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Chambre d’ami (La)
James Lasdun
10/18, Domaine Policier, roman traduit de l’anglais (États-Unis), noir, 288 pages, avril 2018, 7,50€

Matthew est du genre désœuvré, souvent sans le sou et sans grande ambition. Tout l’opposé de son cousin Charlie, banquier qui a réussi dans la vie, menant une existence dans le luxe aux côtés de sa belle femme Chloé. Charlie apprécie Matthew qu’il considère quasi comme un demi-frère et il l’a invité à passer cet été en leur compagnie dans leur villa d’Aurélia.
Proposition que Matthew s’empresse d’accepter, sous-louant même son appartement new-yorkais pendant ce temps. Il éprouve de l’affection pour Chloé, estimant qu’il y a une réelle complicité entre eux. Les vacances s’annoncent prometteuses pour Matthew, mais le tableau idyllique ne tarde pas à se fêler, il découvre une facette inconnue de Chloé.



James Lasdun débute le roman par une longue mise en situation. Cela se ressent même au niveau de phrases à rallonge. Cette entrée en matière guère entraînante n’aide pas à pénétrer dans le roman, car plus on avance, plus on se demande s’il va au moins se passer quelque chose, ce qui s’avère frustrant.
Finalement l’élément déclencheur repose sur pas grand-chose. Matthew croise la voiture de Chloé, censée être à son cours de Yoga. Lui qui fait si peu preuve d’initiatives décide de savoir où elle se rend et il la suit. Tout le monde aura deviné de quoi il s’agit. Matthew est plus lent, mais il voit dorénavant Chloé d’un autre œil et se met à l’espionner. Il faut dire qu’à part faire la cuisine - il est quand même chef ! - il n’a pas beaucoup d’occupations. Que doit-il faire ?
Comme à son habitude, il ne fait rien et attend en suivant Chloé, ce qui vire à l’obsession.

« La chambre d’ami » tourne autour de quatre personnes : Matthew, Charlie, Chloé et celui qui brise cette apparente harmonie. Matthew, le personnage principal, ne peut pas être qualifié de sympathique. Il s’agit d’un profiteur, qui démentirait tout sentiment de jalousie envers son cousin, mais qui profite de la situation. Quand Charlie l’invite pour l’été, il ne pensait pas que l’autre débarquerait pendant tout ce temps, sous-louant même son appartement, car prenant pour acquis qu’il resterait dans la villa pendant toute cette période. Matthew manque de tact, rappelant mine de rien à l’autre qu’il lui doit quelque chose.
Tout banquier qu’il est, actuellement sans emploi mais avec des projets qui vont dans le bon sens pour un meilleur partage des richesses, Charlie ne sait pas vraiment quelle attitude adopter envers Matthew. Chloé peine aussi à comprendre ce qui les lie.
Au fil des semaines, les relations entre eux se détériorent et Matthew ne se rend pas compte qu’il gène et qu’il met en péril l’équilibre du couple. Lui se sent bien, il vit au frais de Charlie, alors pourquoi partir ? Et pour aller où ?
Il est sans-gêne et se mêle finalement de ce qui ne le regarde pas et c’est là que James Lasdun réussit à intéresser les lecteurs : la situation dégénère lentement, sans que l’on s’en rende forcément compte, jusqu’à ce que l’inévitable soit commis.
Durant ce temps, Matthew agace tout le monde, tirant des plans sur la comète. La conclusion ne manque pas d’élégance, car il est toujours dans son monde, déconnecté d’un réel qui le rattrape.

L’atmosphère développée dans « La chambre d’ami » est importante, car la dérive est insidieuse, subtile, mais James Lasdun met du temps à l’installer au risque de perdre l’attention du lecteur. Il s’attarde sur des points qui n’intéresseront pas forcément le public français, comme les mouvements qui ne sont pas sans rappeler les Hippies, mais sauce US. De même, il se plaît à exposer les menus établis par Matthew qui, en passant, semble ignorer les règles élémentaires d’hygiène quand on cherche des produits frais, surtout par temps chauds. À la fin arrive au chalet la fille du couple, alors qu’elle ne joue aucun rôle dans l’intrigue. Ils ont aussi un chien qui revient de temps à autre, mais se fait oublier la majorité du récit. Autant de choses qui me font penser que ce roman aurait mérité d’être un peu raccourci pour être plus incisif, notamment dans la première partie qui m’a paru pour le moins poussive.

Et pourtant, « La chambre d’ami » se lit très rapidement, quasiment sans temps morts. Il faut passer le premier tiers pour que la curiosité soit éveillée et alors le lecteur passe par tous les sentiments, l’agacement envers Matthew n’étant pas le moindre ! Il faut dire que James Lasdun décortique les personnages, s’attardant surtout sur Matthew, l’empêcheur de tourner en rond, sur lequel l’attention se focalise. « La chambre d’ami » repose essentiellement sur la psychologie des protagonistes au détriment d’une action quasi inexistante. Charlie n’empoigne jamais Matthew par la peau du cou pour le foutre dehors, par exemple. Tout est dans l’attitude, dans les sous-entendus, ce qui manque peut-être de piment, mais favorise la réflexion du lecteur sur les actes de chacun. C’est un peu comme si le lecteur se transformait en un voyeur observant un huis-clos entre trois personnages.
Au final, il reste un sentiment d’ensemble étrange mais satisfaisant, car James Lasdun a fait le nécessaire pour dérouter son public et le désorienter. Toutefois, il est un peu dommage qu’il se soit autant dispersé, perdant en efficacité.


Titre : La chambre d’ami (The Fall Guy, 2016)
Auteur : James Lasdun
Traduction de l’anglais (États-Unis) : Claude et Jean Demanuelli
Couverture : © Plainpicture / Glasshouse / Alysia Macaulay
Éditeur : 10/18 (1ère édition française : Sonatine éditions, 2017)
Collection : Domaine Policier
Site Internet : Roman (site éditeur)
Pages : 288
Format (en cm) : 10,8 x 17,7
Dépôt légal : avril 2018
ISBN : 9782264072870
Prix : 7,50 €


Pour écrire à l’auteur de cet article :
francois.schnebelen[at]yozone.fr


François Schnebelen
7 juin 2018






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