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Dentier du maréchal, Madame Volotinen et autres curiosités (Le)
Arto Paasillina
Gallimard, Folio, n° 6490, traduit du finnois, nouvelles, 251 pages, avril 2018, 7,25€

On ne présente plus Arto Paasillina, auteur finlandais qui accumule depuis longtemps les succès de librairie comme « Le Lièvre de Vatanen », « La Forêt des renards pendus », « Le Meunier Hurlant » ou encore « La Cavale du Géomètre » ou « Prisonniers du Paradis ». Un succès qui pousse les éditeurs à proposer des titres plus anciens, moins commerciaux, ce qui est le cas pour « Le Dentier du Maréchal, madame Volotinen et autres curiosités », publié en langue originale il y a plus de vingt ans. Un ouvrage atypique, singulier et distrayant, qui méritait en effet d’être traduit.



Il se nomme Volomari Volotinen, il est expert en sinistres pour un compagnie d’assurances finlandaise. Cette profession l’amène à voyager partout à travers la Finlande, et, plus tard, lorsqu’il sera chargé de relations internationales pour une compagnie ferroviaire, ses déplacements le conduiront dans d’autres pays. Volotinen est vif, curieux, et nourrit depuis toujours une passion pour des objets insolites, que ses périples et ses rencontres lui permettent de découvrir. Pas forcément des objets rares ou couteux, et même, assez souvent, des objets sur lesquels pas grand-monde ne s’arrêterait. Des objets singuliers, éclectiques, disparates, mais qui tous ont une particularité, une histoire – réelle ou imaginaire – un « cachet » auquel Volomari Volotinen est incapable de résister.

« Laura raconta au major que son mari, Volomari Volotinen, qui était juriste et collectionneur d’antiquités, lui avait téléphoné d’Angleterre pour lui demander de trouver du côté de la route de Raate deux squelettes de combattants de l’Armée Rouge. On se les arrachait, paraît-il, en Europe occidentale.  »

Le slip de Tarzan (ou plus précisément un slip avec lequel Johnny Weissmuller, grande incarnation cinématographique de l’homme-singe, remporta l’un de ses multiples titres olympiques de natation), le sifflet en laiton d’une locomotive forestière de transport de grumes datant de la première guerre mondiale et ayant appartenu à un entrepreneur surnommé « L’Empereur de Laponie », le tire-bouchon d’un bûcheron prétendant avoir été le premier Finlandais arrivé dans ce pays, le dentier du maréchal de Finlande Carl-Gustav Mannerheim, un gigantesque écrémillon transformé en alambic, un pressoir vinicole de kolkhoze de plus d’une tonne, des testicules en céramique censées représenter celles du Pape Innocent III qui aurait eu seize enfants de nombreuses maîtresses, le cendrier de l’homme le plus fou du monde ou encore – mais nous ne les citerons pas tous – une vieille guillotine que ses propriétaires, pour tenter de prouver son efficacité à leurs clients, vont tester dans une morgue sur le cadavre d’un facteur fraîchement défunt.

« Quand von Fürstmüller comprit que Volomari Volotinen n’avait pas l’intention de renoncer sans se battre à la relique qu’il avait volée, il changea de tactique et proposa un échange. Il cita l’ancien code d’Hammourabi : œil pour œil, oreille pour oreille, os pour os.  »

On s’en doute : acquérir de tels objets n’est pas toujours simple et fort heureusement Volomari Volotinen peut compter sur l’aide et l’astuce de son épouse Laura, qui a vingt ans de plus que lui et la tête solidement posée sur les épaules. Ce sont donc souvent plusieurs histoires qui gravitent autour de ces objets tantôt authentiques et tantôt improbables, ou plus exactement plusieurs types d’histoires différentes : des anecdotes en lien avec leurs propriétaires, des récits relatifs aux objets eux-mêmes, les circonstances dans lesquelles Volotinen déniche et finit par acquérir ces objets. Dans ce joyeux fatras de réel et d’inventions, on trouvera bien souvent des éléments historiques mais aussi beaucoup d’humour, parfois noir et parfois burlesque, un brin de picaresque et une bonne dose d’imagination et de fantaisie.

Ce « Dentier du Maréchal, madame Volotinen et autres curiosités » est-il vraiment un roman ? Il est permis d’en douter. S’il en mime en effet la structure, en articulant au long de deux ou trois décennies mille et une cocasseries et mésaventures autour des mêmes personnages, on a plutôt l’impression que les véritables héros sont en définitive les objets saugrenus qui nous entourent, et leurs histoires à eux, qu’elles soient réelles ou inventées – à moins que les véritables héros ne soient ceux qui inventent, transforment, fleurissent et embellissent ces histoires.


Titre : Le Dentier du Maréchal, madame Volotinen et autres curiosités
Auteur : Arto Paasillina
Traduction du finnois) : Anne Colin du Terrail
Couverture : Kelly Nicolaisen / Saatchi art
Éditeur : Gallimard (édition originale : Denoël, 2016)
Collection : Folio
Site Internet : page roman (site éditeur)
Numéro : 6490
Pages : 251
Format (en cm) : 10,7 x 18
Dépôt légal : avril 2018
ISBN : 978207764875
Prix 7,25 €



Hilaire Alrune
9 juillet 2018


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