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Comme un chien
Jack Ketchum et Lucky McKee
Bragelonne, Thriller, traduit de l’anglais (États-Unis), polar/noir, 280 pages, septembre 2017, 21,50€

La famille Cross repose sur Delia, 11 ans. Sa renommée ne cesse de monter, sa mère Pat fait d’ailleurs tout pour cela. Des habituelles pubs, Delia franchit encore un pallier en étant acceptée pour une série télé suite à des auditions. Pendant ce temps, Bart son père dépense allègrement une partie des revenus générés par sa fille : voiture de sport, matériels high-tech sans cesse renouvelés... Robbie son frère est laissé de côté, rien ne justifie que ses parents s’occupent trop de lui. S’il jalouse un peu sa sœur, vedette en devenir, il l’admire pour son abnégation à se sacrifier pour ses parents, car il comprend que c’est surtout de cela qu’il s’agit. Les deux l’utilisent.
Heureusement Delia n’est pas seule dans la vie. Elle a une chienne, Caity qui reste toujours à ses côtés.
Ce fragile équilibre familial est remis en cause la nuit où le feu se déclare dans la chambre de Delia.



Si Jack Ketchum est connu pour ses romans dont trois ont été adaptés à l’écran, notamment « Morte saison » et « Une fille comme les autres », Lucky McKee, présenté comme réalisateur, acteur et écrivain, l’est bien moins. En tout cas, « Comme un chien » possède les qualités pour être transposé en film, ce qui n’a rien d’étonnant au vu de l’association entre les deux auteurs, même s’il est difficile de dire la participation de chacun dans ce récit.

Le roman est porté par trois personnages féminins : Pat (Patricia) la mère qui veut faire de sa fille une vedette, but qu’elle-même n’a jamais réussi à atteindre, Delia qui obéit à Pat, vogue d’audition en audition, de succès en succès, assurant ainsi plus le bonheur de ses géniteurs que le sien, et bien sûr… Caity, fidèle à Delia et qui veille sur elle, remplaçant la mission de Bart et Pat, notamment la fameuse nuit de l’incendie.
De leur côté, les hommes de la maison font pâle figure, même si Robbie prend de l’importance au fil du récit. Son père ressemble à un gosse avide de nouveaux jouets payés par sa fille et non par le fruit de son propre labeur. Robbie s’en rend bien compte, c’est peut-être lui le plus lucide face à cette situation. Tout ce qu’il veut, c’est que Delia retombe du piédestal sur lequel l’ont placé Bart et Pat, ce qui vire au drame.
Au départ, il faut reconnaître que la situation tenait déjà du scandale, Delia est clairement utilisée pour assurer à sa famille une position aisée dans la société. Ils la font travailler sans lui demander son avis, elle n’a que le droit d’obéir à une mère inflexible. Après le drame en partie de leur faute, tout s’effondre, mais ils ne sont pas à court d’idées pour attirer le fric, n’hésitant pas à mettre en scène la souffrance de leur fille. Leur attitude est proprement révoltante et les lecteurs n’auront encore rien vu ! La tension dramatique monte crescendo avec un sens du rythme consommé. Au début du roman, il est difficile d’imaginer jusqu’où il peut aller.

La force de « Comme un chien » ne réside pas uniquement dans la dénonciation de l’exploitation d’une enfant par ses parents, mais aussi dans la relation entre Delia et Caity, celle-ci est fusionnelle, chacune a besoin de l’autre, elles se comprennent et Caity fait preuve d’une intelligence et d’une compréhension extraordinaires pour un chien. Impossible de ne pas être ému par sa détresse quand elle comprend ce qui se passe dans la chambre de Delia, d’autant que les auteurs la mettent en scène, nous transposent dans l’esprit du chien, nous permettant ainsi de mieux appréhender ce que les deux partagent. Cette relation prend de l’importance au fil du récit, elle change aussi de nature et il faut aux lecteurs l’accepter pour que l’histoire fonctionne. Cette touche de fantastique qui peut en rebuter certains constitue peut-être le seul bémol à adresser à Jack Ketchum et Lucky McKee. Celle-ci n’en permet pas moins des développements propres à stupéfier le lectorat et à augmenter le suspense.
L’action atteint même des sommets et est décrite de manière à horrifier chacun.
L’épilogue fait retomber toute la tension accumulée et offre un cadre de paix bienvenu, dans le respect de chaque membre de la famille. La boucle se referme ainsi et laisse le lecteur encore sous le choc.

« Comme un chien » dénonce la transposition des souhaits parentaux sur leurs enfants, ainsi que leur exploitation pour leur propre confort, sans oublier cette société du spectacle avide de sensationnel pour assurer l’audimat. Cette toile de fond offre de formidables personnages féminins propices à éveiller le rejet comme Pat ou l’amitié et la compassion dans le cas de Delia, à laquelle il faut rajouter la chienne Caity, bien plus humaine que la plupart des protagonistes. Toutefois, les auteurs ont dépassé ce cadre, notamment en injectant un zeste de fantastique pouvant prêter à caution mais permettant d’aller toujours plus loin dans l’horreur de la situation. L’intérêt ne faiblit ainsi jamais et le roman se lit quasi d’une traite. De plus, l’ensemble ne laisse pas insensible, les auteurs ont su faire le nécessaire à travers quelques scènes particulièrement éprouvantes.
Après lecture, vous ne regarderez peut-être plus votre chien de la même façon, surtout lorsqu’il dressera les oreilles et vous regardera dans les yeux quand vous vous adresserez à lui.


Titre : Comme un chien (The Secret Life of Souls, 2016)
Auteurs : Jack Ketchum et Lucky McKee
Traduction de l’anglais (États-Unis) : Nicolas Jaillet
Couverture : Photographie © Alexis Ziemski / Arcangel Images
Éditeur : Bragelonne
Collection : Thriller
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 280
Format (en cm) : 15,3 x 23,7
Dépôt légal : septembre 2017
ISBN : 9791093835389
Prix : 21,50 €


Pour écrire à l’auteur de cet article :
francois.schnebelen[at]yozone.fr


François Schnebelen
3 octobre 2017






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