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Dix nuits dix rêves
Kondô Yôko
Philippe Picquier

Natsume Sôseki (1867 - 1916) est un écrivain japonais de romans et de nouvelles témoin privilégié de la transition du Japon vers la modernité durant l’ère Meiji. Bien longtemps après sa disparition, il continue à inspirer des mangakas qui cherchent à adapter ses écrits en images. Le public peut ainsi découvrir aux éditions Philippe Picquier : “Je suis un chat”, “La porte” et le présent “Dix nuits dix rêves”.



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L’ouvrage est découpé en dix saynètes pour chaque nuit synonyme de rêve. Au début, chaque historiette commence par « J’ai fait un rêve », ce qui situe tout de suite le récit et empêche de s’interroger sur les bizarreries au programme, car la rationalité n’y est pas de mise.
Puis il y a un glissement, la mention disparaît et il est facile d’oublier que les cases se veulent le reflet de songes. Le lecteur peut y voir une bascule vers le fantastique, voire vers l’absurde, alors qu’en réalité, il n’en est rien, il s’agit toujours de rêves.
Le procédé s’avère assez troublant et laisse croire que l’auteur désire toujours conserver un doute sur le fil des événements plus ou moins feutrés.
En effet, chaque rêve n’a pas la même force, certains marquent les esprits, alors que d’autres s’avèrent éphémères.

Dans la première nuit, un homme répond aux derniers souhaits de sa femme mourante. Il se dégage de la poésie de ces pages. Lors de la troisième nuit, un homme porte son enfant sur son dos. Le porteur pense qu’il s’agit de son fils qui ne peut marcher et qui a les yeux crevés. Où l’emmène-t-il ? Dans la cinquième, un combattant est pris en otage et appelle sa compagne.
C’est dans celles-ci que l’auteur va le plus loin dans son idée de rêve, le mentionnant tout de suite. Rien d’étonnant donc à ce que ce soient ces trois-là dont le lecteur se souviendra en priorité.
Trois autres ne manquent pas de force non plus, comme la sixième avec un sculpteur que tout le monde pensait mort, la septième qui aborde la solitude ou encore la dernière avec une drôle de menace qui se réalise.

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Une partie laisse pensif, le déroulement relève de l’observation, de l’attente vers une issue incertaine et qui laisse sur sa faim. Une fois achevé, il peut arriver que l’on se demande quel en était vraiment le propos, quel but poursuivait l’auteur.
Il faut dire que la matière originale date d’il y a plus d’un siècle et aussi que la civilisation japonaise peut se révéler une énigme par bien des aspects. Bien sûr, traduire le fond et la forme du roman de Sôseki en manga relevait de la gageure et obligeait à opérer des choix. Dans la postface, Kondô Yôko s’en explique très bien.
Les traits de son dessin sont clairs, ils varient ses effets à l’occasion pour ramener vers le côté onirique du récit, mais c’est assez rare. Lors de la sixième nuit, le lecteur ne pourra manquer ses représentations de l’artiste et de sa création en cours, avec des traits beaucoup plus épais voire grossiers pour traduire la recherche de la perfection accompagnant chaque coup de ciseau ou de crayon. Visuellement, c’est très réussi.

À travers “Dix nuits dix rêves”, le mangaka Kondô Yôko livre sa vision du roman de Natsume Sôseki. L’adaptation n’est jamais facile, mais visuellement c’est réussi. Il joue sur le doute entre songe et réalité, insidieusement il s’opère un glissement dans l’esprit des lecteurs qui oublient que ce ne sont que des rêves. Chaque nuit n’a pas la même force et ne dérive pas vers l’irrationnel.

Reste à “Dix nuits dix rêves” à trouver son public, car il ne s’adresse pas forcément aux amateurs de manga, mais à un lectorat plus littéraire.


Dix nuits dix rêves
- Scénario et dessin : Kondô Yôko
- D’après le roman de  : Natsume Sôseki
- Traducteur  : Patrick Honnoré
- Éditeur français : Éditions Philippe Picquier
- Format : 150 x 220, noir et blanc - sens de lecture original
- Pagination  : 152 pages
- Date de parution : 23 août 2018
- Numéro IBSN : 9782809713572
- Prix : 15,50 €


Autre adaptation de Sôseki aux éditions Philippe Picquier :
La porte par Inoue Daisuke


© Kondô Yôko, 2017
© Éditions Philippe Picquier pour la traduction française - Tous droits réservés



François Schnebelen
24 août 2018




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