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Amour, la mort et le reste (L’)
Bruno Pochesci
Malpertuis, Brouillards, recueil de nouvelles, science-fiction/fantastique, mai 2018, 256 pages, 16€

Le titre donne bien la tonalité de ce recueil de 16 nouvelles. L’amour et la mort figurent au centre de l’imaginaire de Bruno Pochesci, même si le sexe prend peut-être le pas sur le seul amour.
Dernier texte au sommaire “Les Retournants”, sa première parution dans « Galaxies 23 » qui, à bien y regarder, contenait déjà tout : la mort omniprésente, l’amour pimenté de beaucoup de sexe, la connerie humaine avec au premier rang le racisme... et les jeux de mots. Dans ce recueil, le constat s’avère flagrant et cette première publication n’est autre qu’un condensé de la marque de fabrique de Bruno Pochesci qui, depuis cette entame, multiplie les nouvelles et les prix comme un certain messie le faisait des pains et dont la majorité de ses personnages ne veut pas entendre parler.



Mort et sexe sont à l’honneur dans “In vinylo veritas” où un réalisateur vit encore bien des décennies après, d’un concert tourné à Stonehenge. Le passé tragique qui a finalement tout déclenché le hante toujours et, malgré son âge, il vit sur la corde raide, profitant des joies que ce monde peut encore lui offrir.
Autre personne en sursis, cet homme conduit à l’échafaud mais qui ne voit que les charmes de son avocate (“Le dernier jouir d’un condamné”). Surtout ne pas prendre à la légère la Grande Faucheuse qui, elle aussi, connaît des difficultés (“Oh oui...”).

Et puis, les décédés ne sont jamais loin, ils sortent de terre comme dans “Les retournants”, et sur ce thème, Bruno Pochesci invoque également les grandes figures du genre : un Dracula à contre courant (“Dosta !”), les morts-vivants (“Zombie Walk”) ou encore le Juif Errant (“Jusqu’à tout recommencer”) passant par les camps de la mort et écrit en collaboration avec Jean-Pierre Andrevon.
Dans un tel recueil, impossible de faire l’impasse sur ce dernier, tant les deux semblent liés. D’ailleurs, pour « L’amour, la mort et le reste », Jean-Pierre Andrevon se fend d’une postface, mais aussi de la couverture.
Au rang des classiques du genre, l’auteur met en scène les écrivains qui ont marqué le fantastique tels Poe, Lovecraft. “Jamais plus !”, une nouvelle clin d’œil mais aussi hommage à ces grands noms qui ont à chaque fois apporté quelque chose.

La mort devient obsédante, elle s’invite dans le réel comme l’apprend à ses dépens une petite fille qui entend, sans les comprendre, les défunts (“Une vie ne suffit pas”).
À situation désespérée, solution tout aussi désespérée pour le croque-mort de “Dehors il neige”. Sa déchéance physique et morale lui permet de détecter une présence.
Gare de Bâle, un groupe de voyageurs attend un train qui se présente bien plus tôt que prévu. Même si ce n’est pas celui escompté, ils montent à l’intérieur. Commence alors un voyage qui s’annonce le dernier. Comme l’indique le titre, “Sketchs helvétiques” est axé autour de plusieurs personnages dont chacun connaît un destin différent mais à l’issue identique. L’auteur peut laisser libre court à son imagination, développer différents axes et dénoncer bien des travers humains.

Si certains hommes peuvent s’avérer grossiers et ne voir dans les femmes que le plaisir qu’ils peuvent en tirer (“Ceci n’est pas un paparazzi” fait fort en la matière), ils peuvent aussi se porter au secours de la belle maltraitée, comme dans “Farce occulte”. Il faut noter que ce texte est le seul inédit du recueil. Pour mettre de l’argent de côté, entre deux passes, Alina se transforme en voyante. Malheur à elle si son mac l’apprend ! Quand un nouveau voisin, se réclamant voyant, arrive, les choses tournent mal. Si l’auteur se moque de la crédulité des gens, il garde tout de même un joker dans sa manche. Qui sait !

À raison, Bruno Pochesci dénonce très souvent la mise à l’index d’autrui, car il n’a pas la même couleur de peau ou encore il n’est pas du même milieu social. “Surclassement” est symptomatique avec un jeune s’installant dans un wagon high tech du futur et faisant tache par sa tenue et son comportement. Quand il remontera le convoi, il découvrira un environnement plus à sa convenance, plus humain. À cette occasion, l’auteur se montre assez classique, ne faisant pas feu de tout bois, comme pour les deux courts textes “L’île miroir” et “Quelque chose d’un ange”. Ces deux derniers avaient été présentés à des concours ce qui peut expliquer leur manque de punch.

« L’amour, la mort et le reste » offre un voyage à travers les différentes facettes de l’imaginaire de Bruno Pochesci. Fort à propos, l’éditeur ne s’est pas cantonné aux seules nouvelles les plus connues, élargissant ses choix à des publications plus confidentielles. C’est ainsi que les amateurs de l’auteur découvriront des textes qu’ils n’ont pas forcément lus auparavant. “Les retournants” et “In vinylo veritas” figurent au rang des incontournables, mais bien des nouvelles de qualité les côtoient en ces pages et prouvent que si la mort et l’amour (le sexe !) obsèdent Bruno Pochesci et reviennent inlassablement en toile de fond, il dispose de bien d’autres atouts pour conquérir le lectorat.
Il s’agit aussi d’un militant qui dénonce le racisme à quelque niveau qu’il se situe et, même si ce n’est pas patent ici, hormis la menace nucléaire évoquée à l’occasion, la cause environnementale le touche. La connerie humaine en général, voilà un puits auquel son imaginaire s’abreuve et qui n’est pas près de s’épuiser !
Rajoutez un style bien à lui et qui n’est pas avare en jeux de mots (il suffit de voir comment il détourne le nom des marques). Une bonne dose d’humour permet souvent de relativiser les événements et d’alléger le propos.

Bruno Pochesci possède une voix originale. Sa bibliographie ne cesse de grandir, car il travaille comme un fou semble-t-il et n’essuie pas beaucoup de refus semble-t-il aussi, ce dont on ne peut que se réjouir.

« L’amour, la mort et le reste » constitue une belle porte d’entrée dans son univers, un ouvrage bien pensé que je conseille vivement.


Titre : L’amour, la mort et le reste
Auteur : Bruno Pochesci
Couverture : Jean-Pierre Andrevon
Éditeur : Malpertuis
Collection : Brouillards
Directeur de collection : Thomas Bauduret
Site Internet : page recueil (site éditeur)
Pages : 256
Format (en cm) : 15,5 x 23,4
Dépôt légal : mai 2018
ISBN : 9782917035559
Prix : 16 €


Bruno Pochesci sur la Yozone :

- « Scories »
- « Orwell m’a tu »
- « Hammour »
- un entretien avec l’auteur

et les nouvelles de ce recueil parues en fanzine, revue ou anthologie
- Les retournants dans « Galaxies 23 »
- Jamais plus ! dans « Nouvelles Peaux » des éditions Luciférines
- In vinylo veritas dans « AOC 34 »
- Jusqu’à tout recommencer dans « Gandahar 4 »
- Une vie ne suffit pas dans « Galaxies 35 »
- Surclassement dans « Chemins de fer et de mort » de La Clef d’Argent
- Dosta ! dans « Gandahar Hors Série III »

Pour écrire à l’auteur de cet article :
francois.schnebelen[at]yozone.fr


François Schnebelen
5 août 2018






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