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Galaxies n°48 (Nouvelle Série)
Directeur de publication : Pierre Gévart
Revue, n°48, SF - nouvelles - articles - critiques, août 2017, 192 pages, 11€

Le dossier de ce numéro est intitulé “Yoss et la SF cubaine”, comme si la science-fiction de ce pays se résumait au seul Yoss qui en est bien sûr le représentant le plus connu. Le titre s’avère donc trompeur mais n’enlève rien à la qualité du dossier.
Dans l’entretien, il est question du milieu à Cuba et de la difficulté qu’éprouve l’auteur à faire paraître des ouvrages chez lui, ce qui est un comble mais s’explique par une certaine forme de censure
Depuis « Interférences » et « Planète à louer », quasi rien à se mettre sous la dent, alors ce Spécial Yoss a tout pour séduire les amateurs du Cubain ou plus généralement de SF.
Dans un article, Jacques Fuentealba aborde la propension de Yoss à insuffler du sexe dans ses récits. En plus des ouvrages déjà cités, il traite l’ensemble de l’œuvre en grande partie inédite, ce qui montre l’implication du rédacteur.
Et cerise sur le gâteau : deux textes !



Avec “Les compensateurs”, il revient sur l’histoire de son pays. Rien n’est dû au hasard, mais le fruit d’une science spéciale. Toutefois, attention au retour de manivelle ! Sans que les intervenants soient nommément cités, chacun les reconnaîtra et verra l’attachement de Yoss à Cuba qu’il se plaît à mettre en scène de manière plus ou moins déguisée dans ses récits, non dénués d’humour.
D’ailleurs “Mousse au chocolat spatial à la solitaire... pour deux convives” en recèle une bonne dose, comme le laisse déjà deviner le titre. Il s’agit d’une recette à suivre à la lettre pour éviter les ennuis !
Lire Yoss revient très souvent à s’immerger dans l’histoire de son pays et c’est toujours un plaisir, hélas trop rare, car il a du style et surtout des choses à raconter.

Charles Stross et Cory Doctorow se sont associés pour écrire “Débranché”. Datant de 2003, cette nouvelle dénonce un Internet devenu hors la loi en Amérique du Nord. Pour protéger la propriété, comprendre les intérêts des sociétés de musique et de cinéma, cette mesure extrême a été prise, obligeant des individus débrouillards à trouver la parade pour tirer des réseaux illégaux. Cette pratique est bien sûr sévèrement punie par la loi.
Les deux auteurs se sont emparés de cette notion de propriété et des dispositions prises pour la protéger, les poussant très loin pour l’occasion. La liberté est ici bafouée, l’axe du récit est très bien vu et place l’individu sur le devant de la scène. De la SF engagée !

Cette année, l’édition du Prix Alain le Bussy a connu un bel engouement (plus de 200 textes soumis !) et ce n’est pas un mais deux textes qui l’ont remporté ex æquo. “Triton sur le rivage de sable” de Jean Bury est l’un d’eux, le second sera au sommaire du prochain « Galaxies ». Le jeune Ewen vit une relation symbiotique avec une sterne mécanique. Il rêve de l’empire vaincu par son peuple voilà bien des années et dont la capitale disparaît petit à petit sous le sable du désert.
Cette nouvelle dégage une certaine nostalgie, le cadre est plaisant et Jean Bury a trouvé le bon équilibre pour rendre l’ensemble intéressant. À comparer avec l’autre nouvelle primée et qui relèvera peut-être d’un registre différent.

Anna Go, 27 ans, a enfin déniché un entretien d’embauche correspondant plus à ses compétences qu’un boulot dans le nettoyage. Alors qu’elle croit avoir tout prévu pour y être en temps et en heure, le voyage subit des impondérables... Au début, “Karma Goodies” amuse et quand on se dit qu’Émilie Querbalec va user de ficelles temporelles pour un happy end, tout dérape et sombre dans le n’importe quoi à mes yeux. C’était sûrement plus facile que de trouver une explication alambiquée pour plier le temps à la volonté d’Anna ?

“La plus grande maison” du Russe Viktor Koloupaev date de 1974, mais ne manque pas d’attrait. L’histoire de cette petit fille donne l’impression de tourner en rond, mais la nouvelle obéit à une logique expliquée à la fin. Le sujet lancinant apporte du cachet au récit et aiguille le lecteur vers la compréhension. Voilà le genre de textes qu’il est intéressant de remettre en perspective.

“Lumière” de Ghassan Homsi est bien plus récent (2009), mais relève vraiment d’une SF vieillotte. La conclusion ne surprend guère et augmente encore la naïveté du propos qui ne tient guère la route.

Massimo Balducci livre une intéressante analyse de l’œuvre d’Isaac Asimov. Comment a-t-il été influencé par son pays d’adoption ? Lire Asimov permet-il de mieux comprendre la culture américaine ?
“Musique et SF” présente Jean-Michel Jarre, peut-être le premier nom qui me serait venu à l’esprit pour cette rubrique toujours prenante à lire.
Didier Reboussin poursuit sa “Croisière au long du Fleuve” en traitant le cas des auteurs anglo-saxons. Mis bout à bout, cet ensemble d’articles dressera l’histoire de cette collection mythique.
Pierre Stolze revient sur la tétralogie « Métropolis » scénarisée par Serge Lehman et dessinée par Stéphane de Caneva. Une belle réussite ! Par contre, je suis plus nuancé sur le comic « Astronauts in Trouble ».
Quant aux chroniques, on ne peut manquer de remarquer le nombre important d’ouvrages traduits du russe, en plus de l’anthologie « Étoiles rouge » consacrée à la littérature de science-fiction soviétique.

À l’exception de deux nouvelles, ce « Galaxies » dispose de tous les atouts pour plaire : le dossier Yoss, la SF engagée de Cory Doctorow et Charles Stross, un des textes lauréats du Prix Alain le Bussy... ainsi que des articles intéressants.


Titre : Galaxies Nouvelle Série
Numéro : 48 (90 dans l’ancienne numérotation)
Directeur de publication : Pierre Gévart
Couverture : Alejandro Burdisio (Burda)
Type : revue
Genres : SF, études, critiques, entretiens...
Site Internet : Galaxies
Dépôt légal : août 2017
ISSN : 1270-2382
Dimensions (en cm) : 13,8 x 20,9
Pages : 192
Prix : 11€


À lire également :
- une brève sur la belle couverture signée Burda

Pour écrire à l’auteur de cet article :
francois.schnebelen[at]yozone.fr


François Schnebelen
25 septembre 2017






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