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Nécropolis, tome 1 : La Tour de l’Aigle
Fabrice Colin
Nathan, roman (France), fantastique, janvier 2021, 138 pages, 10,95€

Astor, Robin, Violet et Lee-Ann étudient à l’institut Saint-Ange, le collège qui forme les Gardiens, chargés de réguler les morts du cimetière de Ravenor qui, depuis des générations, ont tendance à se relever. Heureusement, la région est entourée par les falaises et un haut mur.
Quelques faits bizarres intriguent les quatre amis ces temps-ci : le grand-père fantôme de Robin lui annonçait un grand malheur, le cinéma local leur a passé un film très étrange... quant au directeur de l’école, tuteur de Violet, il se comporte de façon curieuse.
Parce qu’il a reçu la meilleure du semestre, le gentil et rouquin Robin obtient de passer une nuit dans la Tour de l’aigle, avec des Gardiens confirmés. Une sacrée immersion en perspective, même si ses aînés en chemin le préviennent que cela sûrement plan-plan.
Bien entendu, cela ne le sera pas.



La nouvelle série jeunesse du talentueux et prolifique Fabrice Colin a éveillé en moi, dès les premières pages, de sérieuses craintes : quatre héros remplissant les quotas actuels de diversité (2 filles orphelines et deux garçons, un roux et dodu et l’autre noir et en fauteuil « volant »), un cadre scolaire pour des études étranges dont on ne sort plus depuis Harry Potter...
Bien heureusement, après une présentation des larrons et une immersion rapides à défaut d’originales, l’auteur fait montre de son imagination et de son talent narratif pour s’arracher un peu aux clichés du fantastique jeunesse et pointer des questionnements sincères.
Ainsi, dans la région, les perspectives professionnelles sont limitées, et le gentil Robin se prépare à être Gardien, comme son grand-père, son père et ses deux frères, qui sont en 3e année. C’est ça ou être pêcheur. Pourtant, il rêve d’aller au-delà du mur, à la capitale, Arcadia...
L’univers de ce cimetière est aussi à un tournant : on n’y envoie plus les morts de tout le pays, donc leur rôle va disparaitre à court terme. Et les ados pourraient bien s’avérer la dernière génération de Gardiens. Que faire, ensuite ?

Mais l’intrigue les rattrape, de toute façon, avec des événements qui mettent en péril les 4 Sentinelles, qui dispensent la Vertu, une énergie magique qui soutient les Gardiens et leur donne un pouvoir. Ce premier tome est un peu bref (130 pages) pour nous en laisser voir beaucoup, mais on découvre que Robin parle aux animaux et Violet voyage dans les rêves des autres..

Beaucoup d’autres choses sont encore sans réponse et environnées de mystère (les origines des deux filles, adoptées). On ne creuse pas encore la question des femmes, condamnées à la tenue du foyer, et Violet et Lee-Ann sont deux exceptions, l’une pupille du directeur et l’autre protégée de la famille Usher, fondatrice des Gardiens. Ou le pourquoi du fauteuil volant d’Astor, qui tient hélas plus de l’esthétique steampunk de surface qu’autre chose, avec les lance-flammes anti-zombie (entre les mains d’ados, le rêve). L’auteur ne nous livre pas toutes les clés dès le premier tome, et cela rend l’attente de la suite plus insoutenable encore.

Au-delà d’une intrigue et d’un univers qui s’étoffent mutuellement, Fabrice Colin sait offrir de beaux moments d’émotions, comme le dialogue entre Robin et son grand-père, qui n’a pas les mots pour évoquer l’outre-monde où il stagne désormais, évoquant un malade d’Alzheimer, ou lorsque les 4 amis s’occupent d’une petite fille fantôme, appliquant leurs leçons et cherchant non pas à l’exorciser mais à l’apaiser. Un très beau passage à la morale douce-amère.
Pour les plus âgés, le volume fourmille d’allusions et de références littéraires et esthétiques, de la famille Usher (Poe) à ses habitants plus proches de la famille Addams ou des Collins de « Dark Shadows ». Les Gardiens évoquent des Van Helsing bougons et désabusés, confis dans une routine qui pourrait leur coûter cher.

Il y en a donc pour tous les lecteurs dans ce premier tome de « Nécropolis » : les plus jeunes apprécieront une immersion rapide et des repères connus et rassurants, les plus grands apprécieront les écarts hors des sentiers rebattus et les possibilités ouvertes, en espérant des réponses à la hauteur de ce qu’on sait l’auteur en capacité de nous offrir.
Bref, on attend la suite !


Titre : La tour de l’aigle
Série : Nécropolis, tome 1
Auteur : Fabrice Colin
Couverture : Juliette Brocal
Éditeur : Nathan
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 138
Format (en cm) :
Dépôt légal : janvier 2021
ISBN : 9782092590485
Prix : 10,95 €



Nicolas Soffray
26 février 2021


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