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V pour Vendetta
Film américain de James McTeigue (2005)
19 avril 2006

*****



Genre : SF, adaptation BD
Durée : 2h10

Avec Nathalie Portman (Evey Hammond), Hugo Weaving (V/William Rookwood), Stephen Rea (Finch), Stephen Fry (Gordon Dietrich), Sinéad Cusak (Dr Delia Surridge), John Hurt (Sutler), etc.

Symphonie de roses rouge sur fond noir aux accents de tragédie Shakespearienne, la nouvelle adaptation de l’œuvre de Alan Moore a fortement impressionné le public venu en masse la découvrir en avant-première au Festival du Film Jules Verne Aventures.

Produit et scénarisé par les frères Wachowski (« Bound », « Matrix »), ce premier long-métrage de James McTeigue se dévoile, à l’instar du « From Hell » des frères Hughes, comme une étonnante réussite. Un grand film qui n’hésite pas à s’emparer d’un monument du 9ème Art pour nous le restituer sous la forme d’une œuvre cinématographique originale et tout simplement grandiose.

L’histoire nous transporte au 21ème siècle, dans une Angleterre dystopique soumise aux affres du fascisme triomphant. Sortie après le couvre-feu pour se rendre au chevet de son oncle, Evey Hammond est interpellée par une patrouille du « doigt ». Alors que les membres de la police secrète, gardienne de l’ordre morale, s’apprête à violer la jeune femme, un colosse masqué fait soudain irruption dans la ruelle et se débarrasse, au moyen de 6 dagues masquées sous une cape noire, des sbires du Tyran Sutler. Impressionnée par son mystérieux sauveur, Evey accepte de l’accompagner au « son et lumières » qu’il souhaite offrir à la population de Londres. « V », ainsi qu’il se fait appeler, entend commémorer le 5 novembre, date anniversaire de l’arrestation de Guy Fawkes (un anarchiste qui avait tenté de faire sauter le parlement quelques siècles plus tôt) pour signaler au pouvoir en place que ses jours sont désormais comptés.

Si, en 1981 (date du début de sa publication dans le mensuel indépendant « Warrior »), le roman graphique « V pour Vendetta » de Alan Moore et David Lloyd visait à dénoncer les décisions unilatérales du gouvernement ultraconservateur de Margaret Thatcher, la quête de « V », motivée en premier lieu par la destruction du système, a gardé toute sa pertinence. Le droit, pour tout individu, de conserver son autonomie et sa liberté, et le devoir de s’opposer au conformisme ambiant. Certes, V s’y oppose de manière radicale en s’attaquant directement aux symboles de la dictature et en éliminant les partisans du régime. Mais, au-delà du combat contre la tyrannie, cette histoire nous confronte aussi au terrorisme et à ses justifications éventuelles. Une question qui est au centre de notre actualité et à laquelle il faudra bien trouver une réponse si nous voulons, un jour, résoudre ce problème.

Une thématique sur le fil du rasoir au service d’un grand film porté par des comédiens voués à la réussite du projet. A commencer par Natalie Portman qui sacrifie sa chevelure à la réussite de la Vendetta de V (la comédienne est rasée lors d’une scène d’internement), ou Hugo Weaving, l’agent Smith de « Matrix » qui parvient à donner vie à un personnage au travers d’un masque irrémédiablement figé. Quant à John Hurt, si sa présence, et quelques choix de mise en image, renvoient forcément au « 1984 » de Michael Radford, il a troqué cette fois son statut de victime pour embrasser celui de l’infâme despote dans un registre qui n’est pas sans évoquer Ian McKellen en uniforme nazi dans la version futuriste du « Richard III » de Richard Loncraine.

Magistral, de bout en bout, malgré des moments de bavardage nécessaires, « V pour Vendetta » se conclut en apothéose dans un dernier quart d’heure où souffle le vent de la justice et de la liberté.

Bruno Paul


Dans une Angleterre futuriste mais relativement proche, un état dictatorial s’est emparé de la peur de la population pour tresser la parfaite société fliquée.
Tout d’un coup, un justicier anarchiste surgit de la nuit et va sérieusement chambouler l’ordre des choses.
Mais qui est réellement celui qui se fait appeler « V » ?

