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Phil, une vie de Philip K. Dick
Laurent Queyssi et Mauro Marchesi
21g

Les éditions “21g” se consacrent aux destins exceptionnels d’hommes et de femmes qui ont changé le monde. Dans les albums déjà parus figurent des titres sur Albert Einstein, Gustave Eiffel, Mère Teresa, Nelson Mandela, Gandhi, le footballeur Pelé, Rodin... Les sciences, les prix Nobel de la paix, le sport, les artistes, autant de thématiques au cœur d’épais albums.
Pour débuter 2018, deux écrivains chers aux amateurs des genres de l’imaginaire débarquent chez les libraires : fin janvier, Philip K. Dick et début février, H. P. Lovecraft.
Et pourquoi ce nom de “21g” ? D’après les travaux fantaisistes du docteur américain Duncan McDougall à la fin du XIXe siècle, il s’agirait de la masse de matière qui disparaîtrait mystérieusement dans un dernier souffle, donc rien de moins que la masse de l’âme !



Si l’on aime la science-fiction, impossible de passer à côté d’un auteur tel que Philip K. Dick (1928 - 1982). Des romans tels que “Ubik”, “Le maître du haut-château”, “Le Dieu venu du Centaure”, “Dr Bloodmoney”... ont marqué les lecteurs. Pourtant en couverture, un macaron jaune imprimé ne fait mention que de “Ubik” aux côtés de “Blade Runner”, “Minority Report” et “Total Recall”, soient trois films inspirés de son œuvre. Le titre de son roman “Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?” a ainsi glissé vers “Blade Runner”, plus porteur, car faisant référence au film de Ridley Scott.

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Intelligemment, Laurent Queyssi en charge du scénario, débute par la rencontre en décembre 1981 entre Ridley Scott et Philip K. Dick pour une projection privée d’une partie du film. L’auteur est emballé, un nouvel avenir s’offre à lui, mais janvier 1982 lui est fatidique... En fil rouge, il apparaît souvent sur son lit de mort, appelant à l’aide, ce qu’il a peut-être fait toute sa vie...

Rien que sa naissance est déjà tragique, endeuillée par la perte de sa sœur jumelle. D’une santé fragile, il s’est découvert très tôt une passion pour la musique et l’écriture. C’est d’ailleurs dans le magasin de disques où il travaillait qu’il a rencontré Kleo, sa première femme. La première d’une longue liste de conquêtes avec une nette préférence pour les jeunes femmes aux cheveux noirs, comme s’il refusait de voir le temps passer en gardant le même type de compagnes à ses côtés.
D’un caractère difficile, elles l’ont souvent quitté, n’en pouvant plus. Pour ceux qui s’intéressent à l’auteur, il est connu qu’il était pour le moins paranoïaque, persuadé qu’il était d’être espionné sans cesse par tous les groupes imaginables. L’absorption de drogues ne l’aidait pas à avoir l’esprit clair. Pour survivre, il multipliait les manuscrits car, de son vivant, sa notoriété aux USA était loin d’atteindre celle de beaucoup de ses confrères. Il était bien plus reconnu en France que dans son pays. Les débuts ont d’ailleurs était difficiles, il a essuyé nombre de refus avant que sa première nouvelle soit acceptée. À son grand désarroi, il n’arrivait pas à publier en littérature générale, seules ses histoires de SF étant acceptées. Puis ces dernières ne payant plus assez, il a dû passer au roman pour gagner davantage.

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Sa vie était mouvementée, il ne supportait pas la proximité, déménageait de ce fait souvent. L’être était torturé, tourmenté par une vision pessimiste du monde qui complotait contre lui, et il fuyait cette réalité à travers les médicaments, les drogues, multipliant les points de vue pour cerner le problème insoluble qui le minait sans cesse. Bon nombre de ses écrits s’en ressentent : la même scène présentée par plusieurs protagonistes (“Glissement du temps sur Mars”), plongée dans le délire pendant des dizaine de pages (“Mensonge et Cie”)... Ses expériences mystiques rejaillissent aussi dans la fin de sa bibliographie et j’avoue ne jamais avoir eu l’envie d’ouvrir sa “Trilogie divine”, sans parler de son “Exégèse”.
Laurent Queyssi a réussi à cerner le personnage, à retracer sa vie aux allures de tragédie permanente, revenant souvent sur cette image de Dick sur son lit de mort, un destin inéluctable tant il se détruisait à petit feu.

Sans faire trop réaliste, Mauro Marchesi croque parfaitement Philip K. Dick et les auteurs croisés dans les pages. Il propose un dessin aux couleurs claires et en feuilletant la BD, il en ressort une impression de luminosité, en opposition à une vie tourmentée, peut-être émaillée de nombreuses joies (rencontre, naissance d’un enfant, manuscrit accepté...) mais à la tonalité globalement négative à mon sentiment. Pourtant, de cette difficulté à l’affronter ou peut-être à cause de cette difficulté, se dégage une œuvre de toute beauté, fascinante et qui n’a pas fini d’inspirer les scénaristes pour le cinéma et la télévision. Le graphisme est aussi le reflet de cette époque allant des fifties aux seventies et me semble adapté au sujet.

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“Phil, une vie de Philip K. Dick”, un titre révélateur sur la multiplicité que recelait l’auteur en parlant d’un temps orthogonal au nôtre, retrace l’existence de cette étoile au firmament science-fictif. L’exercice était difficile, pour ne pas dire casse-gueule, mais Laurent Queyssi s’en tire très bien au niveau du scénario, le jalonnant des étapes importantes, cernant ainsi le personnage auquel le dessin et les ambiances de Mauro Marchesi donnent vie.

Découvrez le fleuve loin d’être tranquille de la vie de Philip K. Dick dans cet album, une initiative à saluer et à encourager, et lisez ses romans pour connaître l’imaginaire caché derrière les films et autres séries qu’il a inspirés.


Phil, une vie de Philip K. Dick
- Scénario : Laurent Queyssi
- Dessins : Mauro Marchesi
- Couleurs : Mauro Marchesi et Studio Haus
- Éditeur : 21g
- Dépôt légal : 18 janvier 2018
- Pagination : 144 pages couleurs
- Format : 18 x 27 cm
- ISBN : 9791093111193
- Prix public : 22 €


Illustrations © Mauro Marchesi et 21g (2018)



François Schnebelen
23 janvier 2018




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