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Mondocane
Jacques Barbéri
Gallimard, Folio Science-Fiction, n°608, roman (France, 2016), science-fiction, 282 pages, mai 2018, 7,80€

Chaque superpuissance possède sa propre Intelligence Artificielle, autant dire que rien de fâcheux ne peut arriver entre de telles mains. Jack Ebner est une des nourrices de Guerre et Paix, il sert d’interface, c’est-à-dire d’interlocuteur avec l’IA.
Il n’est pas du tout adapté à la vie militaire, pourtant c’est à la caserne qu’il rencontre un matin l’amour. Touché en plein cœur par la belle Karen, il vit une nuit de rêve, avant d’être appelé auprès de Guerre et Paix. La guerre se profile !
Survivant par miracle, Jack découvre une Terre changée, sur laquelle il espère retrouver Karen.



Rapidement le lecteur qui a déjà lu Jacques Barbéri retombe en terrain connu. Le premier Scotch Benzédrine bu ou plutôt lu, il retrouve ses repères, retombe dans l’univers de l’auteur qui, à chaque fois, l’emmène si loin et si près à la fois.
Jusqu’à la guerre, une affaire d’IA entre Guerre et Paix et Le Petit Poucet, on peut se familiariser avec le personnage principal et le contexte, avant que tout ne vole en éclats.
Quand Jack émerge à nouveau après une longue période, les lecteurs, tout comme lui, doivent tout réapprendre. Le déchaînement des IA s’est exercé sur différents niveaux et a généré une planète chamboulée, sur laquelle Jack n’a plus sa place. Inchangé physiquement, il ressemble à un anachronisme, ce qu’il comprend au fil des rencontres, certaines des plus improbables. Et puis, de par son rôle de nourrice, il se sent coupable de la chaîne des événements.
Jack Barbéri lâche la bride à son imagination, développe des situations et des personnages dont on se demande comment ils peuvent seulement exister ou plus simplement vivre, et pourtant, cela passe tout seul. À aucun moment, le doute ne s’immisce, l’immersion est totale.

Et puis le style de l’auteur capte l’attention, il séduit le lecteur et « Mondocane » le transporte sans problème dans un ailleurs effrayant mais où certaines valeurs existent toujours. Cette Terre nouvelle appartient aux enfants qui y sont nés, qui sont adaptés à cet environnement modifié et l’ont accepté comme leur chez soi. Barbéri dépasse le cadre de la simple apparence. L’aspect physique ne préfigure en rien de la personnalité de chacun. Jack fait de belles rencontres, il trouve de l’aide désintéressée en des personnes que le premier réflexe poussait à fuir.
Malgré des développements étonnants et improbables, l’histoire est toujours maîtrisée. Rien n’arrête Jack dans son envie de retrouver l’amour d’un jour et le lecteur partage cette lubie, cette avancée dans un monde qu’il ne comprend plus, car si étranger.

Lire Jack Barbéri s’avère toujours une expérience stimulante, ce que confirme « Mondocane », un beau roman ouvert sur l’autre, celui dont il ne faut pas avoir peur. Avec Jack, les lecteurs perdent leurs certitudes et débarquent sur leur planète que la folie technologique des IA a bouleversée. L’imagination et le style de Jacques Barbéri y font merveille et c’est un plaisir de s’y abandonner.


Titre : Mondocane
Auteur : Jacques Barbéri
Couverture : Julien Langendorff
Éditeur : Gallimard (1ère édition française : La Volte, 2016)
Collection : Folio SF
Site Internet : Roman (site éditeur)
Pages : 282
Format (en cm) : 10,8 x 17,8
Dépôt légal : mai 2018
ISBN : 9782072732256
Prix : 7,80 €


Du même auteur sur la Yozone :
- Narcose, tome 1
- Narcose, tome 2 : La mémoire du crime
- Narcose, tome 3 : Le tueur venu du Centaure
- L’homme qui parlait aux araignées


Pour écrire à l’auteur de cet article :
francois.schnebelen[at]yozone.fr


François Schnebelen
15 juillet 2018






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