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Kill or be killed (T1)
Ed Brubaker, Sean Phillips et Elizabeth Breitweiser
Delcourt Comics

Dylan est un jeune homme mal dans sa peau. Il a déjà voulu en finir en prenant une grosse dose de somnifères, mais il n’a réussi qu’à être hospitalisé et viré de prépa. Résultat : à 28 ans, il est toujours sur les bancs de l’université et partage un appartement avec Mason, son colocataire. Kira, la copine de ce dernier, l’obsède. Il en est amoureux, d’autant qu’elle l’embrasse parfois à la dérobée, avant de faire comme s’il n’en était rien avec Mason. Quand il comprend qu’il s’agit avant tout de pitié, il décide de se suicider en sautant du 6e étage. Le temps de la chute, il se rend compte qu’il veut finalement vivre et, contre toute attente, il survit.
Mais cela n’est pas gratuit. Un démon lui apprend qu’il a signé un pacte et que le prix à payer est d’une vie par mois. Dylan n’a pas le choix, il doit se transformer en tueur.



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“Kill or be killed”, tuer ou être tué, le titre est limpide, il faut choisir. Dylan apprend de la bouche d’un démon et dans les faits qu’il n’a pas le choix. En quatrième de couverture figure la mention Pour public averti, car effectivement , ce comic est d’une grande violence comme le prouve le début avec une tuerie sanguinolente.
Sean Phillips dessine ces déchaînements d’adrénaline avec son lot de têtes explosées par une balle ou par des coups, de giclées de sang et autres horreurs, avec un sens de la mise en scène qui fait froid dans le dos. Il fait montre d’efficacité et Elizabeth Breitweiser est au diapason avec une colorisation qui, fort à propos, fait souvent sale, dans le ton du récit.
Visuellement c’est très réussi, notamment par le fait de la cagoule rouge dont s’affuble Dylan et qui marque les esprits. Noir et rouge. La nuit, ce qui s’y cache, et le rouge du sang. La mort et la vie qui s’opposent. Dylan affiche de nombreux visages, allant de l’immaculé, celui de l’innocence, à un meurtri avec des sparadraps, en passant par des traits tuméfiés et suintant. Il affiche les stigmates de sa lutte intérieure qu’il est obligé d’extérioriser pour survivre. Un mort par mois a exigé le démon.

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Ed Brubaker qui, déjà avec Elizabeh Breitweiser, a commis la très recommandable série “Velvet”, signe le présent scénario. Il y fait preuve de la même maestria, du même sens du rythme, alternant déchaînements de violence et moments plus calmes explorant la personnalité et le passé de Dylan. Il débute par une scène de tuerie dantesque, plaçant tout de suite les lecteurs dans le vif du sujet. Le tueur aguerri qui ne semble pas à son coup d’essai reste un inconnu, quelqu’un d’impersonnel dont on ignore tout.
“Kill or be killed” présente justement qui se cache derrière cette cagoule rouge et cette capuche noire. Comment Dylan a -t-il pu en arriver à cette extrémité ? Se transformer en un tel tueur, lui si timide auparavant ?

Le sujet n’en est que plus inquiétant, car les apparences s’avèrent trompeuses et les circonstances peuvent changer une personne du tout au tout. Bien sûr, le prétexte ici relève du fantastique, mais les affections modernes ne peuvent-elles déboucher sur des symptômes identiques ?
Ce que j’aime beaucoup avec Brubaker, c’est sa manière de se disperser pour montrer différentes facettes du personnages, afin de donner un personnage central ambigu et de questionner le lecteur sur son ressenti envers Dylan. Quand il est avec Kira, il se retrouve démuni et en oublie presque ce qu’il a été obligé de devenir. De même quand il regarde les montages photos de son père, l’enfant se rappelle à lui.

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Ce premier tome est celui du changement, celui où un nouveau Dylan doit naître pour exister. L’heure du choix a sonné : qui doit mourir ? qui l’a mérité ? Voilà le genre de questions que personne ne devrait se poser ! Dylan n’a pas le choix...
Y prendra-t-il goût ? Comment sa relation avec Kira va-t-elle évoluer ? Autant d’interrogations que les prochains tomes vont sûrement étudier sur fond de violence et d’autocritiques.

Ce premier tome de “Kill or be killed” donne le ton. La violence sera de mise, mais Ed Brubaker l’accompagne d’une certaine réflexion sur ce qui la motive. Même si le prétexte apparaît facile, il permet de jeter le personnage dans la fosse aux lions, de le pousser à changer radicalement, à devenir un autre.
“Kill or be killed” donne froid dans le dos et met mal à l’aise. Son sujet inquiète beaucoup, d’autant qu’il n’est pas sans trouver d’échos dans la réalité avec les tueries de masse. Combien de personnes se sont soudain transformées en de redoutables tueurs ?

Un comic qui remue les tripes et dont la suite est attendue pour en connaître les développements.


Kill or be killed (T1)
- Scénario : Ed Brubaker
- Dessin : Sean Phillips
- Couleurs : Elizabeth Breitweiser
- Traduction : Jacques Collin
- Éditeur : Delcourt Comics
- Collection : Contrebande
- Dépôt légal : 24 janvier 2018
- Format : 19 x 28,4 cm
- Pagination : 128 pages couleurs
- Numéro ISBN : 9782413002369
- Prix public : 16,50 €


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Illustrations © Sean Philips, Elizabeth Breitweiser et Éditions Delcourt (2018)


François Schnebelen
16 avril 2018






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