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Gandahar n°12 - Les grandes dames de la SF française
Une publication de l’association Gandahar
Revue, n°12, SF - fantasy - fantastique, nouvelles - article, avril 2018, 126 pages, 8€

Ce numéro de « Gandahar » est exclusivement féminin, s’inscrivant pleinement dans l’actualité sur la place de la femme dans la société.



Heureusement, dans notre petit univers feutré de la SFFF, on peut relever un nombre croissant de femmes, auteures de talent, apparues ces dernières années. Nul besoin donc de grossir le trait : ces nouvelles venues savent se promouvoir toutes seules et y parviennent parfaitement.
« Gandahar » a donc donné la parole aux grandes dames de la SF. La revue est partie à la recherche des rares voix antérieures au renouveau de la SF des années 50. Force est de souligner leur rareté. Jean-Pierre Fontana a néanmoins déniché une nouvelle de 1949 signée Noëlle Roger, “Les secrets de Monsieur Merlin”. Il s’agit là d’un texte qui malheureusement accuse son âge et que l’on aborde sous l’angle de la curiosité.
« Gandahar » nous impose donc un purgatoire avant de nous permettre d’accéder au ciel.

Tout commence vraiment avec le texte de Julia Verlanger “Chasse au rêveur” qui préfigure déjà Gilles Thomas. Action et rebondissements, paysages étranges et créatures fabuleuses sont de la partie. Cette nouvelle n’est certes pas la meilleure de cette auteure, mais elle donne un bon aperçu d’un talent qui s’épanouira dix ans après la publication initiale de ce récit.
On monte ainsi crescendo pour atteindre un premier sommet avec “Le rêve minéral” de Nathalie Henneberg. C’est un des textes dont elle était le plus fier. Comment ne pas se laisser emporter par l’épopée de Gil Page (le frère de Hugues, personnage de l’inoubliable “Pêcheurs de lune”) projeté dans un futur où notre planète a subi le bombardement des débris de Mercure pulvérisée ? Mais ces météorites ne sont pas de simples cailloux. Ce sont des pierres vivantes, inertes, intelligentes, qu’un artiste de génie va tailler jusqu’à leur donner forme humaine ou monstrueuse. Elles s’animent alors... Le vocabulaire utilisé est d’une richesse inégalée dans la science-fiction française. Le souffle véritablement épique et les descriptions hautes en couleurs de ce futur terrifiant sont dignes d’un Aliguieri. Un texte sublime.

Christine Renard avec “Au creux des arches” offre une vision plus apaisée et plus intimiste du monde qu’elle imagine, paradis transitoire pour les humains, où l’osmose entre habitants et habitats ouvre la porte d’un bonheur à l’équilibre fragile. Ce beau texte, délicat, extraordinairement féminin, est un enchantement. Christine Renard s’y adonne à la peinture d’une utopie, celle de l’accomplissement de l’être, de l’amour, du bien, d’une certaine raison de vivre.
Auteure contemporaine, Elisabeth Vonarburg a écrit avec “Janus” un texte lancinant, désenchanté, à travers lequel elle brosse par touches éparses le tableau d’un monde post-apocalyptique où sévissent d’étranges docteurs Frankenstein. Leur art s’applique à la confection de statues animées, qui au fil de leurs créations semblent de plus en plus vivantes. Il s’agit d’un texte sophistiqué, d’un abord ardu qui demande attention et retours en arrière pour bien en saisir la substance.
Sylvie Lainé avec “La bulle d’Euze” démontre, s’il en était besoin, quelle belle plume elle manie. Cette histoire d’une femme qui recherche à travers un breuvage des sensations, des traces, des images d’un compagnon disparu est d’une grande poésie.

Enfin, en conclusion, Joëlle Wintrebert avec “Camélions” décrit la transformation tant physique que psychique, d’une femme puis de ses semblables naufragés sur un monde perdu, au contact d’une espèce indigène. C’est très sensuel et joliment écrit. L’adaptation des survivants passera par l’abandon d’une fraction de leur humanité et l’accès à un statut plus grand, plus beau, plus fort. Une belle réussite sur un thème très glissant.

Ce numéro se termine par une toute petite partie magazine traitant de trois ouvrages.
Cet opus propose donc un vaste panorama des réalisations féminines dans le cadre de la SF d’expression française. Celles-ci sont loin d’être négligeables et l’on ne peut que se réjouir de l’émergence de nombreuses auteures aujourd’hui. L’âme féminine se dévoile dans ce numéro et sa beauté apparaît en pleine lumière.


Titre : Gandahar
Numéro : 12 - Les grandes dames de la SF française
Directeur de publication : Jean-Pierre Fontana
Rédactrice en chef : Christine Brignon
Couverture : Michaël Thomazo
Type : revue
Genre : Science-fiction, fantasy, fantastique
Site Internet : l’association Gandahar ; Sa page facebook
Dépôt légal : avril 2018
Périodicité : trimestrielle
ISSN : 2418-2052
Dimensions (en cm) : 16 x 24
Pages : 126
Prix : 8 €



Didier Reboussin
30 mai 2018






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