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Agence Pinkerton (L’), tome 4 : Le Totem du Peuple sans Ombre
Michel Honaker
Flammarion, roman (France), western fantastique, 246 pages, avril 2013, 13€

Un an a passé depuis que Chicago a été ravagée par les flammes. Les Pinkerton participent au maintien de l’ordre, mais sont toujours mal vu. La récente célébrité de Neil, ses francs succès d’enquêteur obtenu grâce à son don, poussent Allan Pinkerton, le mystérieux patron de l’Agence, à le renvoyer se faire oublier un peu, très loin… au Canada, sur les rives du lac Okanagan, dans cette Colombie-Britannique encore sauvage, ce « Wild » où ils avaient traqué leurs ennemis, et perdus quelques amis…



Dernier tome de la série « L’agence Pinkerton », « Le Totem du Peuple sans Ombre » a laissé couler un peu d’eau sous les ponts. Le temps pour Chicago de se reconstruire, pour Neil et ses équipiers de digérer leur victoire contre la Brigade Pâle. Et de faire des choix. Si Neil demeure fidèle à la Branche Spéciale, Elly jette l’éponge et retourne à ses envies de spectacles, Gideon Cross préfère se fixer en Californie…
Neil pénètre un peu plus dans les arcanes de la politique. Approché par le directeur de la Compagnie de l’Hudson pour enquêter sur des disparitions survenus dans une colonie en plein Wild, il n’est guère surpris que son directeur, homme d’affaires entre autres, lui confie cet te mission. Son voyage est néanmoins tumultueux, avec un étrange rêve où il se voit adoubé agent. Ou au contraire recalé. Davantage encore que dans les tomes précédents, le fantastique est très présent dans ce western épuré et dépouillé de ses ors. Le don de Neil s’accentue : en plus des objets, il arrive à avoir des visions par d’autres contacts, y compris un cadavre. Très vite, le Puha, ce talent d’ubiquité, n’est plus l’apanage du directeur, et à certaines réflexions de ses proches, Neil peine à croire qu’il en est victime, incapable de le maîtriser ou de garder le moindre souvenir de ses actions « ailleurs ». Enfin, le Naitaka, cette créature serpentiforme, faite d’énergie néfaste, qui hante le lac Okanagan et enlève des hommes pour les noyer.
Il est vrai que j’ai pris du retard pour la lecture de ce dernier volume (qui date de 2013), mais outre qu’on y reprend immédiatement ses marques (grâce si besoin à un petit résumé des événements), la césure initiale d’un an après les faits du tome 3 encourage une telle pause. De plus, la lecture récente de « Les Rêves Rouges » de Jean-François Chabas, qui se déroule sur les rives du même lac, à notre époque, avec la même créature mythologique donne une saveur supplémentaire à ces retrouvailles entre Neil Galore et le Naikata.

Si l’aventure est moins épique et explosive que dans « Le Complot de la Dernière Aube », enquête dans le Wild encore enneigé oblige, on y retrouve les éléments qui nous avaient séduit dès Le Châtiment des Hommes-Tonnerres : des paysages sauvages, désertiques, dépouillés mais grandioses dans leur immensité ; un regard totalement désabusé sur la construction de l’Amérique. Michel Honaker reprend fait et cause pour les Natifs, ici encore dépouillés de leurs terres ancestrales où les Blancs comptent bien exploiter le sous-sol riche en ressources précieuses, filons d’or et d’argent. Et mépris, bien sûr, des croyances locales, des forces naturelles et d’un quelconque équilibre entre l’Homme et la Nature. Bien mal leur en prend. Quand Neil et Gideon arrivent à Fort Hudson, le village de colons tranquille dont ils avaient le souvenir n’est plus, désormais camp retranché d’où les Indiens sont bannis. Le camp est à la botte d’un arriviste violent et d’une poignée de régulateurs à sa botte, qui verront d’un sale œil que les Pinks aillent demander aux indiens du coin leur version des faits.

Le dosage entre éléments fantastiques, mythologie indienne et psychologie très humaine est encore une fois parfait. Si Neil a gagné en assurance, les événements présents et passés, qui lui sont rappelés, ébranlent ses quelques certitudes. Le jeune homme ne peut s’en remettre qu’à sa droiture morale, et en cela il est un héros modèle, imparfait, parfois impuissant, mais décidé à faire ce qu’il estime juste, n’hésitant pas à prendre fait et cause pour les opprimés.

L’auteur nous laisse sur une fin ouverte de bon aloi, très « américaine » pour ainsi dire, même si avec le nombre de séries à son actif (la dernière est plus contemporaine, dans le Japon des Yakuza), toutes très bonnes, il ne faut guère espérer revoir Neil Galore et les siens. Mais nous aurons passé un excellent moment, de fièvre, d’aventure et de peur, en leur compagnie.


Titre : Le Totem du Peuple sans Ombre
Série : L’Agence Pinkerton, tome 4/4
Auteur : Michel Honaker
Couverture : Benjamin Carré
Éditeur : Flammarion
Site internet : page roman (site éditeur)
Pages : 246
Format (en cm) : 14,7 x 22 x 1,6
Dépôt légal : avril 2013
ISBN : 9782081286542
Prix : 13 €



Nicolas Soffray
28 septembre 2017






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