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Ferrailleurs du cosmos (Les)
Eric Brown
Le Bélial’, Pulps, fix-up traduit de l’anglais, space opera, 272 pages, mars 2018, 17,90€

Lors d’une escale, Ed le capitaine du Loin de chez soi, un vaisseau spatial spécialisé dans le ramassage des épaves abandonnées dans le cosmos, se trouve pris à partie par Ella, une beauté amérindienne qui l’émeut de suite et lui ravit son cœur. Elle est poursuivie par des drones araignées et a besoin de son aide pour quitter la planète et une vie de servitude. N’écoutant que ses sentiments, il la secourt, même si elle arrive très bien à se débrouiller seule, et l’embarque à bord. D’ailleurs, cela tombe bien, car il cherchait un copilote et elle est parfaitement apte à ce poste.
Toutefois, deux problèmes se posent à Ed : Ella n’est pas ce qu’elle semble être, il s’agit d’une IA d’un nouveau type et sa coéquipière Karrie, ingénieure du vaisseau, voit d’un mauvais œil une étrangère, aussi belle de surcroît, mettre à mal leur collaboration de 10 ans.



Eric Brown, voilà un écrivain que je désespérais de lire à nouveau en français. Je l’avais découvert dans la revue « Cyberdreams » qui, entre autres nouvelles, lui avait notamment consacré le recueil « Odyssées aveugles ». J’étais ferré et, malgré mon pauvre anglais, je me suis résolu à le lire en vo pour ne pas le perdre de vue.
Heureusement, depuis quelques années, « Bifrost » s’y est intéressé et a, en quelque sorte, repris le flambeau de « Cyberdreams ». “En dépit des apparences” (« Bifrost 85 »), “Essai à froid” (« Bifrost 65 ») et “Exorciser ses fantômes” (« Bifrost 63 ») publiées en 6 années, appartiennent au cycle « Salvage », un ensemble de 12 nouvelles formant un roman.
« Les ferrailleurs du vide » permet de découvrir l’intégrale de ces textes, allant de la rencontre d’Ed avec Ella (“Procédure de dissimulation”) jusqu’à “Fin de partie” et le bref “Coda”. Ed ne tarit pas d’éloges sur cette dernière. Toute IA qu’elle soit, elle est capable d’émotions et surtout, sa plastique est à nulle autre pareille. Les adjectifs pour la qualifier ne manquent pas et Karrie voit l’évolution d’Ed qui salive à la vue de la belle et dont les yeux sortent des orbites à la contemplation de son mini short moulant et des bandes couvrant à peine ses seins menus. Ella est une source de chamailleries entre eux, mais Karrie sait reconnaître la valeur d’Ella. Il s’agit peut-être plus de jalousie qu’autre chose, car ses habitudes vieilles de 10 ans sont chamboulées par l’arrivée d’Ella dont les capacités surpassent celles de leur vaisseau.

Eric Brown ne se lance pas dans un space opera faisant la part belle à la technologie dopée aux sciences dures. C’est plus celui de l’âge d’or qui l’inspire, à qui il rend hommage ici. Les rapports humains et l’aventure spatiale sont ses leitmotivs. La présence d’Ella ne cesse de questionner sur ce qui caractérise l’être humain. Contrairement à Karrie, Ed peine à faire la distinction. Ella montre justement que la marge est faible, perméable et que ce sont surtout les mentalités qui doivent évoluer.
Cet équipage ne vit pas uniquement d’amour et d’eau fraîche, il leur faut trouver des épaves pour vendre et ce n’est pas sans danger. Entre un dictateur vénéré par son peuple (“Orgueil et ferraillage”), un vaisseau lancé par le Vatican et revenant de mission (“Droits de sauvetage”) et un prophète ramené à la vie tous les 20 ans (“Incident sur Oblomov”), il leur faut toute leur chance, leur débrouillardise, sans oublier les talents d’Ella, pour s’en sortir.
Rien ne manque des marqueurs du space opera : guerre spatiale, traversée d’un champ d’astéroïdes, poursuite entre vaisseaux, race disparue... mais Eric Brown rehausse le tout avec les interactions entre les personnages, enrichies par le cas d’Ella. Ed en est amoureux et chevaleresque il n’arrive pas à faire la part des choses. En tant qu’homme et capitaine, il se fait un devoir de la protéger, alors qu’elle le dépasse de loin.
Les nouvelles s’enchaînent, prenant souvent tout leur sens prises dans la globalité du fix-up. Entre inédits et parutions en revue, Eric Brown a parfaitement monté l’ensemble qui se lit comme un roman. C’est passionnant et jamais ardu à suivre. Il renoue avec le souffle des space op d’antan, sans mettre de côté la vraisemblance. Les côtés moderne et désuet cohabitent avec harmonie.
Dans « Les ferrailleurs du vide », il y a du « Firefly ». Il y règne une douce folie, l’impression d’un immense terrain de jeu avec des équipes se chamaillant sans cesse mais soudées face à l’adversité.

« Les ferrailleurs du vide » a tout à fait sa place dans la collection Pupls. Eric Brown enchante avec ce fix-up qui combine ancien et modernité, il n’oublie pas le space op de l’âge d’or, le modernisant pour l’occasion mais sans le côté outrancier que peuvent avoir certains aujourd’hui. Les aventures défilent, les personnages séduisent, sans que cela soit gratuit, le débat sur ce qui caractérise l’humain ne se clôt jamais.
À consommer sans modération !

Maintenant, espérons qu’il ne faudra pas à nouveau attendre 20 ans pour la prochaine publication d’Eric Brown en volume...


Titre : Les ferrailleurs du cosmos (Salvage, 2013)
Auteur : Eric Brown
Traduction de l’anglais : Erwann Perchoc et Alise Ponsero pour “Exorciser ses fantômes”
Couverture : Philippe Caza
Éditeur : Le Bélial’
Collection : Pulps
Directeur de collection : Pierre-Paul Durastanti
Site Internet : Roman (site éditeur)
Pages : 272
Format (en cm) : 13 x 20
Dépôt légal : mars 2018
ISBN : 9782843449321
Prix : 17,90 €


Pour contacter l’auteur de cet article :
francois.schnebelen[at]yozone.fr


François Schnebelen
9 avril 2018






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