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Solaris n°205
L’anthologie permanente des littératures de l’imaginaire
Revue, n°205, science-fiction / fantastique / fantasy, nouvelles – articles – critiques, hiver 2018, 160 pages, 12,95$ CAD

Feldrick Rivat, voilà un nom qui ne m’est pas inconnu et dont je serais pourtant bien en peine de donner un titre d’œuvre. Ce numéro de « Solaris » me permet de réparer cette lacune. “Le contrat Antonov-201” a remporté la seconde édition du Prix Joël-Champetier. Cette nouvelle se déroule dans un Paris alternatif du début XXe. La pluie incessante depuis l’exposition universelle de 1889 a modifié la ville, une partie étant immergée. Alexandre Antonov veille justement à l’étanchéité des passages, mais il a plus d’ambition et demande à entrer aux Cuprifères. Une fois sa demande acceptée et le rendez-vous chez le notaire honoré, une nouvelle vie commence pour lui. Enfin, si on peut encore parler d’une vie...



Le dépaysement s’avère total ! Il ne s’agit en aucun cas d’un steampunk light avec quelques machines originales à vapeur à la clé pour être dans le thème. Feldrick Rivat dresse un cadre complètement chamboulé avec une cité en partie sous l’eau, des morts à la recherche d’un corps à habiter, les tours des Cuprifères... Alexandre sort de son boulot ingrat, mais à quel prix !
Dès l’entame, c’est un feu d’artifice pour que les lecteurs perdent leurs repères et découvrent une ville différente. Le récit étant passionnant, l’ensemble nous amène très loin dans l’imaginaire et le mot de la fin laisse sur un sentiment d’admiration. La nouvelle “Le contrat Antonov-201” est excellente et passer à une autre demande un temps de repos pour que l’esprit puisse quitter ce Paris alternatif.

Fort à propos, les critiques de livres débutent par les trois titres « La 25e heure », « Le chrysanthème noir » et « Paris-Capitale », trois romans de l’auteur publiés chez L’Homme sans Nom, respectivement en 2015, 2016 et 2017. Élisabeth Vonarburg les traite sur quatre pages et dit du bien de ces romans se passant justement dans ce Paris si décalé. La richesse de l’arrière-plan est telle qu’il n’est en rien étonnant que Feldrick Rivat s’en est servi dans le cadre de sa nouvelle. C’est très réussi et gageons que plus d’un lecteur lorgnera du côté de ces livres.
Une belle découverte !

“Ici ou là-bas” s’avère aussi une belle surprise. Nicolas mène une double vie, ce Québécois se partage entre son existence de tous les jours avec son boulot et sa vie de mercenaire lors de la guerre d’indépendance au XVIIIe siècle. Il y loue ses services de combattant et s’y est fait un redoutable ennemi qui crie vengeance. Ces fuites ne s’apparentent en rien à des rêves, échappent à tout raisonnement cartésien, mais cela fonctionne. Le chassé croisée temporel et la période historique ciblée apportent du piment au récit bien vu de Jérémie Bourdages-Duclot.
“Les réalités aléatoires” de Samuel Lapierre ne manque pas d’intérêt non plus. Cette histoire d’héritiers testamentaires chargés à chaque génération de publier un nouveau roman inédit d’un lointain aïeul disparu intrigue au plus haut point. L’explication, tout en élégance, laisse une très belle impression.

“L’orthographe de la crique” n’est pas facile à appréhender. Cette communauté d’êtres contrefaits pour coller à une fonction bien précise délivre son lot d’images fortes, mais j’ai eu du mal à avoir une vue d’ensemble et à comprendre où voulait en venir Julien Chauffour. Toutefois, il y a vraiment de l’idée et il peut revenir à cette création à l’avenir, le potentiel est là.

Hugues Lictevout nous transporte sur une planète soudain privée de toutes communications avec l’extérieur. Les connectés entre eux, permettant l’existence du narrateur, voient leur mode de vie menacé. L’auteur de “La force des Huit” a imaginé des développements qui ne fonctionnent pas, il cherche à choquer à tout prix le lecteur, sans que la sauce ne prenne. Un texte peu inspiré.
J’ai presque envie de dire la même chose de “Mises à jour” d’Enola Deil, dans laquelle ce ne sont pas des Dieux parmi nous mais des envoyés qui s’estiment oubliés. Le coup de dépoussiérage final, en rapport avec le titre, n’a pas réveillé mon intérêt.
Deux textes mineurs du sommaire, pourtant de deux auteurs qui ont du potentiel, mais ne l’exploitent pas toujours à bon escient.

Mario Tessier ne déçoit jamais, chaque nouvelle livraison des “Carnets du Futurible” apporte son nouveau lot de découvertes. Dans la présente, il évoque la revue de SF « Omni » (1978 - 1995) qu’il regrette toujours. C’est vrai qu’à le lire, elle avait une patte vraiment originale : très graphique, des articles de vulgarisation scientifique, des nouvelles de haut vol.

Dans la partie critiques, chaque recension d’ouvrage dépasse allègrement une page, ce qui limite forcément le nombre de livres chroniqués. D’ailleurs, « Solaris » a justement décidé de se consacrer exclusivement au vecteur écrit, abandonnant la rubrique “Sci-néma” animée par Christian Sauvé.

Deux noms ressortent vraiment de ce numéro : Feldrick Rivat, le lauréat du second Prix Joël-Champetier, et Mario Tessier. Les nouvelles, hélas, alternent le bon et le moins bon.


Titre : Solaris
Numéro : 205
Direction littéraire : Jean Pettigrew, Pascale Raud, Daniel Sernine et Élisabeth Vonarburg
Couverture : Émilie Léger
Type : revue
Genres : nouvelles, articles, critiques
Site Internet : Solaris ; numéro 205
Période : hiver 2018
Périodicité : trimestrielle
ISSN : 0709-8863
Dimensions (en cm) : 13,2 x 20,9
Pages : 160
Prix : 12,95 $ CAD



Pour écrire à l’auteur de cet article :
francois.schnebelen[at]yozone.fr


François Schnebelen
10 mars 2018






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