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Casey Biggs
La convention française des séries SF et Fantastiques
6 mai 2006

Casey Biggs, la face cachée du Légat Damar



Casey Biggs, « Légat Damar » dans Deep Space Nine, a entamé les rencontres en nous parlant de son intérêt pour les fans européens. Il évoque aussi le film « Trekkies 2 » qui leur est consacré.

Pour lui, les fans européens sont globalement plus intéressants parce qu’ils abordent la série avec un autre point de vue que les Américains. Une approche plus métaphysique et philosophique...

Très vite, l’homme de scène reprend le dessus et propose, non de répondre aux questions des conventistes mais bien que les conventistes répondent aux siennes !

Casey Biggs : Pourquoi venez-vous en convention ?

Des Allemands crient qu’ils viennent rien que pour le voir (cela le fait rire !). Une autre réponse, fréquente, est que la convention est un moyen de dépasser l’image et de rencontrer les comédiens dans la réalité.

CB : Lors d’une convention, en Italie, on m’a dit que les conventions étaient un peu comme des réunions d’une grande famille.

Il insiste sur le fait que selon lui, si tous les humains se comportaient avec la philosophie et la gentillesse des fans, le monde tournerait certainement mieux.

Rapidement, le public reprend son rôle et pose les questions.

Comment êtes-vous arrivé à jouer Damar ?

Damar ne devait intervenir que dans 5 épisodes au départ. J’ai été formé à la célèbre école Julliard qui travaille beaucoup le théâtre classique comme Shakespeare et Molière. Pour Damar, je me suis simplement rendu à une audition. De Star Trek, je connaissais la série classique que j’avais vue comme beaucoup à la télé. Dans la pièce pour l’audition, 15 personnes de la production. On me file le script, je le lis, très vite : évidemment, il y avait deux lignes, en tout 5 mots en anglais « À portée de tir, capitaine », « Feu ». J’ai remballé mon orgueil, j’ai joué la saynète. « Oh ! génial » ont-ils dit. Je suis rentré à la maison et on m’a rappelé pour une seconde audition pour le lendemain. J’y vais. De nouveau 15 personnes de la production. « Quelle interprétation intelligente ! ». J’ai recommencé, je suis rentré et puis, une semaine plus tard, j’étais sur les plateaux et je tournais. Trois heures de maquillage, harnaché dans un costume, j’étais sur le pont de commandement d’un vaisseau et..je ne savais pas ce que je faisais. Un gars est venu et m’a dit « On a des projets pour toi ». Non, pitié, j’avais 3 tonnes de maquillage ! J’ai été surpris, parce que je ne m’étais pas vu, fini. Puis, lors d’une scène avec Quark, au bar, la prod a adoré cela et j’ai fini alcolo au comptoir. Toujours avec un verre de sirop épais de caroube. Horrible mais la prod voulait que le liquide fasse assez épais dans le verre. Après quelques rouspétances, ils ont changé et j’ai bu... du sirop d’érable light !

(À l’écran, une photo de Damar devant son verre qui illustre bien le dégôut de Casey pour les boissons sucrées épaisses !)

Une anecdote à propos de Zihal, la fille demi-romulienne de Gul Dukat.
Nous étions assis, côte à côte, au maquillage. Le script de l’épisode suivant était devant nous. Je le prends, le parcours et je sors « Oh flûte ! Je tue Zihal ! ». Elle a pris peur parce qu’elle ignorait encore que cet épisode serait celui de sa mort ! Elle se sentait pas super bien et moi, j’étais assez content que ce soit Damar qui la tue.

Une autre anecdote : je reçois le script du dernier épisode : je meurs dans les dernières minutes du dernier épisode de la dernière série de Star Trek ! Un alien non identifié m’abat. Enfin, j’aurais préféré être tué par un Jem’Hadar (cet espèce de rhinocéros sous effet du crack). Une mort à la John Woo, sous une pluie de balles. Je veux descendre des gars et mourir dans les bras de quelqu’un. J’en parle à la production. Bon plan !? Ok, mais regardez l’épisode : je meurs dans les bras de Garak, le couturier-espion ! Mais, alors que l’improvisation n’a pas sa place dans les scénarios de Star Trek, ils ont conservé mon dernier mot, spontané et non dialogué « Gardes ! » Je suis mort en héros.

Parce que, dès que les Klingons ont été « apprivoisés » et n’étaient plus les méchants absolus, les Cardassiens ont pris le relai. Méchant au début, je meurs en héros. Gratifiant.

