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Children of Blood and Bones, tome 1 : De sang et de rage
Tomi Adeyemi
Nathan, roman traduit de l’anglais (États-Unis), fantasy africaine, young adult, 568 pages, mai 2019, 18,95€

Il y a 11 ans, pour venger l’assassinat de sa famille, le roi Saran a éradiqué la magie ancestrale de son royaume Orïsha, et fait tuer les adultes majis la pratiquant pour s’assurer qu’aucun d’entre eux ne puisse la réutiliser un jour. Ainsi, lors de ce Raid, la jeune Zélie de 6 ans a vu sa mère pendue à un arbre, comme d’autres de ses semblables, par des soldats du roi à l’emblème de lépoardaire.
Elle grandira dans un monde où ce qu’elle représente, en tant qu’héritière de la magie, est source de haine. Le peuple du royaume d’Oshïra est maintenant divisé : d’un côté les majis persécutés et asservis, reconnaissables à leur peau noire et à leurs cheveux blancs ; et de l’autre les privilégiés Orïshans à la peau plus claire et aux cheveux sombres.
Mais Zélie en a assez. Alors, quand le destin met sur sa route la princesse Amari et un parchemin source de la magie, elle n’hésite plus à se lancer dans une quête périlleuse pour libérer les siens. Mais elle ne sera pas seule. Deux Orïshan l’accompagneront : son frère Tzain qui l’a protégé toutes ses années, et Amari la dissidente qui partage ses idéaux. Ils traverseront le royaume pour rétablir la magie tout en échappant au prince Inan, digne héritier du trône et du despotisme de son père.



« Tue-la. Tue la magie. »

Américaine d’origine nigériane, Tomi Adeyemi s’inspire de la tradition Yoruba, et des religions et des mythologies d’Afrique de l’Ouest, notamment celle de l’Orisha, pour créer une Afrique imaginaire. On découvre ainsi un monde régit par la Mère Ciel et d’autres dieux et déesses qui disposent chacun d’une magie spécifique. Au-delà des éléments de l’eau, de l’air, du feu et de la terre, les majis peuvent contrôler la vie et la mort, l’esprit et les rêves, ou encore la guérison et la maladie. La magie est au centre de cet univers et de l’histoire : que ce soit par sa présence dans le passé, son absence dans le présent et de sa possible réapparition dans le futur. Mais l’autrice nous expose une dichotomie que j’ai trouvée intéressante sur ce sujet, à travers ses personnages. Elle nous montre que la magie peut à la fois représenter une libération, une justice, voire un miracle ; mais aussi la destruction et la mort. La magie fascine ou fait peur. Elle n’est pas un artifice mais une part de la vie des majis et une menace pour les Orïshans.
Au-delà de la magie, Tomi Adeyemi nous présente un monde où une partie de son peuple, les majis, sont rabaissés par les Orïshans. On est plongé dans le quotidien de Zélie et nous partageons ses sentiments de peur, de rage face à l’injustice et aux discriminations qu’elle subit : elle n’est qu’un poids pour la société avec un impôt que sa famille doit payer juste parce qu’elle existe, et elle n’est pas un être humain digne de vivre qu’on menace d’envoyer à la Réserve, une sorte de prison de travaux forcés pouvant conduire à la mort. D’ailleurs, un terme lui est souvent envoyé à la figure illustrant le dégoût qu’elle inspire et qui la rabaisse : « cafard ». Il est loin le temps où les majis étaient considérés comme des élus des dieux. Ainsi, le texte fourmille de représailles aussi bien physiques que verbales que subit l’héroïne et d’autres majis qui m’a conduit à adhérer aux actes de Zélie, de soutenir les majis et de souhaiter que la magie revienne pour qu’ils puissent se défendre et mettre un terme à ces années d’asservissement et d’humiliation.
J’ai été prise par cet univers riche et rafraîchissant, n’ayant jamais lu de fantasy africaine avant. Rien n’est laissé au hasard dans les détails de la vie quotidienne, de la nourriture, des tenues, jusqu’à la langue des majis interdite ; tout ce qui fait vivre un monde et qui permet de nous y plonger avec curiosité.

« Ẹ̀mí àwọn tí ỏ ti sủn… »

En dehors de Zélie, la narration est portée par les personnages de la princesse Amari et du prince Inan. On passe de l’un personnage à l’autre. Cela conduit à des chapitres parfois très succins et à des petits ralentissements des scènes d’action.
Mais surtout ce choix permet d’avoir différentes approches de la vie à Orïsha en tant que maji ou au contraire en tant qu’héritiers du trône ; d’être pour le retour de la magie ou non ; de la fantasmer ou de la craindre. Et aussi d’avoir des moments de doute : Zélie qui réalise les conséquences qu’implique la renaissance de la magie et qui adhère aux craintes d’Inan ; et inversement, ce dernier qui est tiraillé par son devoir et la perspective d’un royaume au peuple uni. Tout ceci conduit à une vraisemblance des personnages : je me suis attachée à chacun d’entre eux et j’ai compris leurs propres visions de l’histoire. J’ai juste trouvé dommage que l’on ne puisse pas connaître les pensées de Tzain, le frère de Zélie, qui fait partie de l’aventure dès le début.

« Les dieux ne se trompent jamais. »

Sinon le texte est facile à lire : l’autrice nous livre ce qu’il faut de détails pour s’imaginer les décors et les personnages. J’ai trouvé le rythme du récit soutenu, presque haletant à la fin, vu que la quête doit se réaliser dans un laps de temps assez court. Donc pas le temps de s’extasier devant nos découvertes.
Un petit bémol tout de même : des sous-intrigues ne se développent qu’à partir du dernier tiers du livre, et l’une ne m’a absolument pas convaincue. À peine se mettent-elles en place que la fin de l’histoire arrive et tout se conclut en même temps. Du coup, je n’ai pas eu de réaction face à certains événements en comparaison de l’achèvement de la quête. Oui je spoile : on assiste à la fin de la quête mais un cliffhanger vous donnera envie de vous ruer sur le tome suivant !

« Et quoi que je fasse, cette peur ne me quittera jamais. »

Tomi Adeyemi utilise la fantasy pour parler de sujets d’aujourd’hui que sont la discrimination, les préjugés, le racisme, l’injustice, et les violences policières meurtrières aux États-Unis afin d’éveiller notre conscience. Mais elle nous montre surtout ici le cheminement d’une révolution et d’un engagement.
Ce premier tome d’une trilogie été récompensé par divers prix anglo-saxons de fantasy, et l’engouement ne s’arrête pas là : il faut vous attendre à retrouver « De sang et de rage » sur grand écran dans les années à venir.


Titre : De sang et de rage (Children of blood and bone, 2018)
Série : Children of blood and bones (Legacy of Orisha), tome 1/3
Auteur : Tomi Adeyemi
Traduction de l’anglais (États-Unis) : Sophie Lamotte d’Argy
Couverture : Rich Deas
Éditeur : Nathan
Collection : Grand Format
Site internet : page roman (site éditeur)
Pages : 568
Format (en cm) : 22,6 x 15,5 × 3,9
Dépôt légal : mai 2019
ISBN : 9782092583654
Prix : 18,95 €



Lucie Jandot
18 décembre 2020


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