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Sauf
Hervé Commère
Fleuve, collection fleuve noir, policier / thriller, 268 pages, février 2018, 18,90€


Matthieu a une quarantaine d’années, il est propriétaire d’un dépôt-vente à Paris. Une amie enseignante, deux employés amicaux et fiables – Gary le gitan et Mylène la mystérieuse, dont le passé n’est peut-être pas tout à fait net – une maison, et sa vieille moto fétiche, une Triumph qui date de plus de vingt ans : la vie est simple et belle, et sans difficultés particulières. Ce qui n’est pas plus mal car le passé de Matthieu n’a pas été tout à fait rose : lorsqu’il avait six ans, ses parents sont morts dans l’incendie de leur manoir. Élevé par son oncle et sa tante, il a enfin réussi, après une adolescence difficile, à se construire une existence normale.

Et puis, d’un seul coup, cette existence paisible bascule. Une inconnue vient déposer à son dépôt-vente un album de photographies qui n’a pu qu’appartenir à la mère de Matthieu. Il y reconnaît le manoir, ses parents, lui-même. Mais d’où peut bien venir cet album alors que le manoir a brûlé de fond en comble et qu’il n’en est absolument rien resté ? Alors que dans cet incendie Matthieu a perdu tout, absolument tout de son passé, de son enfance ? Et pourquoi diable a-t-on dans la foulée cambriolé et fouillé son dépôt vente, pourquoi incendie-t-on sa maison, pourquoi cherche-t-on, peut-être, à le tuer ? Et comment se fait-il qu’apparaissent sur le réseau, sur un site consacré à l’urbex, ces fameuses explorations photographiques de demeures en ruines, des clichés montrant, sans aucun doute possible, le manoir de son enfance, parfaitement intact jusque dans ses moindres détails, comme s’il n’avait jamais brûlé, comme si des années d’abandon s’étaient écoulées les unes après les autres ?

On s’en doute : il est dès lors impossible pour Matthieu de ne pas être obsédé par ce mystère, de ne pas se replonger dans ce passé qu’il croyait définitivement enfui. Même si, de toute évidence, ce qui est en train de remonter de ce passé apparaît particulièrement dangereux. Grâce à l’aide d’un flic consciencieux, mais rapidement pressé d’abandonner l’enquête au profit d’affaires plus urgentes, de ses employés Gary et Mylène, de son amie et de la fille de cette dernière, Matthieu ira de découvertes en découvertes, dans un monde où sont enfouis bien des secrets. Qui était réellement son père, artiste peintre qui n’a rien laissé derrière lui ? Qui était vraiment sa mère, une suédoise fortunée qui se prétendait photographe ? Qui étaient véritablement son oncle et sa tante, au sujet desquels il ne savait peut-être pas tout ? Cette femme mystérieuse qui a déposé l’album photographique, est-ce elle qui bientôt sème d’autres indices ?

Comme pour beaucoup d’ouvrages appartenant aux domaines du policier et du thriller, la suspension d’incrédulité fonctionne et sa rupture ne peut venir qu’après coup, lorsque l’on a terminé le roman et que l’on y réfléchit avec un peu de recul. Il est alors possible de se dire que tout ce jeu de piste n’était pas absolument utile de la part du personnage qui a semé ici et là des indices, qu’il y avait possibilité de faire infiniment plus direct, plus simple, et que son but aurait de la sorte été atteint plus sûrement et plus facilement. Mais c’est là une des règles du genre et l’on ne saurait guère reprocher à l’auteur de ne pas s’y être plié… car sinon il n’aurait pas pu y avoir cette quête et cette enquête, une quête et une enquête qui n’emportent pas seulement le narrateur, mais aussi le lecteur.

En effet, il est difficile de ne pas être pris par l’histoire, de ne pas être happé par cette accumulation d’énigmes savamment découpée en soixante-neuf chapitres brefs. Des chapitres courts, un roman lui aussi assez court, moins de trois cents pages, qui suffirait à prouver, si besoin était, qu’il n’y a pas besoin de faire long pour être efficace. Car c’est sans les assauts de psychologie habituels que les personnages prennent vie, sans ces excès nés des ateliers d’écriture que l’on retrouve sans cesse dans les thrillers que l’intrigue prend forme. On l’avait vu avec « J’attraperai ta mort », premier roman de l’auteur : Hervé Commère sait faire bref, dégraissé, efficace. C’est avec une prose à la fois simple et fluide, sans recherche d’effets, qu’il distille les indices, entretient le mystère, l’épaissit progressivement, avant que tout ne vienne enfin s’éclaircir. De la noirceur, un peu, mais sans excès, un juste mélange de ténèbres et de lumière, de vilenies et de bonnes actions, une série de mystères et au final une histoire poignante et belle, voilà ce que nous propose Hervé Commère avec « Sauf  ». Cerise sur la gâteau, un très bon choix pour l’illustration de couverture, que les amateurs d’urbex – mais peut-être pas seulement eux – apprécieront, et qui correspond à l’essence même du roman.


Titre : Sauf
Auteur : Hervé Commère
Couverture : Urbexground
Éditeur : Fleuve
Collection : fleuve noir
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 268
Format (en cm) : 14 x 21
Dépôt légal : février 2018
ISBN : 9782265117761
Prix :18,90 €



Hilaire Alrune
21 mars 2018


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