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Pension Moreau ( La) (T2) La peur au ventre
Benoît Broyart et Marc Lizano
Éditions de la Gouttière

Au bout de deux mois d’enfermement, Paul sort enfin du cachot. Le directeur de la Pension Moreau espère bien l’avoir brisé, mais il n’en est rien. Avec Victor, Jeanne et Émile, ses copains de chambrée, il organise la résistance.
Une nuit où il se promenait ni vu ni connu en forêt, Émile assiste à une drôle de scène. Deux surveillants charrient un lourd sac qu’ils jettent à l’eau dans une rivière. Le lendemain, il y a toujours autant d’enfants autour des tables, pourtant un nouveau vient d’arriver !



“Les enfants terribles”, le premier tome de la trilogie “La pension Moreau” donnait le ton de l’histoire. Un pensionnat accepte des enfants dont les parents ne veulent plus. Moyennant finances, ils s’en débarrassent auprès de Turuk, le directeur de l’établissement qui s’apparente plus à une prison qu’à une école.

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Le début de “La peur au ventre” s’avère plutôt léger avec des blagues de potaches exécutées par les quatre amis qui protestent à leur façon de leur condition. L’acte le plus fort symboliquement consiste à rayer le disque qu’écoute en boucle Turuk : “La chasse à l’enfant”. Ce geste fait enrager le directeur qui ne désire que se venger. Mais cette scène traduit aussi son attachement à ce texte de Prévert écrit en 1934 et motivé par des faits réels proprement scandaleux. Les paroles en sont très dures et Turuk y voit comme une ligne de conduite.
La seconde partie prend un ton plus grave avec la prise de conscience du sort des pensionnaires. Les quatre comprennent le danger à rester ici. Dans le dernier volet, le poème de Prévert risque de prendre tout son sens et rien qu’y penser génère des frissons.

Dans la pension, le dessin de Marc Lizano marque bien la différence entre les adultes et les enfants. Les premiers savent ce qu’il s’y passe et ne sont pas excusables. Dans le langage courant, on les traiterait d’animaux, ce qu’ils sont littéralement dans les cases : hibou, renard, sanglier. Les enfants affichent de grandes têtes rondes, comme s’il s’agissait de cibles pour les brimades incessantes des adultes. Peu de cases par pages, ce qui permet d’appréhender facilement les situations, et ce d’autant que la colorisation aide à identifier les lieux. La grisaille est le lot de la pension, alors que la nature brille par ses couleurs.

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Sous des dehors s’adressant à un jeune public, “La pension Moreau” véhicule un message plus mâture, propice à la réflexion chez l’enfant. Le fait de mettre des animaux en lieu et place d’humains génère une certaine distanciation envers cette bande dessinée, la gravité de la situation est présentée de manière détournée, afin de la rendre moins choquante pour l’enfant, même si c’est limpide pour un adulte.
Benoît Broyart et Marc Lizano jouent un peu un numéro d’équilibristes, dont ils se sortent bien
“La peur au ventre” ne se lit pas bêtement. Il faut être actif, chercher ce qui se cache dans les sous-entendus pour apprécier le danger. Par sa forme et son fond, cette bande dessinée s’avère d’une belle intelligence, apte à questionner et sensibiliser les jeunes lecteurs, qui seront les adultes de demain.
Un bon choix de lecture jeunesse !


(T2/3) La peur au ventre
- Série : La pension Moreau
- Scénario : Benoît Broyart
- Dessin : Marc Lizano
- Couleur : Nolwenn Duflos
- Éditeur : Éditions de la Gouttière
- Pagination : 48 pages couleurs
- Dimensions : 20 x 28 cm
- Dépôt légal : 2 février 2018
- Numéro ISBN : 9791092111699
- Prix public : 14 €


À lire sur la Yozone :
(T1) Les enfants terribles


Illustrations © Marc Lizano et Éditions de la Gouttière (2018)



François Schnebelen
18 avril 2018




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