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Empire des Tempêtes (l’), tome 2 : Bane & Shadow
Jon Skovron
Bragelonne, Fantasy, roman (USA), fantasy, 449 pages, mai 2018, 25€

Red s’est donc laissé prendre pour permettre à Hope de fuir. Avec Bouche-trou, Ronce, Sadie, Finn e surtout Brigga Lin, la biomancienne, elle prend la mer et, sous le nom légendaire de Bane le Terrible, elle mène la vie dure à la flotte impériale et aux biomanciens. Lorsqu’elle découvre qu’une cruelle expérience se prépare sur Lumière d’Aube, une île isolée à l’est, elle réalise que sa stratégie individualiste ne suffira pas à abattre son ennemi.
Red est devenu lord Pastinas. Ami frivole du prince Leston le jour, il a accepté de suivre l’entraînement des biomanciens pour devenir l’une de leurs armes secrètes. L’arrivée d’une ambassade d’Aukbontar au palais accélère son plan d’échapper à l’emprise des mages. D’autant qu’il découvre qu’un tueur rôde à Pierrecime, exécutant les groupuscules dissidents... et que ce Shadow, c’est lui ! Et il n’a aucun souvenir de ces nuits sanglantes...



Commençons par dire que j’ai un peu menti. Dès la fin d’Hope & Red, on sait que Bane est la guerrière Vinchen. Aussi, malgré le suspense que tente d’instaurer Jon Skovron, on comprend bien vite que Red est Shadow. Plus vite que lui...

Ce second tome est assez linéaire, marqué par la notion de destin, un destin auquel on ne peut échapper. Parfait exemple, le sort du capitaine Vaderton, commandant la plus grande frégate impériale, attaqué par Hope/Bane dans le premier chapitre, épargné pour transmettre un message, démis de son grade et traîné plus bas que terre, condamné à la pire prison, et sauvé par... Hope, pour se mettre à son service. Le tout chapeauté par Yammy la Vieille, bien plus puissante voyante qu’elle ne le dit, et qui va encore renforcer les pouvoirs de Brigga Lin (qui pour mémoire est à elle seule plus puissante que tous les biomanciens).

Les deux trames principales sont sans grande surprise, alternant mécanique rôliste quête/récompense/nouvelle quête/étapes intermédiaires, etc. et scènes grandguignolesques. L’abordage du premier chapitre, à 4 contre une frégate lourdement armée, donne le ton : effet de surprise, magie surpuissante et méga-guerriers mortels, quel équipage ferait le poids ? Celui de la plus grosse frégate impériale ? Bref. Ce n’est pas plus bête que des contradictions évidentes, là encore dès la première page, avec un capitaine qu’on dit très sérieux et qui n’a pas rempli son journal de bord depuis plusieurs jours... On n’en voudra pas à Johan Bodin de s’être sûrement arrêté là pour réaliser son illustration de couverture, moyennement fidèle aux détails...
Les exemples abondent, hélas, et on ne cherchera donc pas trop la petite bête si on ne veut pas nuire à la lecture d’un roman de fantasy distrayant et palpitant, mais tellement ordinaire et convenu.

Le temps est fortement malmené, et l’alternance des points de vue des chapitres est purement éditoriale : il se passe parfois plusieurs semaines en une ligne d’un côté et quelques heures de l’autre (puis vice-versa, pour recaler les pendules). Qu’il s’agisse de l’entraînement de Red ou des voyages de Bane, le temps est élastique. Je déconseille fortement l’emploi de la carte de l’Empire pour évaluer les distances. On va dire qu’il y a parfois de vents ou des courants défavorables...

Hope découvre donc qu’attaquer des bateaux n’est pas efficace, et que sur Lumière d’Aube les biomanciens préparent une armée de zombies avec l’aide d’un Seigneur Chacal, un mage de ses îles natales. Retour à Laven-la-Nouvelle pour lever des troupes. Mais comme il s’est écoulé quelques mois depuis la chute de Drem, c’est le foutoir. C’est un psychopathe qui fait la course en tête de la succession. Une seule solution : reprendre le quartier (donc répéter, en gros, le milieu du tome 1). Cela sera sanglant, et un personnage meurt, fichant un bon coup de bourdon à un autre, qui lâche Hope. Elle a néanmoins son armée, et c’est l’assaut sur Lumière d’Aube, ralliée drôlement vite (vent favorable). Une bataille moralement très éprouvante, et qui laissera l’héroïne désemparée.

De son côté, Red cherche à se défaire de l’emprise des biomanciens, d’autant qu’il est proche du prince, de l’ambassadrice étrangère et que la jolie noble qui lui tourne autour, Merrivale Hempist, s’avère la chef du service de renseignement de l’Impératrice. C’est grâce à ces deux dernières qu’il va apprendre à domestiquer le Démon en lui. La méthode (la peinture) est une très bonne idée de l’auteur, et donne des scènes touchantes qui contrebalancent les passages les plus gores.
Les trajectoires suivent donc des schémas opposés (Bane perd confiance en sa mission, au contraire Red se libère de son Démon et des biomanciens) mais sans grande surprise. Rien ne vient gripper une mécanique bien huilée, tout sourit à nos héros, malgré quelques pertes au passage.

Il y a une bonne idée, avec l’ambassade (au-delà de la prophétie des biomanciens) : celle d’un monde plus vaste, donc l’Empire des tempêtes n’est pas le centre, ni la civilisation la plus avancée. Hélas, si déjà elle n’est pas neuve (voir « Les Chroniques de Krondor », de Raymond Feist, qui ont déjà quelques décennies), elle n’est pas creusée du tout.
On retrouve également le message pro-féministe, clamé par Brigga Lin et relayé sur les personnages de Jilly et Merrivale, et la philosophie des biomanciens des sacrifices nécessaires de « quelques-uns » pour protéger le plus grand nombre.

Ce n’est toujours pas déplaisant à lire, c’est mené tambour battant et, pour peu qu’on supporte l’argot de Lavent (mectons, gamelles, soleil...), les échanges et les situations stéréotypés, cela peut même être agréable. « Bane & Shadow » souffre néanmoins du syndrome de l’épisode central, « remplissage nécessaire » après la présentation du monde et des héros et avant le grand final. L’ultra-violence, le gore donnent une touche très sombre à cette fantasy pourtant pas forcément dark. Mais cela n’efface pas une structure basique, une écriture sans grande inventivité, parfois même faible, semée de scories (comme Hope Bleak qui est régulièrement appelée Bleak Hope, ce qui est le nom de son île d’après laquelle on l’a baptisée, en fait...). L’absence de réels obstacles, de la possibilité même de l’échec des personnages rend « Bane & Shadow » divertissant, mais guère intéressant.

Espérons que le dernier volume sera plus surprenant...


Titre : Bane & Shadow
Série : L’Empire des Tempêtes, tome 2/3
Auteur : Jon Skovron
Traduction de l’anglais (USA) : Olivier Debernard
Couverture : Johann Bodin
Éditeur : Bragelonne
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 449
Format (en cm) : 24 x 15,5 x 3,2
Dépôt légal : mai 2018
ISBN : 9791028107284
Prix : 25 €


Jon Skovron sur la Yozone :

- « Hope & Red », L’Empire des tempêtes tome 1


Nicolas Soffray
13 juin 2019


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