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Rat dans le Crâne (Un)
Rog Phillips
Editions de l’Oeil du Sphinx

Poursuivant sur la lancée initiée avec le dernier Wendigo qui ambitionne de promouvoir les auteurs américains de l’immédiat après-guerre, Richard D Nolane nous invite à découvrir un écrivain relativement méconnu en France : Rog Phillips.



Rog Phillips fut révélé dans notre beau pays par le Fleuve Noir Anticipation, avec une traduction à l’emporte-pièce de son roman « Piège dans le Temps  ». Il apparut aussi occasionnellement aux sommaires de Fiction et de Hitchcock Magazine.
Autant dire que pour le lecteur de SF fraîchement émoulu, nous avons affaire à un inconnu. Rog Phillips publia l’essentiel de son œuvre dans les années 40 et 50 dans Amazing Stories et Fantastic Adventures. On pourrait penser que l’eau qui coule sous les ponts a quelque peu érodé ces récits anciens, or il n’en n’est rien ! Richard Nolane a tout à fait raison de les exhumer car leur intérêt ne réside pas uniquement sous l’angle de la curiosité. En effet, ce qui interpelle, c’est la fraîcheur de l’écriture, le déroulement habile d’intrigues qui, sans être exceptionnelles n’ont absolument rien de démodé. J’irai même jusqu’à penser que ces textes sont comme le bon vin et se bonifient avec le temps.
Ce petit volume rassemble quatre récits tous forts différents les uns des autres. « Un rat dans le crâne », s’il avait été traité à la manière alors en vigueur dans les années 50, avec force détails scientifiques, serait aujourd’hui complètement désuet. Cette histoire somme toute invraisemblable de rat incorporé dès sa naissance dans un automate, fait de cet animal un compromis entre une intelligence artificielle et biologique. Il reste que l’argument scientifique apparaît en pointillés et échappe donc aux ravages du temps. L’accent est mis sur les personnages et on retiendra en particulier le comportement singulier de la femme du héros de cette histoire, tout à fait à contre-courant des postures de l’époque. L’auteur dénonce également la cruauté du traitement réservé aux animaux de laboratoire.
« Les anciens martiens  » illustre bien ce côté atypique de Rog Phillips. Je me demande même si celui-ci n’a pas souffert à l’époque de ce décalage par rapport à ce qu’écrivaient ses confrères. Ne participant ni de Bradbury ni de Brackett, cette nouvelle présente Mars et ses anciens habitants sous un angle totalement inédit. Assez envoûtant.
J’ai beaucoup aimé « La galerie », encore une fois en raison de la capacité d’invention de og Phillips et par l’humanisme de son récit. Ici, dans une petite ville américaine, une artiste extra-terrestre tire le portrait de ses habitants. Les photos sont un peu particulières et ne se contentent pas de renvoyer la seule image physique du modèle. Un texte plutôt fort et étonnant.
Mais ma préférence va à « Les parias » qui clôture ce petit recueil. L’histoire raconte les mésaventures d’un couple de mutants en fuite. On pourrait évidemment penser que l’histoire tourne autour de leur traque, et si cet aspect-là n’est pas absent, ce sont d’abord les sentiments et les envies qu’ils éprouvent qui figurent au premier plan. Il se dégage de ce récit une impression de mélancolie, d’amertume et en même temps d’espoir. Très réussi.
Initiative heureuse donc que ce volume qui devrait être suivi par un autre avec Murray leinster et Philip M Fisher Jr au sommaire.


Titre : Un rat dans le crâne
Auteur : Rog Phillips
Traduction : Martine Blond et Richard D. Nolane
Éditeur : Éditions de l’Oeil du Sphinx
Collection : Vintage Fiction
Présentées par : Richard D. Nolane
Format (en cm) : 22,6 x 17,2
Pages : 130
Dépôt légal : novembre 2017
N° ISBN : 9791091506755
Prix : 10 €



Didier Reboussin
27 janvier 2018


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