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Le cyberespace de l'imaginaire




Aventures de poche (Les)
Olivier Bleys
Hugo, collection Hugo Doc, essai, 171 pages, mai 2018, 17 €

Les amateurs des littératures de genre ont par essence le goût du voyage, mais aussi celui des espaces nouveaux : grandes cités en expansions galopantes, zones troubles périurbaines, vastes espaces désaffectées. Anticipations, post-apocalypses, espaces en déréliction à la Graham Ballard ont créé entre les amateurs de littératures de l’imaginaire et le « topos » une relation particulière qui les rend sensibles aux démarches d’exploration urbaine (citons par exemple le formidable « London Orbital » de Ian Sinclair) et à la psychogéographie. Avec « Les Aventures de poche », Olivier Bleys nous propose une démarche souvent voisine, celle des micro-explorations qui nous permettent de revisiter et de redécouvrir notre monde.



Cette démarche – nous explique Olivier Bleys dans la première partie intitulée “Échauffement” où, après un bref historique nous rappelant qu’avec la démocratisation des grandes modes de voyage le milieu du vingtième siècle fut l’époque où , “l’aventure quitta les livres pour se déployer dans le monde” – peut se désigner par plusieurs noms : la « micro-aventure » d’Alastair Humphreys ou l’ « aventure de proximité », termes auxquels l’auteur préfère ceux d’ « aventure de poche » ou d’ « aventure miniature ».

« Le principe était simple : parti le matin, je reviendrais le soir à mon point de départ. Dans l’intervalle, je devrais avoir parcouru sur mes deux jambes, en m’en écartant le moins possible ; un périmètre urbain dont la longueur pouvait varier de quelques kilomètres à plusieurs dizaines.  »

« Simple, courte, au coin de la rue », cette aventure miniature, c’est un projet, parfois banal, souvent original, pouvant aller jusqu’au farfelu, jusqu’à l’insensé – traverser une ville en ligne droite, quitte pour cela à traverser les habitations elles-mêmes – qui permet de sortir un moment des habitudes et des sentiers battus, de composer de nouveaux itinéraires, de découvrir de nouveaux espaces. Dans la seconde partie de son ouvrage, “Tourner une ville à pied”, l’auteur décrit les joies et les difficultés occasionnées par ce projet : faire le tour complet d’une ville par sa périphérie. Facile pour certaines d’entre elles, presque impossible pour d’autres, notamment en zone montagneuse. Une démarche à la fois aventureuse et contemplative qui trouve des échos dans des approches similaires, ainsi celle des « artistes marcheurs » élaborant des « sentiers métropolitains de randonnée pédestre avec mise en place de refuges périurbains conçus sur le même principe que les refuges de montagne, ou celle du collectif italien « Stalker » qui élabore une cartographie subjective à partir des lieux résiduels exclus par un urbanisme galopant.

« Nous marchâmes toute la nuit. De temps à autre, le guide jetait une œil sur sa carte, la seule dont nous disposions, mauvaise copie d’un plan du XVIIIème siècle qui circulait dans le milieu. C’était bien possible que l’original eût cet âge : les galeries semblaient dessinées à main levée, et la graphie de quelques noms suggérait une écriture à la plume.  »

Dans la troisième partie, intitulée “Explorer les catacombes en pleine lune”, Olivier Bleys nous convie à une frémissante randonnée cataphile et à la découverte du monde de l’Urbex, par essence – et par éthique – souvent non cartographié. Y sont mentionnés quelques variants singuliers comme les toiturophiles, et nous y apprenons que les cataphiles français sont considérés comme les ancêtres de l’Urbex et des Urbexers, démarche consacrée à l’exploration et à la photographie des lieux abandonnés, à laquelle nous avons déjà consacré de brefs articles ici et , et qui pourra donner des idées à tout un chacun.

Quatrième temps de l’ouvrage, “Descendre une rivière en paddle”, est moins stimulant peut-être en ceci qu’il décrit des aventures essentiellement vécues par procuration, notamment celles d’Anne Bécel qui s’est lancée dans d’étranges aventures en esquif, en commençant par l’exploration de la Loire. Un chapitre qu’il aurait peut-être été judicieux de détailler pour en mieux montrer les intérêts, mais qui a pour mérite de mettre également en lumière la natation clandestine et les mouvements de défense de ce sport.

« Avant que la pinède n’avale la piste, j’eus le bonheur d’admirer le ciel étoilé, qui se dépliait cette nuit-là sans le plus petit cil de lune, sans la moindre souillure d’éclairage public. Me revint cette phrase de Roger Caillois : Je rends grâce à la terre d’exagérer à tel point la part du ciel.  »

Vient ensuite “Pédaler jusqu’à l’océan et retour”, belle relation d’une micro-aventure vécue par l’auteur, avec notamment sa découverte involontaire des joies du pédalage nocturne. On y trouvera également des informations sur des sites proposant des micro-aventures originales, sinon surréalistes. Enfin, dans “Marcher un jour et une nuit”, Olivier Bleys s’intéresse à la fois à la performance (marcher cent kilomètres quasiment d’une traite), aux soutiens que l’on peut trouver sur les réseaux sociaux, aux découvertes inattendues, et, une fois encore, aux délices de la nuit.

À la frontière entre essai et beau livre, richement illustré – si les crédits photographiques sont précisés en fin de volume, on regrette que certains clichés ne soient pas légendés – « Les Aventures de poche  », s’il relate des aventures pour l’essentiel vécues par l’auteur, est également émaillé de nombreuses indications relatives à des démarches, des projets, des tendances, et surtout des sites que l’on pourra aller consulter sur le réseau, et que l’on pourra retrouver dans les « notes et références » rassemblées en fin de volume. De quoi en apprendre plus, donc, de quoi trouver des idées pour ceux qui souhaiteraient aller plus loin, ou même qui souhaiteraient vivre des micro-aventures sans trop s’éloigner de chez eux.

À la différence de nombreux écrivains-voyageurs – ou même d’adeptes de voyages souvent immobiles, ou tout au moins avec de très longues stations, comme ceux de Nicolas Bouvier –, Olivier Bleys ne cherche pas, avec ces « Aventures de poche », à faire œuvre littéraire. Avec un style très simple, parfois proche du langage parlé, il relate ses micro-aventures sans les embellir ni les revisiter à travers le prisme du langage ou de l’érudition. Ces « Aventures de poche » sont donc à prendre comme une initiation, un guide de découverte et d’incitation globale – non pas le guide spécifique de tel ou tel micro-voyage, mais du micro-voyage en général. Une invitation à un nouveau regard, à une nouvelle ouverture d’esprit, à une démarche originale qui permettront, le temps d’un week-end, nuit comprise, ou même d’une simple journée, de faire de véritables découvertes, voire même d’accomplir ses propres exploits.


Titre : Les Aventures de poche
Auteur : Olivier Bleys
Conception graphique : Emmanuel Pinchon
Éditeur : Hugo
Collection : Hugo Doc
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 171
Format (en cm) : 18,5 x 24
Dépôt légal :
ISBN : 9782755637601
Prix : 17 €


Un peu d’art urbain ou périurbain sur la Yozone :

- « Postes électriques »
- « Les livres suspendus d’Urbex 42 »
- « Spirit of place » d’Aurélien Vilette



Hilaire Alrune
29 mai 2018






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