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Galaxies n°55 (Nouvelle Série)
Directeur de publication : Pierre Gévart
Revue, n°55, SF - nouvelles - articles - critiques, septembre 2018, 192 pages, 11€

Après le « Galaxies 46 » spécial SF africaine, Ketty Steward propose un numéro offrant des Regards sur l’Afrique. Comme elle le signale dans l’éditorial, il ne s’agit pas d’un numéro bis, mais d’une manière d’aborder le continent africain en imaginant son avenir selon la perception que l’on en a.
Alors que le premier présentait un tableau de la SF africaine, le second nous convie à une réflexion sur ce continent. La philosophie diffère donc.



Comme dans le 46, des nouvelles alternent avec des articles ou entretien.
Le Zimbabwéen Tendai Huchu, le seul intervenant Africain, signe la nouvelle “OrgHôtes”. Un jeune homme loue son corps, c’est-à-dire qu’un autre esprit en prend le contrôle. Contrairement aux autres, il fait montre d’une belle longévité. Est-ce que sa capacité de ne pas être inconscient le temps de la location y est pour quelque chose ?
L’auteur déroule parfaitement son récit, insistant sur l’éthique sous-jacente autour de ces prêts tarifés et le risque qui en découle.

“Les pieds à l’envers” de Roznarho (nom de plume de Julie Morin) m’a laissé perplexe. La radio de Tarifo semble relayer la propagande ciblée du camp ennemi. Attaque, massacre, fuite, déracinement... Il s’agit de l’illustration de nombreux drames que le continent connaît, mais quelle est la finalité de ce texte étayé par un improbable dialogue entre un garçon et une machine détentrice du bon sens ?

Nelly Chadour inscrit “Le don du roi de la colline” 46 ans après le massacre au Rwanda. Charité y a survécu, mais à quel prix ? En lieu et place de ses bras et jambes coupés, elle possède à présent des prothèses mécaniques. En charge de deux scientifiques, elle se rend à la source d’une épidémie ravageuse. Elle y rencontre d’anciens bourreaux qui hantent toujours ses nuits, mais aussi la présence rassurante des gorilles.
Entre passé et présent, Nelly Chadour dénonce la folie des hommes et leur manque de vision à long terme. Une nouvelle très touchante et d’une belle sensibilité, aussi bien pour le drame qu’a connu Charité que pour la cause animale.

Claude Mamier et Pierre Gévart signent les deux derniers textes du dossier. Ils ne sont pas sans points communs et je les vois tous deux comme des écrivains voyageurs.
“La porte sur le vide” de Claude Mamier permet à Sadio de réussir dans la vie en brûlant les étapes. Sur fond de conte et de sagesse africaine, un beau récit.
“Le lion” est au centre de la dernière épreuve d’une école prestigieuse. Pour Pierre Gévart, l’Afrique occupe le devant de la scène internationale, le reste du monde apparaissant sinistré. Inquiétant et amusant à la fois par son traitement.
Deux courts textes qui offrent deux belles incursions sur le continent africain, avec des visions à plus ou moins long terme.

Le dossier “Regards sur l’Afrique” contient aussi l’article “Afrocyberféminismes” de Ketty Steward s’appuyant sur l’œuvre d’Octavia Butler et montrant l’importance de prendre en compte les visions des plus défavorisés, des exclus. Intéressant !
Deux films sont aussi à l’honneur : « Nogochi » un western fantastique en Afrique de l’Ouest présenté par Nathalie Ruas qui a aussi interviewé pour l’occasion Christian Vilà, le scénariste. Nicolas Barret décrypte « Black Panther », le comics et le film qui en a été tiré. Il fait aussi le parallèle avec l’organisation du Black Panther Party. Étoffé et instructif, le rédacteur a creusé le sujet pour éclairer les lecteurs.
Georges Bormand espère la traduction de « The Book of Phoenix » de Nnedi Okorafor.
Gros morceau de ce dossier : “Le cahier chercheurs” dans lequel dix-sept chercheurs en de multiples domaines ont répondu à quelques questions tournant autour de leur spécialité, du continent africain et abordant aussi le côté SF. J’ai trouvé l’ensemble assez indigeste, il ne faut pas le lire à la suite, sous peine d’abandonner rapidement. Certains intervenants s’étalent beaucoup et je ne peux résister à citer Étienne Damome : « Je ne m’intéresse pas vraiment à la science-fiction. J’ai toujours pensé que c’était le propre des grands enfants ou d’adolescents attardés. » Sans commentaire !

Second prix ex æquo du Prix Alain le Bussy, “Insignifiante” d’Élodie Serrano montre comment dès son plus jeune âge une femme voit apparaître des voyageurs temporels qui l’ignorent superbement. D’une belle fraîcheur, ce texte part de pas grand-chose, mais l’auteure développe à fond son idée de départ pour séduire le public.

Dans la partie rédactionnelle, Jean-Guillaume Lanuque présente le groupe Magma, Didier Reboussin l’écrivain Francis Carsac et Pierre Stolze s’attarde sur deux ouvrages : « Instantanés d’Ambre » de Yôko Ogawa et « Les enfants d’Ibn Kaldoûn » de Jacques Boireau.
Pour finir, il est étonnant de constater que les chroniques BD occupent plus de place que celles de livres. Il faut reconnaître que, s’occupant seul de “[S]trips”, Fabrice Leduc fait preuve d’un enthousiasme communicatif.

J’avoue ne pas savoir que penser de ces “Regards sur l’Afrique” comportant de bonnes choses et des moins bonnes. Je retiens de ce « Galaxies » quelques bonnes nouvelles, ma préférée étant celle de Nelly Chadour, ainsi que l’article très étayé de Nicolas Barret.


Titre : Galaxies Nouvelle Série
Numéro : 55 (97 dans l’ancienne numérotation)
Directeur de publication : Pierre Gévart
Rédacteur en chef délégué : Ketty Steward
Couverture : Estelle Prudent
Type : revue
Genres : SF, études, critiques, entretiens...
Site Internet : Galaxies
Dépôt légal : septembre 2018
ISSN : 1270-2382
Dimensions (en cm) : 13,8 x 20,9
Pages : 192
Prix : 11€



Pour écrire à l’auteur de cet article :
francois.schnebelen[at]yozone.fr


François Schnebelen
14 octobre 2018


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