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Tout au Milieu du Monde
Julien Bétan, Mathieu Rivero, Melchior Ascaride
Les Moutons électriques, roman illustré (France), fantasy, 130 pages, 2017, 14€

Un monde protohistorique, une histoire hors du temps, si ce n’est celui du changement : la relique du village se dégrade, pourrit. Amouko, le vieux chaman qui ne croit plus en ses propres pouvoirs, doit apporter une solution : c’est son rôle social. Il décide d’un voyage loin, à la source de la corruption du fragment divin. Pour l’accompagner, Ushang, l’apprenti qu’il peine à former, mais qu’il devine, avec jalousie, plus talentueux qu’il ne l’a jamais été, et Soha, la chasseresse, la guerrière, car les deux hommes, l’un trop vieux, l’autre trop jeune, auront bien besoin de sa protection.
Le périple commence, et ses embûches, ses découvertes plus ou moins heureuses, et aussi le cheminement intérieur, les révélations de l’esprit, à mesure qu’ils approchent...



L’ouvrage ne paie pas de mine sur un rayonnage. C’est un piège, car il a raflé le prix Imaginales de l’illustration. Et cela, on le soupçonne dès la couverture, avant de le feuilleter et de se faire happer par ce livre hors normes.

Julien Bétan, Mathieu Rivero et Melchior Ascaride nous livrent le premier roman, presque une novella, de fantasy protohistorique. Qu’est-ce donc ? un univers primal, fantastique, marqué par les esprits et la magie chamanique. L’histoire en est toute simple, un voyage, qui finira mal. Parce qu’il n’en peut être autrement.

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Mais ce n’est pas là l’essentiel. « Tout au milieu du monde » est un objet presque davantage qu’un roman. On dit qu’écrire à quatre mains n’est pas à la portée de tous les auteurs, il faut ici rajouter les crayons et pinceaux numériques du talentueux (et pour le coup, couronné) Melchior Ascaride, dont la patte graphique signe les visuels des Moutons électriques depuis plusieurs années.

Le texte, tout d’abord, est ciselé à l’extrême : sa beauté, complexe, compense largement sa brièveté relative. Sa musique est cadencée sur le récit, et on pourrait presque le lire à mi-voix. Des phrases tantôt chargées, longues, tantôt courtes et limpides. Chaque adjectif semble choisi autant pour ce qu’il dit que le son qu’il produit, la ponctuation rythme notre souffle, celui des personnages.
Je donne l’impression d’exagérer : il n’en ai rien. Ou bien ces sensations sont-elles exaltées par la mise en page du texte dans les illustrations. Rares sont les pages uniquement couvertes de lettres, et on imagine sans mal le casse-tête - ou le travail de titan - pour faire correspondre, parfois à la ligne près, le texte et l’illustration. Cette dernière n’a jamais si bien porté son nom : si la prose de Julien Bétan et Mathieu Rivero est très belle, maîtrisée, ce sont les créations de Melchior Ascaride qui lui donnent un relief rarement égalé dans l’édition traditionnelle. On a entre les mains davantage qu’un petit roman sur un papier agréable et doux à toucher, on approche le livre d’artiste, on rêve au manuscrit longuement enluminé, par autant de talent de que rage. Oui, parce que visuellement, c’est violent. A vous secouer l’intérieur. A l’image de ce que vivent Amouko et Ushang.

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Très vite, textes et images se complètent, se répondent, avant que les formes prennent le dessus sur les mots, là encore en parfait accord avec le texte, avec l’histoire : il vient un temps hors du temps et un lieu nulle part où les mots n’ont plus cours. Où ne demeurent que les émotions, brutes, immédiates, fortes, et l’image les provoque à la perfection.

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On en sort secoué, rincé. Sidéré. Félicitations à vous trois, messieurs.


Titre : Tout au milieu du monde
Auteurs : Julien Bétan et Mathieu Rivero
Couverture et illustrations : Melchior Ascaride
Éditeur : Les Moutons électriques
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 130 env. (plus paginé après la 100e)
Format (en cm) : 15 x 12 x 1,2
Dépôt légal : 2017
ISBN : 9782361833565
Prix : 14 €



Nicolas Soffray
17 septembre 2018


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