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Main de l’Empereur (la), tome 2
Olivier Gay
Bragelonne, roman (France), fantasy, 380 pages, octobre 2017, 20€

Rekk, le Boucher, Angu’alur, le Danseur Rouge... est le héros de la campagne contre Koush, et aspire à un repos bien mérité après ces tueries. Et un mariage avec l’ensorcelante Bishia. Il ignore que la courtisane est aux ordres de l’Empereur Bel, et que ce dernier fera tout pour étouffer la gloire croissante du gladiateur devenu général.
Sur le chemin du retour, il tente d’envoyer Rekk au secours du duc Gundron, dont les vassaux se sont soulevés. Le jeune duc, fan des exploits de Rekk, rêve d’un coup d’éclat à ses côtés. Mais il faut la ruse de Bishia pour que ce dernier accepte. La campagne sera brève, certaines manœuvres aussi héroïques que suicidaires, et le résultat à la mesure de sa réputation.
Rentré à Musheim, Rekk s’ennuie. Élevé au rang de baron, il fuit les mondanités, s’engage dans la garde et la découvre corrompue et inefficace. Incapable de supporter un tel état de fait, il va réclamer le poste de prévôt, que Bel s’empresse de lui confier tant la charge est impopulaire. Et Rekk, pour ramener l’ordre, va être encore une fois impitoyable.
Jusqu’à ce que de vieux amis croisent sa route. Deux amis. Les deux seuls qu’il lui reste.



La préquelle est un exercice périlleux. Surtout quand on approche du point de jonction. Après la première partie relatant sa victoire sur les Koushites, c’est l’heure du retour à la capitale, la rencontre avec des nobles, les choix décisifs, les chemins sans retour. Comment Rekk se lie au jeune duc Gundron puis se fâche irrémédiablement, comment sa légende noire de prévôt sans pitié efface les ors du glorieux général.

Olivier Gay a créé un héros très attachant. Car malgré la grande violence dont il fait très souvent preuve, Rekk est un jeune homme de principes. Il ne démord pas de son code d’honneur, même si cela lui coûte (ses amis, ses postes successifs). Et cette rectitude (sans jeu de mots) est bien entendu sa principale faiblesse, sur laquelle vont s’appuyer tous ses ennemis : Bel, Gundron... mais aussi Bishia et Dareen, les deux femmes de sa vie. Car tous les quatre sont bien plus ambitieux et retors que Rekk, qui aspire à une vie simple et tranquille. Il est un animal, dans l’instinct, la réaction, quand les autres sont dans une stratégie et une anticipation constante.
Il ne fait pas bon être un petit poisson, fût-on surnommé le Boucher, au milieu de tels requins.

Comme toujours, la plume de l’auteur fait mouche, avec son lot de répliques incisives, bien senties. Les dialogues sont vifs, Rekk étant peu disert, ce qui désarçonne souvent ses interlocuteurs volubiles, ou bien il aboie sur ses hommes. Les échanges à fleurets mouchetés, entre contrebandiers ou Bishia face à l’Empereur, sont également savoureux. Avec le paysan Bahus, clairement pas une lumière, Olivier Gay s’amuse visiblement à quelques dialogues de sourds.

C’est encore une fois une histoire de trahisons. Rekk est manipulé, par l’Empereur, par sa femme, quand il ne se fourre pas tout seul dans les ennuis en devenant prévôt. Mais au-delà de moments-clés (la reconquête du duché, le redressement de la garde, le Nord, soit les 3 parties du roman), des événements transversaux assurent une lente et irrémédiable dégringolade. Si la guerre contre Koush a pour conséquence directe ce qui se passe dans le diptyque suivant (« Les épées de glace », ex- « Le Boucher » et « la Servante »), un dommage collatéral de la campagne du duché viendra pimenter la prévôté : c’est l’odyssée de Bahus, géant benêt qui décide de se venger de Rekk et donc d’aller le tuer. Une occasion pour le Boucher de constater qu’il n’est pas le seul à s’accrocher à un code d’honneur simple, mais aussi qu’il est hélas mal entouré et qu’au-delà de ses propres choix qu’il assume, il lui faut surveiller même ceux en qui il a confiance. Les événements avec Dareen seront encore plus douloureux.

Les malheurs, parfois le fruit du hasard - comme la mort d’Oblan, son « petit frère » d’arène - ou celui de plans mûris - sa déchéance de prévôt, la mort de Bishia - laissent Rekk veuf, père d’une gamine, exilé à Froideval, et prétendument mort. Dans sa volonté de bien faire, de faire ce qui est juste - bien que cela ne lui ait jamais réussi - Rekk va jusqu’à mettre en place lui-même ce qui conduira, quinze ans plus tard, à la mort de Deria.
Et si vous ne le saviez pas, je ne vous révèle rien : c’est le premier chapitre des « Épées de glace », que Bragelonne a obligeamment inséré en fin d’ouvrage. Histoire d’hameçonner ceux qui ne seraient pas déjà convertis à la fantasy d’Olivier Gay.

Une seconde partie en apothéose, donc, pleine de morceaux de bravoure, et désespérément sombre, car l’on sait que l’histoire n’épargnera pas grand-monde. Rekk, par sa spontanéité, son caractère entier, à la fois attachants et terrifiants, est son propre bourreau. L’exemple type que faute de bien universel, il faut un mal nécessaire dans ce monde, mais que ce mal n’épargnera personne, coupables ou innocents.
Une grande et belle histoire de vengeance(s) et et de complots à mettre définitivement entre toutes les mains !


Titre : La Main de l’Empereur, tome 2/2
Auteur : Olivier Gay
Couverture : Magali Villeneuve
Éditeur : Bragelonne
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 380
Format (en cm) :
Dépôt légal : octobre 2017
ISBN : 9791028104849
Prix : 20 €



Nicolas Soffray
17 mai 2018


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