, et qui lui pardonneront peut-être.

Ce second tome, plus encore que le précédent, malmène fortement la vision binaire qui marque souvent les univers de fantasy. Si dans « les Magiciennes », les steppes nous paraissaient le « bon » camp en lutte contre les invasions, rapines, razzias d’esclaves du grand et puissant royaume de Méri, aux dirigeantes cruelles, les choses sont ici beaucoup plus nuancées dès le départ, et la multiplicité des points de vue fait sauter aux yeux un fait simple : chacun a de bonnes raisons, se défend, se protège, et personne n’est innocent. De Khazan qui unifiera les steppes pour restaurer l’empire de son grand-père, se heurtant aux peuples orientaux déterminés à conserver leur autonomie chèrement acquise, aux Kels des Terres du Sud qui passent d’alliés à ennemis au décès de leurs dirigeants, pourtant frères ou cousins. D’une terre à l’autre du globe, Sylvie Kaufhold nous montre la bêtise des conquérants toujours plus avides de pouvoir, jamais satisfaits de leurs possessions et toujours jaloux de leur voisin, fût-il leur propre frère. Rares sont les hommes de bien dans cette histoire, la plupart sont bouffis d’orgueil et d’ambition, et prêts à tout pour le pouvoir, au mépris des autres et des femmes en général. Ils sont souvent surpris de les voir se dresser contre eux, et plus encore lorsqu’elles les mettent à genoux.

La guerre n’est pas la seule solution, et au travers de ses femmes, toujours très nombreuses et en première ligne, l’autrice nous montre les combats menés pour remporter des victoires plus subtiles, et l’acceptation plus ou moins facile de leur sacrifice lors d’unions politiques. Dans une certaine tradition du roman d’aventures romanesques, on notera que ces mariages « arrangés », politiques, ne sont pas systématiquement malheureux, voire très heureux, et satisfont les ambitions des deux époux.
Au travers de deux « princesses guerrières », Tin du Sud et Zeilin de Méri, on voit se construire des personnages féminins forts, confrontés aux mêmes choix cruels que les garçons de leur rangs, et à leurs conséquences à brève ou longue échéance. Par ce choix d’une préquelle qui s’étire sur une quinzaine d’années, jusqu’à faire la jonction avec « Les Magiciennes », on quitte l’immédiateté des conflits, la courte vue d’une bataille ou d’une saison de guerre, pour mieux apprécier les évolutions d’une direction prise par tel ou tel royaume, et les nouveaux choix qu’elles engendrent. Ainsi Tin se retrouve confrontée à son ancien mentor, basculé dans le camp adverse mais toujours amoureux d’elle. Entre regrets et raison d’état, elle va devoir choisir, quitte à faire partie des victimes collatérales.

Je me répète certainement, mais on lit avec Sylvie Kaufhold une fantasy très agréable, très nuancée et profondément humaine. Si, par la nécessité d’une œuvre et d’enjeux politiques trans-continentaux, on suit des décideurs, des princes et des héritières, c’est pour mieux faire se télescoper leurs choix personnels et politiques, et confronter ces hommes et ses femmes à des décisions qui impacteront toujours plus qu’eux. Okai se raccroche à son devoir de prince, au détriment de son bonheur personnel, Tin et Zeilin découvrent que les deux peuvent se concilier.

De l’aventure enchanteresse, émouvante et subtilement intelligente comme on aime en lire. C’est dense, plein de nuances, profondément réaliste : on s’attache à tous les personnages, quels que soient leurs actes passés ou à venir, parce que tous sonnent vrais.

Le troisième volume, « Les Héritiers », paraitra début novembre.


Titre : Les Origines
Série : Royaumes ennemis, tome 2
Autrice : Sylvie Kaufhold
Couverture : Step / Anne-Eléonor Olivier
Éditeur : éditions du 38
Collection : collection du fou
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 302
Format (en cm) : 21,5 x 14
Dépôt légal : juin 2021
ISBN :
Prix : 18 € ou 6,99€ en numérique


Royaumes Ennemis :
« Les Magiciennes »
« Les Origines »
Les Héritiers


Nicolas Soffray
1er novembre 2021


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