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Mahaut et les Maudits de Chêne-au-Loup
Sophie Noël
Gulf Stream, Premiers romans, roman (France), médiéval-fantastique, 165 pages, juin 2020, 12,90€

Un Moyen âge incertain. Mahaut et son ami Aurèle ont un ami secret, un grand loup noir avec lequel ils arrivent à communiquer. La jeune fille rousse, déjà assez mûre pour ses 13 ans, pourrait déjà sembler un archétype de sorcière, surtout avec sa mère herboriste et des sens exacerbés. Voilà qu’un mauvais pressentiment l’étreint, en même temps qu’une drôle d’odeur dans les bois. Bientôt, au village, des gens commencent à tomber malades, gravement, puis dans le coma. Ni Colombe, la mère de Mahaut ni un médecin itinérant, M. Huche-Belette, n’y comprenne quelque chose. Les enfants semblent mystérieusement épargnés. Remontant la piste de l’odeur bizarre, Mahaut et ses amis découvrent des rats. Beaucoup de rats. Accompagnées de Carmel, la fille d’Huche-Belette un rien je-sais-tout et tête-à-claques, ils découvrent un souterrain, puis un château abandonné où rôde une créature qui leur rappelle l’histoire d’Ogier, un forgeron défiguré par le feu et vivant en paria, presque à l’état sauvage.



Quelle belle découverte que ce roman ! Dès la couverture, très accrocheuse, et ce titre doré légèrement gaufré, on pressent le bon moment de lecture.
Sophie Noël ne nous déçoit pas, dès les premières pages. Le ton, le vocabulaire et la syntaxe s’adresse clairement à des bons lecteurs, des pré-ados qui dévorent les titres de la collection Étincelles comme « Skye et le vieux solitaire » ou « Panique à Gémelia » et qui en demandent un peu plus côté quantité. les 160 pages de « Mahaut et les maudits de Chêne-au-loup » sont déjà plus denses.
Plus sombres également.
Guère d’humour dans cette histoire, hormis aux dépens de Carmel, la fille du médecin qui croit tout mieux savoir que les jeunes du village, et qui se tourne en ridicule sous les yeux des lecteurs, mieux informés qu’elle de la situation.
Non, pas de rires, mais une ambiance pesante, dès le début pluvieux, lorsque l’autrice plante ses personnages, le taiseux et sensible Aurèle et son Loup, et surtout une Mahaut très mature, presque trop ! Mais si elle donne l’illusion de pouvoir mener le monde à sa guise, sa personnalité la pousse à demeurer en retrait, hors de la lumière qu’affectionne tant Carmel, sa parfaite antithèse.

Pour Mahaut, très vite, le lien se noue entre la légende d’Ogier le maudit et les événements présents. Mais ils rejoindront également les ombres de sa naissance, et de son père absent. Dans le contexte de pandémie inexpliquée, Mahaut et Colombe n’auront pas trop le temps de s’ouvrir l’une à l’autre, la jeune fille entièrement dévolue à suivre son mystérieux instinct qui la conduira au-devant du dangers mais aussi à des réponses. C’est une véritable héroïne, forte, mais qui n’efface pas les autres. Elle trouve un agréable contrepoint avec Aurèle, antithèse du garçon de son âge dans ce genre de roman. Au contraire, il est calme, posé, conscient des choses qui le dépasse, et se plie aux directives de bon sens de Mahaut, ne la contredisant que pour tempérer son amie de ses excès. L’autrice inverse les genres habituellement dévolus à ces rôles, et cela se passe... eh bien, très bien, prouvant qu’il s’agit là d’une construction sociétale sans fondement. Pour les jeunes lectrices et lecteurs, cela fera un bien fou, tout comme la solidarité qui unit le groupe de pré-ados, bien vite dépouillée des taquineries habituelles lorsque le danger menace.

Il est aussi très agréable de glisser d’une situation initiale très réaliste (hormis le lien avec le loup) à du médiéval-fantastique pur jus, très imprégné des formes anciennes comme la matière de Bretagne, des peurs de ce temps (la peste). Chêne-au-Loup, malgré son isolement dans la forêt, est présenté comme une communauté civilisée, où Colombe n’est pas traitée de sorcière ni pointée du doigt comme bouc émissaire, où les enfants reçoivent une éducation s’appuyant sur des contes pour les aider à se forger opinion et personnalité. Mahaut, encore plus sensible aux autres, y apparaît d’autant plus mûre dans un groupe aux âges parfois mal distincts. C’est de leur travail de groupe et de leur collaboration que naîtra l’aventure, même si tous se rendent compte tôt ou tard que les choses (la prophétie) tournent autour de Colombe et Mahaut.

La bascule dans le fantastique est un pas de plus dans le frisson, on quitte les terres du possible pour s’égarer dans l’inconnu, et on craindra pour la vie de certains personnages secondaires, ce qui n’est pas anodin dans du roman jeunesse. Si les éléments de l’intrigue sont classiques et assez manichéens (une pierre bleue pour le gentil, une rouge pour le méchant). La conclusion laisse un peu dubitatif quant au contenu du prochain volume et un hypothétique retour d’un méchant aux ambitions réduites à néant. Nous verrons bien.

Un petit roman dense, bien écrit, intelligent mais pas professoral. L’histoire est certes classique mais elle est abordée par le bon angle, faisant la part belle à la psychologie de groupe, qu’il s’agisse des adultes face à l’épidémie ou des enfants partis chercher un remède. Le message de tolérance n’est pas martelé, mais bien incarné par la présence de Loup. On quitte les personnages à regret.

En fin d’ouvrage, un extrait de « Jeanne Mortepaille » nous invite à découvrir l’autre série de Sophie Noël, dans un univers plus contemporain et magique, mais là aussi avec une héroïne forte.


Titre : Mahaut et les Maudits de Chêne-au-Loup
Série : Mahaut, tome 1
Autrice : Sophie Noel
Couverture : Julie Rouvière
Éditeur : Gulf stream
Collection : 9/12 ans
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 168
Format (en cm) : 22 x 14 x 1
Dépôt légal : juin 2020
ISBN : 9782354887834
Prix : 12,90 €



Nicolas Soffray
8 septembre 2020


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