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Villes étranges
Chris Mallory
Editions du 38, Collection du Fou, novellas (France), science-fiction, 240 pages, 16€/5,99€

Un quinqua génie de la physique quantique doit résoudre un problème de faille temporelle de l’intérieur avant que le campus disparaisse.

Un journaliste local au fin fond des USA constate d’étranges comportements suite à la chute d’une météorite dans un champ. Des gens font le même cauchemar, peuplé d’insectes.

Sous le Dôme, une génération s’apprête à quitter la Terre désormais inhospitalière pour aller coloniser Mars. Mais parmi les jeunes gens bien formatés, quelques-uns mettent le doigt sur une autre vérité.



Chris Mallory est fan de SF depuis tout petit, des grands classiques comme Asimov, Clarke ou Herbert. Ses trois novellas sont fortement imprégnées de cet âge d’or. Peut-être trop ?
Ces trois histoires ont des qualités et, hélas, des défauts, le principal étant une écriture souvent inaboutie, un style sans relief, des passages purement descriptifs ou explicatifs, chargés de lourdeurs. Ses personnages sont bourrés de clichés, voire n’en sont qu’un agrégat auquel on peine à s’attacher (et plus encore à s’identifier). A trop vouloir expliquer, remplir des blancs à tout prix, si les histoires intriguent, captivent, la lecture est eu plaisante.

Chaos temporel
Fox, le physicien rockeur et séducteur, mégalo mais conscient de son génie, a juste assez de modestie et de lâcher-prise pour admettre qu’il ne comprend rien à ce qui se passe. Mais contrairement aux autres qui paniquent, lui est tout excité par ce défi (dont l’enjeu est, accessoirement, la survie de notre réalité). Il a assez d’humanité pour balancer vannes et mesquineries envers ses collègues moins compétents, ou se laisser mener par le bout du nez par son ancienne maîtresse, la jeune et jolie fille du Doyen. Et bien sûr, quasi sans aide, il va tout comprendre et sauver le monde, récoltant au passage un peu d’humilité (mais pas trop).
Le déroulé des télescopages temporels est bien construit, on sent le problème s’aggraver, la tension monter, irrémédiablement, il y a côté film catastrophe en plus de la dimension SF, et la résolution est plutôt satisfaisante.
On peut aimer la gouaille du personnage, dans une narration semi-subjective plutôt bien maîtrisée. Mais on n’accroche pas, ou mal, aux acteurs secondaires de cette histoire, d’une unidimensionnalité extrême : le Doyen panique, sa fille est une potiche intelligente, la Présidente des USA donne des ordres...

Jours étranges
Charlie, le journaliste dépressif, sort de sa torpeur alcoolique avec cette chute de météorite, et surtout ses échanges avec la jeune Grace Anderson (peut-être le personnage le plus subtil et le mieux écrit de tout le recueil), à peine adulte et inaccessible. Cela ne manquera cependant pas, elle lui tombera dans les bras (je me demande encore pourquoi). L’impact a rouvert une ancienne mine, et quelque chose semble s’en être échappé, qui donne des cauchemars à Charlie mais aussi, comme il le découvre, à d’autres habitants de leur petite ville.
La montée en tension est plutôt bien faite, on est dans une vraie nouvelle d’ambiance, angoissante, malheureusement plombée par des clichés et quelques scories incompréhensibles (des « Madame Maire » très inélégants à qui mieux mieux, des répétitions et contradictions comme page 135-136), avec une explication finale sympathique (façon de parler) même si elle est assénée d’un bloc. Le retournement de point de vue dans l’épilogue est également attendu, mais savoureux.

Les enfants du Dôme
On se doute assez rapidement que quelque chose cloche volontairement dans cette histoire : comment l’IA du Dôme, Mère, peut-elle ne pas s’apercevoir des projets d’évasion de Josh et Melissa ? La réponse de l’auteur, dans l’explication finale, est à moitié satisfaisante. Et si, encore une fois, l’histoire est bonne et bien structurée, cette volonté de répondre à tous les blancs plombe un récit en mettant en lumière ses incohérences. La pirouette finale, amusante mais inutile, enfonce le clou.

Conclusion : un livre étrange
C’est tout le paradoxe de ce recueil : les histoires sont bonnes, bien structurées, bien pensées, l’atmosphère est là, très prégnante, on la sent même parfois passer par la syntaxe.
Mais ça ne prend pas. Les personnages sont caricaturaux, leur façon de s’exprimer n’est pas naturelle, les conversations sont souvent délirantes, les répliques contradictoires. L’auteur peine à présenter ses univers autrement que par de longues explications, sans mise en situation (le fameux show, don’t tell), et compense la faiblesse stylistique générale par des procédés très mécaniques (pirouette finale, basculement du point de vue). La nouvelle, voire la novella (on est ici entre 60 et 80 pages) n’est pas un art facile, et requiert de la concision, donc répéter quasi à l’identique deux à trois fois la même information à parfois une page d’intervalle... Tout cela nécessiterait, en fait, une bonne réécriture. Une bonne plume, ce que Chris Mallory, malgré ses grandes qualités de structuration, n’est pas encore. Cent fois sur le métier, remettez votre ouvrage...

Mon ressenti final est à l’unisson de ce paradoxe. Je n’aime pas dire du mal par pure méchanceté, aussi j’espère mes remarques constructives. Lecteur de SF depuis bientôt 20 ans, j’ai apprécié les histoires, la bonne gestion de ces thèmes classiques. Mais je n’ai éprouvé que peu de plaisir de lecture, et ai plus souvent pesté contre le texte que savouré un passage ou l’autre. Je ne saurais donc que les conseiller à des lecteurs débutants, peu exigeants sur la forme, qui n’en apprécieront que davantage le fond, belle initiation à la SF d’autrefois, avec ce côté grand spectacle très visuel, et les ambiances de tension très bien rendues.


Titre : Villes étranges
Auteur : Chris Mallory
Couverture : non créditée
Éditeur : Editions du 38
Collection : Collection du Fou
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 233
Format (en cm) :
Dépôt légal : juin 2016
ISBN : 9782374531779
Prix : 16€ ou 5,99€ en numérique



Nicolas Soffray
19 septembre 2017






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