« V pour Vendetta » impressionnera fortement les spectateurs et ce n’est que justice. À de rares exceptions près (les deux « Batman » de Tim Burton, les « X-Men opus 1 » « et 2 » de Bryan Singer, les « Spiderman 1 » « et 2 » de Sam Raimi et n’oublions pas dans le registre du Manga le magnifique « Crying Freeman » de Christophe Gans), les adaptations de Comics-BD-Mangas sont de grands spectacles visuels (« La Ligue des Gentlemen Extraordinaires », « Les 4 Fantastiques ») propres à la distraction ou des ratages scénaristiques masqués sous d’épaisses couches d’effets spéciaux (« Daredevil » étant l’exemple le plus parfait).

Avec ce « V pour Vendetta » de James McTeigue (production des frères « Matrix » Wachowski) le plaisir est majeur et cinéphilique.
Majeur car il s’agit d’une superbe histoire, totalement shakespearienne et anglaise où les pulsions humaines les plus ancestrales s’intègrent à un futur proche parfaitement dérangé.
Cinéphilique car il s’agit d’un vrai grand film capable de satisfaire les amateurs - et pas seulement les fans de BD ou de SF - tout en renvoyant les spectateurs à de nombreuses références du grand écran.

Ici, on pensera évidement au « 1984 » de Michael Radford (1984) et au « Richard III » de Richard Loncraine (1995) auxquels (on n’arrivera pas à nous convaincre du contraire) de nombreuses allusions étaient faites dans le film qui nous occupe aujourd’hui...
Reste à savoir si la BD de Alan Moore n’avait pas influencé tout le monde au départ, à moins que Shakespeare et Orwell n’aient réglé le peloton depuis longtemps...

Pour ceux qui auraient encore ces deux œuvres en mémoire, certaines scènes frapperont clairement les esprits. John Hurt sur grand écran invectivant son peuple et ses servants dans « V pour Vendetta », c’est tout à la fois Big Brother omniprésent et Ian McKellen en Richard III dans son uniforme de nazillon du futur, bannières noires et rouges en fond graphique.
Mais là où « V pour Vendetta » va plus loin et frappe plus fort, c’est que le scénario est aussi remarquablement servi par un casting en béton : (Natalie Portman sensible et touchante, Stephen Rea sublime et tourmenté, Stephen Fry, Hugo Weaving, Roger Allam tous irréprochables) et par l’agitation de concepts troublants ou sur le fil du rasoir.
Certes, le noir et le rouge des fascismes contemporains sont bien là mais il s’agit aussi des couleurs ancestrales des révoltes anarchistes et communistes. Quant au terrorisme traité comme une valeur révolutionnaire et libératrice, il s’agit bien sûr d’un questionnement très éloigné de la simple et simpliste lutte du bien contre le mal...
Si l’utilisation de la folie comme outil ultime d’une vision éclairée sur un monde obscurci par la dictature et sur le servilement correct, n’est pas neuve depuis Nietzsche et bien d’autres, elle transfigure l’intrigue via une imagerie très Comedia dell’Arte qui nous renvoie aux sources du théâtre.

Alors oui, « V pour Vendetta » n’est pas exempt de défauts. Sans doute un peu bavarde parfois, un peu lente par instants, un peu monomaniaque sur le fond, l’œuvre suscitera débats et commentaires.

Au final, le film est totalement passionnant, surprenant et maîtrisé. Graphiquement sans concession mais beau, d’une rudesse rare dans ce type d’adaptation, il fascine et effraie tout à la fois. On vous le disait, tout cela n’est que justice.

(Voir aussi : Alan Moore From Hell, de la BD au Ciné, La ligue des Gentlemen extraordinaires et, pour les fans de bande dessinée, V pour Vendetta)

Stéphane Pons


FICHE TECHNIQUE

Réalisation : James McTeigue
Scénario : Andy Wachowski, Hilary Henkin, Larry Wachowski d’après le roman graphique de David Lloyd et Alan Moore

Producteurs : Andy Wachowski, Joel Silver, Larry Wachowski

Photographie : Adrian Biddle
Monteur : Martin Walsh
Musique : Dario Marianelli
Décors : Owen Paterson
Costumes : Sammy Sheldon

Production : Silver Pictures, Anarchos Productions Inc., Virtual Studios, Warner Bros. (USA), Fünfte Babelsberg Film GmbH (Allemagne).
Distribution : Warner Bros France
Presse : Carole Chomand, Eugénie Pont, Marquita Doassans et Sabri Ammar (Warner Bros France)

SITES INTERNET

Le site officiel : http://www.vpourvendetta-lefilm.com


Bruno Paul
Stéphane Pons
19 avril 2006






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