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Brins d’Éternité n°50
Revue des littératures de l’imaginaire
Revue, n°50, Science-fiction - fantastique - fantasy, nouvelles, printemps-été 2018, 208 pages, 15$ CAD

50, voilà qui sonne bien. « Brins d’Éternité » a atteint ce nombre symbolique, fruit d’efforts innombrables à chaque bouclage. L’impatience d’y arriver pointait lors du numéro précédent et, fort justement, l’équipe a décidé de marquer le coup avec un volume bien plus conséquent qu’à l’accoutumée : 208 pages au lieu des 128 habituelles. Quinze auteurs historiques de la revue qui a débuté en 2004 ont été invités à participer. Forcément des grands noms figurent au sommaire et donnent envie de se plonger dans la lecture.
De plus, c’est tout en couleurs, ce qui rend justice aux nombreuses illustrations intérieures de l’artiste Émilie Léger.
Place aux nouvelles composant ce numéro 50 !



Avec la photographie, Martin comble un trou dans sa vie. Aussi la perte de son appareil photo le plonge dans l’embarras, d’autant qu’il n’a pas les moyens d’en racheter un de suite. La mise en place est assez longue avant d’en arriver dans le vif du sujet et “Cette prison d’ombres et de mémoires” de Frédérick Durand en pâtit, souffrant d’un déséquilibre dans son déroulement.

Récit post-apocalyptique sur fond de vampires pour Carl Rocheleau. “Nounours” éveillera bien des souvenirs de lecture ou de films et montre que la survie demande une attention de tous les instants. Efficace dans son genre.

“Le hurlement des possibles” est la première nouvelle forte du numéro. Des personnes reçoivent des appels mystérieux d’elles-mêmes d’un lointain futur, d’une dimension parallèle ou allez savoir d’où. Comment gérer ce phénomène ? Et faut-il accorder du crédit à ce qui est dit ? Guillaume Voisine entretient le mystère tout du long, le lecteur ne peut qu’être intrigué par le postulat de départ, d’autant qu’il l’alimente très bien au fil des pages.

Dubaï voit soudain une baleine s’échouer en pleine ville ! Jean-Pierre April part de cette idée pour parler des cités du futur où l’humain est finalement bien peu de choses. Ici, les flux sont si bien pensés que l’on pourrait croire que Dubaï n’est quasi pas peuplée. Il suffit d’un grain de sable, ici très gros, pour que l’édifice perde de sa superbe. “Une baleine dans le désert” s’avère étonnante et dérangeante.

Mario Tessier revisite « Moby Dick ». Le capitaine d’une nef très spéciale est lancé dans une quête hors normes. “Sonder l’éternité” revient à se plonger dans l’inconnu, à perdre tout repère pour s’immerger dans l’imaginaire de l’auteur. Passionnant et ébouriffant par sa démesure.

Geneviève Blouin a choisi l’éloge funèbre, entrecoupé de souvenirs, pour relater “La gang du cimetière”. Manon n’avait apparemment pas d’amis mais, à bien l’observer, Josiane a compris que la défunte était différente. Avec un déroulement en deux temps, ce texte est bien mené jusqu’à sa conclusion logique.

Pierre-Luc Lafrance met en scène des adolescents à la marge. Deux extrêmes s’attirent ici et le narrateur décrit ses rencontres avec Le Pick, fort et fragile à la fois, qui vit dans la cave aménagée de sa maison. Il évoque à une occasion un curieux phénomène, mais impossible à appréhender dans le contexte. La tension monte au fil de la nouvelle, au fur et à mesure que le lecteur comprend la situation et son horreur. “L’avalé” fait très forte et bonne impression.

Vanessa Vénus appelle au remplacement de Marius Mars dans son lit, ou plutôt dans son cœur. “Vanessa en quête d’ardeur” est dans la lignée de ce que les deux ont déjà livré dans les pages de « Brins d’Éternité ». Rien que la biographie donne le ton ! Humour graveleux très bien emballé dans tout un fatras de considérations, offrant même une relecture d’une lettre d’une trop grande sincérité. Un texte à ne pas prendre au sérieux pour l’apprécier.

