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Un ado nommé Rimbaud
Sophie Doudet
Scrineo, roman (France), biographie, 249 pages, août 2017, 14,90€


« Seul Izambard avait daigné l’écouter et ne pas voir en lui qu’un animal de foire scolaire bardé de médailles en carton-pâte doré. »

Un adolescent brillant qui à l’école ramasse tous les prix et dont la mère devrait être particulièrement fière : sans aucun doute le jeune Rimbaud, jusqu’à présent si bien noté, fera-t-il un jour partie des notables de la ville. Hélas, la voie toute tracée n’est pas aussi simple. L’adolescent n’a d’ambitions que déviantes : il veut être poète. Déjà, il a écrit à Théodore de Banville, déjà, il a écrit des vers qui feront date. Mais nul n’en a cure et l’on voudrait bien le garder dans le droit chemin.

« Arthur avait considéré avec mépris les initiales ouvragées qui s’enlaçaient pour l’éternité : le V sinueux de Vitalie se mêlait au F si élégant de son père absent. F comme Frédéric, F comme Fantassin du désert, F comme Férie, Fleurs en feu, F comme Faille, comme Fourbe… F comme Fuite et V comme Vengeance. »

Rebelle, moins peut-être par réaction ou par principe que porté par la nécessité de faire ou de laisser éclore son art, « ange ébouriffé » destiné à quitter les ombres de Charleville pour gagner la lumière, l’effervescence, les compagnonnages et la gloire de la capitale, un moment soutenu par Izambard, un de ses anciens professeurs qui a décelé en lui bien plus que du talent, Rimbaud, à l’occasion d’une première fugue avortée en direction de Paris, échappe trop brièvement à un milieu qui l’étouffe. