YOZONE
Le cyberespace de l'imaginaire




Power Club, tome 3 : Un Rêve Indestructible
Alain Gagnol
Syros, Hors série, roman (France), super-héros, 524 pages, mai 2018, 17,95€

Le Power Club a été dissous, et Anna est désormais la seule super-héroïne, avec des boosters intimement liés à son ADN. Réfugiée en Angleterre chez le professeur Klein, elle explore avec lui les limites de ses capacités, allant jusqu’à provoquer un séisme à Londres d’un simple coup de poing. L’attitude du public à son égard varie grandement : des jeunes fans la pistent et se jettent volontairement dans le vide lorsqu’elle est dans les environs, pour qu’elle les « sauve » ; le reste de la population voit sa présence dans le pays d’un mauvais œil, convaincu de sa dangerosité par la diatribe électorale du sénateur Wallace, qui brigue la présidence des USA. Anna et Lisa ne sont guère surpris de voir Nora Scott, l’ex-directrice du Power Club, à ses côtés...
Traumatisée par la mise en danger de sa mère, qu’elle a sorti des décombres (voir « Ondes de Choc »), Anna fait des crises d’angoisse, et lorsque l’une d’elles se produit durant une interview à la BBC censée rassurer son pays d’accueil, l’effet est désastreux.
L’inquiétude générale monte d’un cran lorsque Wallace est élu et promet que 3 Marines seront équipés de boosters pour « garantir la sécurité des Américains » contre les menaces extérieures, Anna en priorité, la jeune fille assimilée à une arme de destruction massive. Soupçonnant que le nouvel élu n’attendra pas son investiture pour passer à l’attaque, Anna fait venir Aaron en Angleterre pour enquêter sur la taupe qui l’a mise en difficulté à la BBC, et découvrir si c’est bien le MI-5 qui est derrière l’enlèvement de Lisa cette soirée-là.
Ils ne se doutent pas que leurs adversaires en savent plus long, et sont près à tout pour se débarrasser d’eux.



Apothéose que ce troisième volume. La tension était allée crescendo dans « Ondes de Choc », et on pouvait se demander comment Alain Gagnol allait pouvoir maintenir notre intérêt avec la fin des super-héros. Tout simplement en recentrant son intrigue sur ses aspects politiques, abordés dans « L’Apprentissage ».

Anna seule détentrice de super-pouvoirs, on se dit qu’il n’y a pas à s’en faire. Elle n’est pas dangereuse, elle ne devrait pas partir en vrille. Oups, si : la mise en danger de sa mère, la mort de Bobby et surtout celle de Jason, dans ses bras, l’ont profondément choquée, balayant les dernières traces de l’enfance, affermissant sa volonté, brisant ses illusions. Victime de stress post-traumatique, elle doit apprendre à canaliser sa peur qui affole ses boosters, incapables d’analyser cette menace venue de sa tête. Mais la vie de super-héroïne, entre vie recluse à l’abri des regards et célébrité envahissante, n’est guère propice à une psychanalyse.

L’épisode des fans stalkers suicidaires, de l’appli « où est Anna ? » qui lui vole le peu de liberté qu’elle espérait avoir, fait monter d’un cran les dérives de l’engouement pour les super-héros déjà vu dans le premier volume. Comme si la rareté des idoles poussaient à davantage de fanatisme, d’extrémisme.

« Un Rêve Indestructible » fait donc la part belle au politique, au sens large. Anna voit l’opinion se dresser contre elle. Qu’elle ait sauver le monde d’un autre héros devenu fou a déjà été oublié, effacé par la perspective que si elle tourne mal, il n’y aura personne pour l’arrêter. Hormis la jeunesse, la population se méfie donc d’elle, aiguillonnée par les discours haineux de Wallace, qui mise toute sa campagne sur un thème sécuritaire en aiguisant les peurs. Et malgré les pronostics en sa défaveur, il l’emporte. Cela ne vous rappelle rien ? Les plus jeunes penseront Donald Trump, les plus âgés George Bush Jr, qui a relancé la guerre en Irak sur une suspicion sans preuve de détention de l’arme atomique.
La comparaison avec le prédécesseur de Barack Obama est d’autant plus évidente que dans « Un Rêve Indestructible », la Grande-Bretagne collabore étroitement avec les USA, comme Tony Blair avait alors emboîté le pas au va-t’en-guerre à grandes oreilles. Cerise sur le gâteau, ce sont les services secrets anglais qui livrent Aaron à Wallace, et ce dernier le fait enfermer sans procès et torturer, grâce à une loi contre les ennemis de la Nation qu’il a fait voter illico. Soit le Patriot Act, et la prison de Guantanamo.

Scénaristiquement parlant, on appréciera donc qu’Anna se retrouve face à des adversaires à sa mesure, avec ces Marines boostés équipés d’armes biotechonologiques mortelles. Après une première partie qui nous la montrait invincible, on éprouve un frisson glaçant lorsqu’elle tombe, paralysée et sans pouvoir, victime d’un gaz neurotoxique, et que son adversaire boosté s’approche pour l’achever. L’auteur rappelle ainsi que même les plus puissants peuvent être mis à genoux. Quand ce n’est pas par la fourberie de ses adversaires, c’est lorsqu’ils s’en prennent à ses proches : Lisa, Dominic, Aaron, ses parents et son petit frère Louis.
Mais chaque épreuve brise les ultimes réticences de la jeune femme. Si elle s’efforce de contrôler sa force contre les humains normaux mal intentionnés, elle abandonne ces scrupules contre les chiens de Wallace. Néanmoins, elle se refusera à les tuer de sa mains, laissant leur arrogance les détruire. Si eux sont des soldats de métier, Anna a l’avantage de communiquer avec ses boosters, de fusionner avec eux, et non d’en disposer comme d’un simple outil. Et de se battre pour la bonne cause.

Une troisième fois, Alain Gagnol nous époustoufle à chaque chapitre. Les scènes d’action, à faire pâlir les blockbusters, ne sont jamais dénuées d’émotion, et ont la tension des meilleurs passages des « X-Men » de Bryan Singer. Jamais l’auteur n’oublie l’humanité de son héroïne, ses peurs, ses doutes, qu’ils concernent ses pouvoirs, les conséquences de sa seule présence sur le monde, ou son avenir personnel. Si elle peut compter sur le soutien inconditionnel de Lisa, Anna réalise rapidement que bien peu de gens peuvent la comprendre. Dominic, et leur relation est encore compliquée, et les événements ne vont pas les simplifier, l’auteur poussant les ressorts dramatiques à leur point de rupture. Mais à l’instar de l’usage qu’Anna fait de ses boosters, même dans ses rares excès scénaristiques, effets propres aux comics et à la littérature super-héroïque, Alain Gagnol ne perd jamais de vue la poésie, celle des gestes, celle des mots. Si on goûte avec gourmandise les dialogues haut en couleur des deux copines, ou les piques d’Anna à ses petits adorateurs, on savoure la douceur de ces mots à chaque climax, dans la peine, dans la peur, dans le vide spatial, à deux doigts de la mort, à deux doigts de la perte d’un être cher, et lorsque l’espoir revient. Au-delà de la fluidité des scènes d’action, de l’irrésistible attraction des événements politiques à la mécanique implacable, c’est cette puissance et cette douceur qui émaille tout le texte qui nous empêche de le lâcher autrement qu’à contrecœur.

Alain Gagnol nous laisse sur un happy end amplement mérité et une conclusion ouverte fort satisfaisante et respectant la logique des différents protagonistes. Après avoir frôlé la catastrophe et l’anéantissement, c’est une fin en forme d’espoir. Comme dans toute bonne histoire de super-héros.

Définitivement, « Power Club » est à mettre entre toutes les mains, des adolescents aux plus grands. Ceux qui savent que“ de grands pouvoirs impliquent de grandes responsabilités” ressentiront au fond d’eux la vraie signification de ces mots. Aux côtés d’Anna Grandville, lycéenne parisienne qui a acheté ses pouvoirs, puis les a mérités, gagnés, et chèrement payés.


Titre : Un Rêve Indestructible
Série : Power Club, tome 3/3
Auteur : Alain Gagnol
Couverture : (photomontage)
Éditeur : Syros
Collection : Hors série, dirigée par Denis Guiot
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 524
Format (en cm) : 15,5 x 22,5 x 4
Dépôt légal : mai 2018
ISBN : 9782748523850
Prix : 17,95 €


Power Club :
L’Apprentissage
Ondes de Choc
Un rêve indestructible


Nicolas Soffray
20 mai 2018






JPEG - 36.4 ko



WebAnalytics