Michèle Laframboise a beaucoup travaillé la forme de “Sondage de satisfaction”. Trois membres d’une famille répondent au questionnaire de fin de séjour au Paradise-IV Resort. Entre le père, la mère et le fils, le tableau change énormément. Entre ceux qui n’ont vu que le premier plan et celui qui s’est intéressé aux autochtones, il évolue beaucoup. L’histoire est racontée de manière très originale, le fil des événements se dévoile petit à petit. L’ensemble est très réussi.

Jonathan Reynolds officie dans l’inquiétant, dans le fantastique qui s’installe dans le réel et modifie en profondeur la vie des protagonistes. Luc n’a rien demandé, il a juste le béguin pour Corinne qui l’a sollicité pour porter une simple boîte dans un ancien peep show. L’ambiance est lourde, dérangeante avec des images souvent saugrenues, comme ces ours en peluche portant des gants noirs. “Ailleurs, un théâtre” instille le malaise, notamment en évoquant des souvenirs d’enfant. Un texte qui colle à la peau !

Science-fiction pour Jean-Louis Trudel. “Chroniques d’une étoile effilochée” n’est pas évidente à saisir, mais ce fil à travers l’espace et dont on cherche à découvrir le bout ne manque pas d’éveiller la curiosité. Une quête sans fin, des questions sans réponses, l’espace en toile de fond... De la bonne SF !

Dave Côté flirte avec le bizarro. Le titre “Dans un bol” révèle la teneur de la nouvelle. Plus on progresse dans celle-ci, plus l’absurde gagne du terrain. Voilà le genre de texte qui divise, on aime ou pas.

“Jusqu’à ce que je jour se taise” d’Ariane Gélinas s’avère vénéneux comme le genre de champignons que croise un militaire en convalescence lors de ses randonnées. Il a besoin de se ressourcer, d’oublier la femme qui l’a quitté pour un autre alors qu’il se battait pour son pays. Écrit sous forme de journal pour coller à la prescription de son psy, l’histoire est fascinante. Est-ce un triste hasard ou autre chose qui le pousse vers ces champignons ? L’ensemble est lourd de sous-entendus et inspiré.

Sébastien Chartrand nous plonge dans un futur plus ou moins proche où l’euthanasie est même inscrite dans la loi. La société n’a plus les moyens de subvenir aux besoins des personnes trop âgées, alors elle s’en débarrasse. Et comme si cela ne suffisait pas, elle va encore beaucoup plus loin. L’auteur happe rapidement l’attention du lecteur et le fait frissonner jusqu’à lui laisser entrevoir une porte de sortie. “La mélancolie du hérisson” s’avère implacable, poignante et la conclusion nous laisse hébétés. Un texte très fort qui ne laisse pas intact.

“Spectacle d’automne” débute par un trop plein de vie avec un jeune chien tout fou que doit garder un écrivain dans sa nouvelle maison, puis l’atmosphère évolue, elle devient plus pesante. L’humeur du chien s’en ressent, son gardien voit des choses... Il y a un glissement du réel, le fantastique s’invite insidieusement. Tout est affaire d’ambiance avec Claude Bolduc qui tord le quotidien pour le rendre inquiétant. C’est furtif, subtil.

Ce numéro anniversaire de « Brins d’Éternité » met la barre très haut. En couleurs et superbement illustré par Émilie Léger dans les pages intérieures, il ne contient que des nouvelles de bonne facture, parfois même excellentes comme celles de Guillaume Voisine, Mario Tessier, Pierre-Luc Lafrance, Michèle Laframboise et bien sûr Sébastien Chartrand. Entre science-fiction et fantastique, plus de 200 pages pour se faire plaisir !
Un bon moyen de découvrir cette revue.


Titre : Brins d’Éternité
Numéro : 50
Éditeurs : Guillaume Voisine, Ariane Gélinas, Alamo St-Jean
Couverture : Pascal Blanché
Illustrations intérieures : Émilie Léger
Genres : nouvelles, articles, critiques, entretien
Site Internet : Brins d’Éternité
Période : printemps - été 2018
Périodicité : quadrimestrielle
ISSN : 1710-095X
ISBN : 9782924585085
Dimensions (en cm) : 14,1 x 21,6
Pages : 208
Prix : 15 $ CAD



Pour écrire à l’auteur de cet article :
francois.schnebelen[at]yozone.fr


François Schnebelen
6 juillet 2018


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