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Shadow Magic, tome 1
Joshua Khan
Seuil, Jeunesse, roman traduit de l’anglais (Grande-Bretagne), 378 pages, septembre 2017, 17€

Dans les six royaumes, on s’apprête à sceller la paix entre Géhenne, le royaume de la mort, et Lumina, celui de la vie. Alliance qui passera par un mariage, celui la jeune Lilith Ombreuse, dernière descendante de la famille régnante suite au meurtre de ses parents et de son frère, avec Gabriel, l’un des princes Solaire de Lumina. Une perspective qui n’enchante guère la jeune fille, tout à son chagrin, mais elle doit prendre ses responsabilités et assurer l’avenir de son peuple. Mais cette union lui paraît clairement défavorable à Géhenne.
Pendant ce temps, Tyburn, son Maître espion, voire assassin, recherche les coupables du régicide. Il prend à son service le jeune esclave Ronce, un ado rebelle et impertinent qui tait son passé et les raisons de son exil loin de chez lui.
Malgré leurs rangs différents, la perte de leurs parents rapprochent Ronce et Lilith. Bientôt rejoints par K’leef, jeune otage du peuple du désert auprès des Solaire, ils vont tenter d’élucider les complots qui se trament autour du mariage, et découvrir qui a tenté d’empoisonner Lilith le soir des noces !



Premier roman de Joshua Khan, « Shadow magic » est captivant. S’il s’avère le premier tome d’une série, sa fin ouverte permet néanmoins de l’apprécier seul. Un plus appréciable, surtout quand on ne sait quand paraîtra la suite...
Si on nous parle de 6 royaumes, avec à leur tête des familles de sorciers dominant un élément (Feu, eau, terre, air, vie et mort), non n’en verront que trois, et tout se passe à Géhenne, royaume de la mort qui rappellera avec délices les décos de « l’Étrange Noel de Mr Jack » de Tim Burton. Les dénominations, toutes évocatrices (Château-lugubre, la colline des pendus, le cimetière des larmes, etc.), dépeignent des paysages en noir et... marron ? vert marais ? gris poussière ? Chouette ambiance tut en nuances sombres.
Malgré tout, c’est chez Lilith, et à suivre la jeune fille on s’y acclimate, pour se concentrer sur ses autres soucis. La mort de son père a décapité le pouvoir, celle de son frère fragilisé la succession. Ne restent qu’elle et son oncle Pandémonium, raté de la famille et alcoolique semi-permanent. En tant que fille, Lilith n’a pas été initiée à la magie de mort ancestrale, qui de toute façon s’étiole de génération en génération. Là où ses aïeux levaient des armées de morts-vivants, son père peinait déjà à maintenir leur majordome zombie. Une faiblesse supplémentaire face aux ambitions politiques et militaires de Lumina, dont le pouvoir semble irradier, symbole de la vigueur de leur lignée. On découvrira, bien sûr, que la réalité est plus nuancée...

Avec K’leef, on rentre davantage dans les arcanes politiques. Otage, sa situation est précaire, et se retrouver à participer aux manigances de Lilith - ce qui commence par danser avec elle ! - le met mal à l’aise. Apparemment un peu poltron, il va doucement prendre confiance en lui. Et il est plus au cœur de l’intrigue qu’on le pense.

Aux côtés de Lilith, le héros, c’est Ronce. Un rien risque-tout, il n’a pas sa langue dans sa poche et n’hésite pas à provoquer, faisant descendre les paladins de Solaire de leur piédestal jusque dans le crottin. Particulièrement adroit avec un arc, il va s’attirer quelques jalousies. Comme si être l’apprenti de Tyburn n’y suffisait pas ! Mais derrière cette insouciance et ce franc-parler se cachent une fêlure : Ronce est à la recherche de son père, exilé pour s’être accusé d’une faute commise en fait par son fils. Ce père disparu semble être le seul sujet capable de le déstabiliser, et là encore, rien n’est laissé au hasard par Joshua Khan, tout s’emboîte avec une précision que n’aura d’égale que sa cruauté.

Et c’est ce qu’on retiendra de ce roman : c’est fort bien ficelé, mais sans rien de superflu. L’intrigue est dans la veine des complots à la « Game of Thrones », avec des fausses pistes, l’ambiance burtonnienne, les héros sont de purs jeunes adultes, capables de la plus grande insouciance comme des plus grandes responsabilités, avec la conviction et les frayeurs qu’elles provoquent. Les personnages secondaires ne sont pas en reste : Tyburn se glisse sans mal dans l’archétype visuel du maître espion, à les fois les multiples yeux et le bras occulte du pouvoir de Géhenne, père de substitution et mentor pour Ronce comme Lilith. L’oncle Pan cache bien son jeu également, plus lucide qu’il n’y paraît derrière son ivresse, et sera tantôt émouvant, tantôt effrayant.

Enfin signalons la qualité du fond, avec des aspects politiques, sociaux certes pas neufs (le rang inférieur des filles, la valeur marchande des cadets, les otages politiques, la pression sur les épaules des enfants nobles, leur isolement...) mais fort bien traités.

Une lecture fort appréciée, donc, dont je ne rechignerai certes pas à dévorer la suite, « Dream Magic », sitôt qu’elle sera traduite.


Titre : Shadow Magic (Shadow Magic, 2016)
Série : Shadow Magic, tome 1
Auteur : Joshua Khan
Traduction de l’anglais (GB) : Amélie Sarn
Couverture : Ben Hibon
Éditeur : Seuil
Collection : Jeunesse
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 378
Format (en cm) :
Dépôt légal : septembre 2017
ISBN : 9791023507225
Prix : 17 €



Nicolas Soffray
18 décembre 2017






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