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Shadowscent, tome 1 : Le Parfum de l’Ombre
P.M. Freestone
La Martinière, Fiction J, roman (Australie), fantasy/aventures, 461 pages, janvier 2020, 21€

Dans l’empire d’Aramtesh, le pouvoir tourne autour des odeurs et des parfums. Rakel espère pouvoir s’élever grâce à son nez et ses talents d’extraction de senteurs, et payer ainsi les soins pour son père, officier mis en retraite parce qu’atteint de Pourriture, un mal aux allures et aux odeurs de gangrène qui finit par tuer. Hélas, elle prend trop de risques, vendant ses produits sous le manteau, et va jusqu’à tricher pour être certaine de réussir l’examen de parfumeuse officielle du temple. Plus dure sera la chute... entre les mains de la Gardienne des Senteurs, qui a jadis refusé de sauver sa mère.
Ash est le Bouclier du prince Nisaï, héritier de l’Empire, et son ami d’enfance depuis une sombre affaire de fugue. Lors d’un voyage dans la Région d’Aphoraï, productrice du Dahkaï, le parfum impérial, le Temple des Senteurs est attaqué, sa Gardienne est tué et le prince empoisonné par une fumée noire.
Approchée par la mystérieuse Luz, Rakel semble la seule à même de trouver l’antidote et sauver le prince. Elle s’échappe, les rangers du commandant Iddo, le frère de Nisaï, aux trousses. Mais c’est Ash qui la retrouve, et à eux deux ils vont arpenter l’empire pour retrouver les ingrédients, en s’apprivoisant mutuellement.



L’on pourrait ainsi résumer cette première partie de « Shadowscent », à la trame assez classique : deux personnages que presque tout oppose visitent le pays entier pour trouver collecter les pièces éparses de leur sésame. Ils réussiront (sans doute) en mettant en commun leurs forces, et devront se soutenir pour surmonter leurs faiblesses. Classique, certes, mais très efficace, d’autant plus de Peta Freestone donne du corps à ses personnages, y compris secondaires, et à son univers.

Les ambiances orientalisantes ne sont pas très fréquentes en fantasy (le dernier opus à s’y aventurer étant « Sharakhaï » chez Bragelonne), et l’autrice tisse de belles choses entre la chaleur du désert et le rôle des odeurs et des parfums. Sans en faire trop dans ses descriptions, elle immerge bien le lecteur dans un décor visuel mais surtout olfactif, les odeurs subies et celles choisies.
Pour Rakel, le nez est primordial, une façon de reconnaître ou de juger les gens, et un langage à part entière, entre les senteurs choisies, leur prix, leurs propriétés. Ainsi les soldats comme son ami Barden et Ash se distinguent-ils par les huiles du cuir de leur armure et des senteurs à même de masquer la sueur dont empestent les gardes peu soigneux, la milice ou les débardeurs. Pour les femmes, les populations bourgeoises, et les cercles de parfumeurs, chaque composante délivre un message subtil.

La narration alterne entre les deux héros, donnant deux points de vue sur la société (du bas et du haut), avant qu’ils ne se rejoignent et partent en quête, leur voyage jalonné de passages classiques : la bibliothèque perdue/interdite où se trouve la recette en forme d’énigme, les différentes provinces impériales, aux mœurs et aux climats différents... Ces découvertes seront l’occasion pour Rakel et Ash de révéler leurs atouts et leurs lacunes : la première est débrouillarde mais n’est jamais sortie des environs de chez elle, le second a une connaissance empirique de l’empire dont héritera son ami.
Chacun dissimule bien sûr un secret : pour Rakel, il est lié à sa mère et à sa naissance, et au rôle qu’y a joué la défunte Gardienne des Senteurs. Ash prend régulièrement de la drogue pour calmer une force sourde en lui, apparue le jour de sa rencontre avec Nisaï et au cœur de leur relation depuis.
En parlant de relations, l’autrice joue aussi avec les codes. Si on voit Rakel et Ash se rapprocher au fil des jours, tant par nécessité (ils sont seuls contre le monde) que par attraction mutuelle, certains signaux les font douter, comme l’affection du Bouclier pour Nisaï ou le rempart que Rakel élève autour d’elle. Pas de coup de foudre, donc, mais une attirance plus naturelle, un apprentissage mutuel autant qu’un besoin de ne pas être seul, de pouvoir se confier sans crainte.

Les rebondissements sont nombreux, les trahisons multiples, et les facilités plutôt rares. On apprécie également que tout n’obéisse pas aux règles d’une fiction excessive, où tout serait absolument lié : toutes les bonnes actions ne sont pas récompensées, ni les mauvaises punies, certains choix portent à conséquence, d’autres moins. Les rencontres mettent en lumière les cultures des autres provinces, et des personnages secondaires travaillés. Sans afficher un franc plaidoyer pour la diversité et le vivre-ensemble, puisque la colère gronde dans l’empire d’Aramtesh, « Shadowscent » fait la part belle aux droit à la liberté et à la différence.

On s’attend presque à ce que les choses finissent à peu près bien, avant le rebondissement qui déclenche le second volume, une nouvelle quête sur les routes et qui apportera les ultimes réponses.

Une lecture prenante, un univers qui change, on a hâte d’entamer la seconde partie, « La Couronne de fumée », qui sort ce mois-ci.


Titre : Shadowscent, le parfum de l’ombre (Shadowscent, 2019)
Série : Shdaowscent, tome 1/2
Autrice : Peta M. Freestone
Traduction de l’anglais (Australie) : Isabelle Troin
Couverture : (non crédité)
Éditeur : La Martinière
Collection : Fiction J.
Site internet : page roman (site éditeur)
Pages : 461
Format (en cm) : 21 x 14 x 2,5
Dépôt légal : janvier 2020
ISBN : 9782732491035
Prix : 21 €



Nicolas Soffray
26 janvier 2021


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