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Chroniques de Sinistre-sur-mer (les), tome 1 : Malamander
Thomas Taylor
Seuil, roman (Grande-Bretagne), fantastique, 333 pages, mars 2020, 14,90€

Herbie Lemon est orphelin, et travaille aux objets trouvés de l’hotel Grand Nautilus d’une ville balnéaire si peu fréquentée hors-saison qu’elle retrouve son nom de Sinistre-sur-mer. Un matin d’hiver, voilà qu’une fille de son âge déboule dans sa réserve, poursuivie dans l’hôtel par un effrayant vieux marin avec un crochet en guise de main. La fille, Violette, supplie Herbie de la cacher, puis de l’aider à retrouver ses parents, disparus 12 ans plus tôt en quittant l’hôtel. En tant que Trouveur d’Objets Egarés, Herbie accepte, et fait découvrir Sinistre-sur-mer à Violette, à la recherche d’indices. Il faut aussi échapper à M. Mollusque, le gérant de l’hôtel ronchon qui cherche à le faire renvoyer, et à l’inquiétant Lenguille, l’écrivain local passionné par la légende de la Malamandre, un monstre qui vivrait dans la baie...



Thomas Taylor est d’abord illustrateur, et il accède à la notoriété il y a 20 ans en réalisant les couvertures de l’édition anglaise d’Harry Potter (excusez du peu) (tandis que las !, en France, nous écopons des gouaches très enfantines de Jean-Claude Gotting). Il fait aussi de la BD (hélas non traduites) et « Malamander » est son premier roman jeunesse.

C’est une aventure comme on les aime : un héros dont on ne sait pas tout, et qui se garde bien de révéler ses secrets, et des partenaires tout aussi cachottiers ; des seconds rôles intrigants et hauts en couleur ; un rythme soutenu, entre nouvelle rencontre qui fait avancer l’enquête et rebondissements imprévus qui empêchent les héros d’échanger leurs découvertes. Plusieurs fois, on se dit que s’ils avaient pu parler de tel indice, s’ils n’avaient pas été interrompus, les choses auraient tourner autrement. C’est ce qui fait tout le charme des romans d’aventure bien construits, comme celui-ci, qui pioche sa construction du côté de J.K. Rowling et son ambiance du côté de Jules Verne.

Sinistre-sur-mer est un véritable univers de conte, mi-féérique, mi-effrayant. La marque des aventures marines est apposée dès les premières lignes, avec les références à Jules Verne et tous les patronymes liés à la mer : M. Mollusque, Lady Kraken, Jenny Hanniver (pas facile celui-là), Ambre Griss (une drôle de matière !) et le docteur Thalassi (révisez votre grec). La mer est omniprésente, avec la plage très souvent noyée de brume hivernale, la marée qui rythme son accès et sa fréquentation par des personnages aussi farfelus qu’inquiétants... Une longue jetée s’enfonce vers le large, avec un accueillant fish and chips au milieu, secoué par les lames. Et un peu plus loin, l’épave du Léviathan, un croiseur de guerre qui rouille là depuis un siècle. Face à la mer, la ville a le charme des stations balnéaires, avec ses grands bâtiments et ses petites boutiques, mais le froid, la neige et les tempêtes lui donnent une autre couleur, ses rues moins accueillantes entre chaque îlot de chaleur et de lumière, comme l’hôtel ou le bibliodispensaire.

C’est d’ailleurs la première halte de notre duo : une bibliothèque où une étrange machine, un singe-sirène mécanique qui trône en vitrine, se charge par une drôle de magie de vous choisir le livre dont vous avez besoin, comme un remède à vos problèmes (ou votre mélancolie). Et les aiguille sur la Malamandre, un monstre marin local. Échappant à Lenguille, un peu trop pressant pour mettre la main sur les travaux du père de Violette, les enfants se réfugient chez Mouillette, le cuistot de la jetée, qui en sait long sur le sujet. Ils croisent Mme Fossile, qui ramasse ce que la mer rejette. Et, dans la brume, elle a été attaquée par un truc qui rampe, qui bave, avec des écailles et des dents !

Un vrai plaisir de lecture, conseillé dès 9-10 ans et jusqu’à tant que vous acceptez de vous laisser emporter. L’écriture est fluide, portée par l’action soutenue et les traits d’humour, notamment à l’encontre de Mollusque, mais la tension est vite omniprésente, entre les craintes d’Herbie pour son avenir et les preuves de plus en plus nombreuses de l’existence de la malamandre. Frissons garantis !

S’il s’agit là d’un premier volume, nombre de réponses sont apportées, et on ne reste pas sur sa faim ou dans l’attente insoutenable du prochain tome.


Titre : Malamander (Malamander, 2019)
Série : Les chroniques de Sinistre-sur-mer, tome 1
Auteur : Thomas Taylor
Traduction de l’anglais (Grande-Bretagne) : Amélie Sarn
Couverture : George Ermos
Éditeur : Seuil Jeunesse
Collection : 9-12 ans
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 333
Format (en cm) : 20,5 x 14 x 2
Dépôt légal : mars 2020
ISBN : 9791023512120
Prix : 14,90 €



Nicolas Soffray
4 avril 2020


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