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Malédiction de Gustave Babel (La)
Gess
Delcourt

Depuis une sinistre nuit, le 24 janvier 1889, Gustave Babel a perdu tous ses souvenirs d’enfance. En fait, les premiers dont il se souvient remontent à encore plus tard, une autre nuit où il fût retrouvé errant à demi nu dans Saint-Ouen. L’hypnotiseur, un tueur redoutable qui l’avait pris sous sa coupe, venait de mystérieusement disparaître et la vie de Gustave Babel put alors commencer. Il allait devenir un des exécuteurs des basses œuvres de la Pieuvre, une mafia parisienne.



Mais d’abord, qui est ce Gustave Babel ?
Revenons donc au début, une fin qui est un recommencement. Gustave Babel se meurt. Réfugié en Argentine pour fuir cette mafia, il vient de se faire abattre en ce jour de 1925.

Un enfant, un flingue et tout est fini. Mais dans son agonie, sans douceur, sans frayeur non plus, l’homme se met à rêver, avec cette musique lancinante en tête des vers d’Une Charogne de Charles Baudelaire. Et le voilà parti en quête de ces souvenirs qu’il a toujours cru à jamais perdus, avec cette date obsédante qui marqua toute sa vie, ce 24 février 1889.
Que s’est-il donc passé ce 24 février 1889 ?

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Gustave Babel à un immense talent. Il comprend et parle toutes les langues. La Pieuvre y voit un immense avantage. Elle peut l’envoyer par le monde entier abattre, égorger, éliminer toute cible qu’elle lui indique. Et Babel n’a jamais loupé un contrat, en tueur froid et méthodique.
Mais ces rêves qui précèdent sa mort le renvoient au temps où tout s’est mis à dérailler. Un premier contrat loupé, près de Glasgow en 1913.

Il devait tuer un certain Hughtington. Oh ! Ce n’était pas de sa faute, l’homme s’était éteint, dans son sommeil, deux jours plus tôt. C’est à partir de ce moment là que Gustave Babel reprit le chemin du rêve, jusqu’alors totalement absent de son sommeil. Seule cette date, seul Baudelaire !
Sur les territoires des morts, de ceux qu’il ne pût volontairement précipiter dans un trépas assassin, Gustave Babel accède peu à peu aux pièces manquantes de sa vie, reconstruit un passé détruit et se découvre une âme.

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Dessinateur brillant de Carmen Mc Callum, puis du monde remarquable de “La Brigade chimérique” (construit avec Serge Lheman, qui préface cet ouvrage), Gess se lance en solo avec “Les Contes de la Pieuvre”, dont “La Malédiction de Gustave Babel” est le premier récit. Il construit pièce après pièce une œuvre originale où s’immiscent rêves, fantômes, réalité meurtrière, vie estropiée, mémoire délavée, absence de passé, recherche de l’enfance, d’une mère, d’une innocence perdue. Son style graphique est épatant, fil fantasmatique qui se déroule entre réalité et flottement dans les ombres, l’ouate ténébreuse et morbide de ce monde à reconstruire, celui de Gustave Babel.

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Gess s’appuie sur une mise en couleurs monochrome ou bichrome marquant les moments de rêve, de révélation, de meurtres loupés d’une couleur singulière. Seule la vie, après la révélation, s’illuminera d’une gamme chromatique entière dans ce bonheur argentin marqué par l’amour, là où le vrai talent de Babel, celui des langues, sera enfin constructif.

“La Malédiction de Gustave Babel” n’est pas la révélation du talent de Gess, elle en est une confirmation éclatante et donne terriblement envie de découvrir d’autres “Contes de la Pieuvre”. C’est un grand et bel album, bercé par la sombre poésie de Baudelaire, magnifique complément littéraire à une bande dessinée subtilement écrite et mise en images. « Tout ce qu’on aime est dans Babel », dit Serge Lehman. Je partage absolument cet avis, face à un livre aussi intelligent que superbement réalisé.

Un des grands coups de cœur de l’année... magnifiquement mis en valeur par l’éditeur dans sa robe lie de vin à dos toilé rouge.


La Malédiction de Gustave Babel
- Scénario, dessin et couleurs : Gess
- Éditeur : Delcourt
- Pagination : 200 pages couleurs
- Format : 19,8 x 26,3 cm
- Dépôt légal : 22 janvier 2017
- Numéro ISBN : 9782369810698
- Prix public : 22,95 €


Illustrations © Gess et Éditions Delcourt (2017)


Fabrice Leduc
13 octobre 2017






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