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Chat qui venait du ciel (Le)
Hiraide Takashi
Éditions Philippe Picquier, roman traduit du japonais, autobiographie/merveilleux, octobre 2017, 132 pages, 13€

Locataire d’un petit pavillon, un jeune couple, tous les deux auteurs, vit humblement sans grande ambition. Ils ne désirent pas d’enfant, ce qui convient très bien à la propriétaire de la vieille maison japonaise entourée d’un grand jardin.
L’arrivée d’un chat chamboule leur quotidien. L’animal surgi d’on ne sait où prend de plus en plus de place dans leur vie, les aidant à affronter les jours et aussi à prendre des décisions importantes.



Les Éditions Philippe Picquier sont spécialisées dans la littérature asiatique quel qu’en soit le genre. « Le chat qui venait du ciel » qui connaît là sa troisième édition se situe justement à la croisée des genres, ce roman de Hiraide Takashi, traduit du japonais, est largement autobiographique, le mystère entourant le chat relève du merveilleux, la minutie des descriptions prête à la contemplation tel un jardin zen.
De plus, la présente édition est agrémentée de nombreuses illustrations intérieures de Qu Lan : quelques dessins pleine page du meilleur effet, des silhouettes de chat, des traces de pas de félin... renforçant le texte et rapprochant l’ouvrage d’un beau livre.
L’œil est immanquablement attiré par ces multiples dessins constituant autant d’étapes dans le texte, d’interludes également propices à la contemplation. Ils incitent à prendre le temps, à ne pas lire à toute vitesse le roman pour l’avoir fini au plus vite avant de passer à un autre. L’ambiance créée à force descriptions pour bien s’immerger dans les lieux et le quotidien du couple se prête à la rêverie.

L’irruption soudaine du chat surnommé Chibi enrichit le cadre du récit, il révèle par son innocence une beauté auparavant cachée. Tout petit tout mignon, chacun aurait envie de le câliner, mais il ne miaule jamais et n’accepte pas d’être pris dans les bras. Pourtant il s’impose dans le couple qui bizarrement n’en est pas le propriétaire. Un petit garçon du voisinage l’ayant aperçu a dit : « je veux avoir ce chat ! ». Chibi navigue entre deux maisons, deux familles, sans qu’aucune ne côtoie l’autre ou ne sache vraiment ce qu’il fait lors de ses absences.

Les protagonistes se révèlent vraiment aux lecteurs à travers le chat. À son contact, le jeune couple évolue, leurs priorités changent aussi, des moments sont réservés à Chibi, un coin où il peut se reposer quand il le souhaite est aménagé. Il est facile de faire le parallèle avec un enfant, d’y voir une métaphore : tous deux agissent comme s’ils chérissaient leur progéniture, mais sans en avoir les inconvénients, le chat est autonome, quémandant finalement juste une présence.

Hiraide Takashi offre un havre de paix aux lecteurs : le jeune couple travaille à domicile même s’il vit chichement de ses revenus, le décor enchanteur semble à l’abri du monde extérieur... Par contre, l’auteur n’en oublie pas les réalités de la société japonaise. La flambée des prix à la fin des années 80 entraîne un hausse importante des loyers, du prix des terrains et poussent de nombreux habitants vers l’extérieur des villes. Le vieillissement de la population est aussi d’actualité avec les propriétaires obligés de quitter les lieux qu’ils ne peuvent plus entretenir ni assumer. Un autre aspect non éludé, c’est aussi que rien n’est appelé à durer, surtout le bonheur et que celui-ci passe par des hauts et des bas, que tout est éphémère et qu’il faut donc profiter de chaque instant. Même une certaine forme de jalousie est évoquée en ces pages.

« Le chat qui venait du ciel » se révèle riche en enseignements. Il se prête à la contemplation à travers les descriptions omniprésentes pour planter le décor et s’y immerger pleinement, ainsi que par les superbes illustrations de Qu Lan donnant vie au texte. Il faut prendre le temps, s’imprégner de l’ambiance. La présence du chat fédère, elle apporte un éclairage nouveau au quotidien et montre comment un rien peut embellir une vie dont chaque instant mérite d’être vécu à fond.
Hiraide Takashi nous offre un autre regard venu du Japon, celui d’un poète sur un fragment de son passé et non dénué de nostalgie sur la fuite du temps et les impératifs de la société japonaise.


Titre : Le chat qui venait du ciel (Neko no kyaku, 2001)
Auteur : Hiraide Takashi
Traduction du japonais : Elisabeth Suetsugu
Couverture et illustrations intérieures : Qu Lan
Éditeur : Éditions Philippe Picquier
Pages : 132
Format (en cm) : 16 x 22
Dépôt légal : octobre 2017
ISBN : 9782809712865
Prix : 13 €


Pour écrire à l’auteur de cet article :
francois.schnebelen[at]yozone.fr


François Schnebelen
5 octobre 2017






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