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Le cyberespace de l'imaginaire




Vengeresse
Alastair Reynolds
Bragelonne, Science-fiction, traduit de l’anglais (Grande-Bretagne), 405 pages, juillet 2018, 25€


Elles se nomment Adrana et Arafura, elles vivent sur Mazarile où leur père, de spéculations hasardeuses en mauvais placements, se dirige peu à peu vers la ruine. Échappant à la surveillance de Paladin, leur robot, et du Dr Moncex, le médecin de famille, elles découvrent dans une échoppe qu’elles seraient porteuses d’un don très particulier. Toutes deux seraient des oracles, capables de communiquer à travers l’espace de manière instantanée par l’intermédiaire de mystérieux artefacts, de gigantesques crânes d’aliens porteurs d’une technologie que personne ne comprend, et que personne ne comprendra jamais dans la mesure où l’on considère leur espèce comme éteinte. Les voilà donc qui, poursuivies par un homme de main à la solde de leur père, s’engagent sur le vaisseau du capitaine Rackamore, dans la seule et unique idée de renflouer les caisses familiales.

« Cela dit, nous avons tous changé depuis que nous sommes montés à bord de ce vaisseau. Le crâne l’a rendue folle, mais personne n’échappe jamais complètement à son influence. Toutefois, je veux que vous sachiez une chose : si vous vous montrez à la hauteur des espoirs placés en vous, cet équipage ne vous décevra pas. »

Le challenge n’est pas mince : se diriger vers des écrins laissés ici et là dans l’espace par des civilisations depuis longtemps disparues, plonger en leur cœur, en rapporter ce qui se négocie au mieux. Les équipes sont assez réduites, mais très expérimentées : outre les indispensables oracles, elles comprennent les augures, qui déterminent les périodes où les écrins deviennent accessibles, les ouvreurs, spécialistes en portes, sas, passages et autres pièges, et les évaluateurs qui, très vite, doivent déterminer ce qui dans les trésors amassés est susceptible d’avoir le plus de valeur. Des raids bien aventureux dans lesquels il n’est pas rare que des individus, voire des équipages entiers, perdent la vie : les écrins sont piégés, ils peuvent se refermer bien avant qu’on ne l’ait prévu, et des pirates hantent également l’espace. Les deux jeunes filles en feront les frais : l’une d’elles sera enlevée, l’autre jurera de la retrouver à tout prix. Le début d’une belle aventure initiatique au cours de laquelle une adolescente bien comme il faut découvrira le vaste monde et deviendra – peut-être sous des mystérieuses influences, peut-être à son corps défendant, peut-être parce que telle est sa véritable nature – une véritable pirate, et même plus encore.

« Votre sœur est un oracle honorable, mais les oracles ne durent pas, n’est-ce pas ? Elle est un peu plus âgée que vous, plus proche du jour où les os cesseront de chuchoter à son oreille. Heureusement, j’ai des projets d’avenir pour elle.  »

On le devine très vite : avec « Vengeresse  », on est dans la déclinaison spatiale d’une forme classique de fiction, à savoir le récit de pirate. Les parallèles avec « L’Île au trésor » et ses successeurs sont flagrants et omniprésents : le vaisseau spatial (le navire), la navette (la chaloupe), les astéroïdes avec les écrins (l’île), les plages d’accessibilité des écrins (les marées), la main mécanique (le crochet), la cruauté des pirates, l’or et l’argent comme malédiction, les canonnades, les abordages et les rapts etc. Les amateurs de Robert Louis Stevenson pourront lister à loisir, d’un bout à l’autre du récit, les points communs et les références.

Tout comme le classique de Stevenson – et cela semble être assez ouvertement le but d’Alastair Reynolds – « Vengeresse  » est avant tout un livre pour enfants… qui peut aussi être lu par les adultes. Ceux-ci devront toutefois être indulgents pour l’arrière-plan historique, qui pour conserver au roman sa légèreté juvénile n’est que sommairement esquissé, pour la définition des divers métiers relatifs au pillage des écrins qui demeure assez superficielle (par quel moyen les augures prévoient-ils et calculent-ils ?), sans compter nombre d’éléments indispensables à la narration que l’auteur n’explique ni ne justifie (pourquoi ces écrins deviennent-ils par moments accessibles ?) Et l’on regrette que bien souvent l’auteur aille au plus simple, sans doute pour ne pas ralentir l’action, avec une certaine carence en descriptions et – en toute subjectivité – une exploitation extrêmement réduite de cette mine d’imaginaire qu’auraient pu constituer les mille artefacts des écrins.

«  Je continuai à détourner les yeux, glanant quelques aperçus furtifs du contenu de la caisse, autant d’indices réunis par mon cerveau pour former une image complète. Un exercice d’autant plus difficile que votre mémoire peine à enregistrer ce que vous venez juste de voir. La technologie des Spectres semble aussi fuyante pour le gris que pour les lanternes, comme si elle se refusait à laisser un souvenir.  »

Malgré ces flous assez nombreux – mais qui, pour les jeunes lecteurs, sont aussi une incitation à mettre en branle leur propre imagination – le récit, surtout une fois le premier tiers passé, est mené tambour battant et suffisamment riche en rebondissements pour ne jamais lasser. Les passages avec les espèces extraterrestres et le robot récurrent donnent une petite touche à la « Star Wars » assez distrayante. Alastair Reynolds a la bonne idée d’entretenir jusqu’au bout un doute sur la véritable motivation des pirates les plus terrifiants, et incidemment de diverses espèces aliens, qui donne au récit une profondeur également bienvenue et laisse augurer une suite, laquelle est d’ores et déjà annoncée sous le titre « Shadow Captain », et devrait être publiée en langue originale courant 2019.


Titre : Vengeresse (Revenger, 2016)
Auteur : Alastair Reynolds
Traduction de l’anglais (Grande -bretagne) : Benoit Domis
Couverture : Julian Nguyen
Éditeur : Bragelonne
Collection : Science-fiction
Site Internet : page roman
Pages : 405
Format (en cm) : 15 x 22,7 x 3
Dépôt légal : juillet 2018
ISBN : 9782352946403
Prix : 25 €



Alastair Reynolds sur la Yozone :

- « Le Gouffre de l’absolution »
- « La Cité du gouffre »


Hilaire Alrune
17 juillet 2018






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