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Fils (Le)
Jo Nesbø
Gallimard, Folio Policier, n°840, roman traduit du norvégien, policier, 620 pages, octobre 2017, 8,80€

En échange d’héroïne, Sonny Lofthus purge des peines de prison pour des crimes qu’il n’a pas commis. Le suicide de son père, alors policier et qui avouait dans une lettre être une taupe, l’a miné et il se détruit à petit feu comme pour expier un passé dont il n’est pas responsable.
Quand un autre prisonnier lui avoue que les choses ne se sont pas passées comme tout le monde l’a pensé, Sonny change du tout au tout. Il est temps pour lui de rétablir la vérité et de laver l’honneur de son père.
Avec son évasion débute sa terrible vengeance.



Né en 1960 à Oslo, Jo Nesbø est célèbre pour les aventures de l’inspecteur Harry Hole, traduites en près de 50 langues et vendues à plus de trente millions d’exemplaires. « Le fils » n’appartient pas à cette série, contrairement à « La soif », paru le même jour dans la collection Série Noire de Gallimard.

L’appellation « le fils » désigne Sonny Lofthus, dont le père Ab s’est soi-disant suicidé. Alors qu’au début, il apparaît comme une larve juste bonne à écouter les autres détenus et à se shooter, les révélations qui lui sont faites le réveillent et le sortent de sa léthargie. Une volonté de fer l’anime alors et attention à ceux qui ont brisé sa vie !
Ce qui est intéressant, c’est son innocence à sa sortie. D’une part, il était emprisonné pou des crimes qu’il n’avait pas commis, d’autre part, ayant passé la moitié de sa vie derrière les barreaux, il découvre une société qui a beaucoup changé (smartphone, Internet...). Il s’agit d’une renaissance pour lui, mais Joe Nesbø l’a voulue ambigüe. Tel Janus, Sonny affiche un double visage : celui d’un enfant tout à sa découverte et celui d’un redoutable tueur sans pitié qui crie vengeance. La dichotomie est d’autant plus troublante quand il rencontre Martha, une jeune femme responsable d’un foyer d’accueil pour junkies. Sonny souffle le chaud et le froid, il éveille des sentiments ambivalents.
L’inspecteur Simon Kefas a bien connu son père. Lui aussi traîne ses propres démons, notamment celui du jeu qui l’a ruiné dans tous les sens du terme. Reconnu pour sa probité, son sens du devoir et sa lutte contre la criminalité, il voit en Sonny le fils d’un ancien ami, mais aussi la possibilité de faire tomber des gros bonnets en suivant sa trace. Ses motivations restent floues aux lecteurs comme à sa jeune coéquipière Kari Adel.
Les acteurs principaux du drame sont entiers, bien décrits et apportent du relief au récit. Par contre, le lecteur doit rester attentif, car les intervenants sont nombreux et il est facile de perdre le fil avec tous les noms évoqués.

L’intrigue s’avère complexe, Joe Nesbø prend le temps de la développer, notamment au début avec la présentation de Sonny pour mieux montrer le changement. Il l’étaye de nombreux détails qui enrichissent le roman. Il faut d’ailleurs se méfier des apparences, car rien n’est à prendre au pied de la lettre. Chaque personnage abrite sa part d’ombre qui le situe sur le fil du rasoir. Et la fin apporte son lot de révélations remettant en cause ce qui précédait et poussant le lecteur à s’interroger sur ce qu’il croyait auparavant.
Joe Nesbø est maître dans le suspense et dans la tension qui monte. La piste de Sonny est parsemée de meurtres sanglants, il ne fait pas dans la dentelle, même s’il s’en excuse presque auprès de ses victimes. La fin justifie les moyens. Le déroulement ne connaît quasi pas de temps morts, traduisant le fait que Sonny doit toujours être en alerte. Rares sont les moments où il peut s’abandonner et redevenir l’enfant qui a été brisé par la mort de son père.
Tous les personnages sont prisonniers de leur passé et ce dernier ne s’efface pas telle une ardoise. Un jour, il resurgit à la surface et il faut payer.

« Le fils » prouve sans problème que Joe Nesbø peut tenir en haleine les lecteurs sans que l’inspecteur Harry Hole soit de la partie. Servie par une écriture efficace, l’histoire se révèle aussi redoutable que passionnante, les personnages sont complexes, le déroulement est implacable, souvent violent et recelant sa part de révélations. « Le fils » n’épargne personne et c’est ce qui le rend si prenant.

Un très bon roman indépendant pour découvrir Joe Nesbø et devenir fan !


Titre : Le fils (Sønnen, 2014)
Auteur : Jo Nesbø
Traduction du norvégien : Hélène Hervieu
Couverture : D’après photo © Triocean/Istock.
Éditeur : Gallimard (1ère édition française : Gallimard Série Noire, 2015)
Collection : Folio Policier
Site Internet : Roman (site éditeur)
Pages : 620
Format (en cm) : 10,9 x 17,8
Dépôt légal : octobre 2017
ISBN : 9782072746024
Prix : 8,80 €


Pour écrire à l’auteur de cet article :
francois.schnebelen[at]yozone.fr


François Schnebelen
31 octobre 2017






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