J’ai aussi travaillé sur « Enterprise », saison 3, avec maquillage. Je voulais absolument être de l’aventure pour au moins un épisode. Je sentais bien que cela ne ferait pas long feu et la série a été arrêtée.

Dans mon intérêt pour la SF, les fans et les conventions, il faut voir aussi mon côté « caritatif ». En fait, tout ce que je gagne, dédommagement, prix des photos, tout est donné à une œuvre, Penny Lane, qui s’occupe d’enfants placés dans des familles d’accueil, comme je l’ai été de 2 à 9 ans. Lors de la première participation à une convention, j’ai pu choisir l’œuvre qui bénéficierait de cet argent. J’ai créé un fonds qui est alimenté par ces revenus, les autographes, etc.

Une autre part de ma vie, c’est le groupe de musique où je joue avec avec Vaugh (Amstrong). On a joué à Galiléo (en Allemagne) et au Royaume-Uni. J’ai d’ailleurs pris des CD à vendre avec moi ! Le mois prochain, on rentre en studio pour le second album. J’y chante un texte « Oh Mr Sulu » sur le coming out de George Takeï (petite interprétation a capella !). Il y a aussi une chanson « Bath’leth baby » sur l’histoire d’amour avec une Klingonne qu’il ne faut jamais contrarier. 14 chansons au total.

Si je dois vous donner un conseil, soyez conscient et présent dans votre moment. Je m’explique : lors d’une scène même mélo, avec du maquillage, il faut profiter de l’instant présent, garder son esprit à ce que l’on fait à l’instant, habiter l’instant présent. Trop souvent, on laisse son esprit vagabonder, comme si on faissait deux choses à la fois. Le temps passe si vite. Ceux qui ont des enfants voient bien qu’on les voit tout petits et puis, brutalement, ils sont presque adultes. Le temps a passé et on est passé à côté. L’attention que l’on consacre à une chose, même aussi simple que faire son lit, préparer un repas, dresser une belle table, c’est aussi être dans l’art, faire œuvre d’artiste. Vivez votre vie, en ayant conscience du monde, de vous dans le monde.

Qu’est-ce que vous apportent les conventions ?

Au début, je n’ai pas saisi combien les gens étaient engagés. C’est une fausse idée toute faite, celle du doux débile fan de SF. Ces gens sont souvent plus en connection avec le monde, plus conscients, ils font plus attention et intègrent des valeurs de la série dans leur vie et leurs relations aux autres. J’ai un peu l’impression de faire partie d’une famille universelle. Vous-mêmes, avez-vous lié des amitiés ? C’est cette interconnexion qui est la chose la plus incroyable à constater. L’argent, bon il va à mon œuvre. C’est beaucoup de travail. Je préfère les rencontres dans des cercles plus limités. Comme ici, une convention plus restreinte, c’est génial. Lors des conventions de 3000 personnes, on signe des heures durant, on suit les organisateurs. Il y a peu de contacts humains.

Quels sont les qualités/défauts de Damar, les vôtres ? Qu’avez-vous aimé ou détesté dans le personnage ?

Le pire a été de boire cette merde (NDLR : en français !). J’espère que je contrôle un peu mes défauts. Damar n’est pas un vrai méchant. Dukat, lui, c’est le nazi de l’espace sauf que Marc Alaimo ne le trouvait pas si mauvais que cela. Damar est un patriote, il suit les ordres. Comment jouer un méchant ? Il ne faut pas être conscient de sa méchanceté, de son mauvais côté. Damar croit à sa cause et s’il boit, c’est qu’il est malheureux. Normalement, ses défauts, il faut les cacher. Et encore un conseil : il faut savoir garder ses secrets pour être un bon acteur !

Quelles sont les différences entre les fans européens ?

Les Allemands boivent plus (clin d’œil car il y en a dans la salle). Les Français sont plus polis que les Italiens. L’Europe ne vous rapproche-t-elle pas plus ? Vu d’Amérique, c’est comme un tout compact. En fait les USA se ressemblent partout : les mêmes chaînes de fast food, les mêmes chaînes de ci de ça... Faut prendre les routes de campagne pour enfin rencontrer des différences. Tandis qu’ici, en convention, je sens des différences entre les pays.

Quel est votre acteur préféré ?

Mon agent me définit comme un croisement entre Harrison Ford et Alan Rickman. Mais de grands comédiens, ce sont des Richard Burton (quand il ne buvait pas) ou Lawrence Oliver.

Fin de la première intervention.


Véronique
7 mai 2006






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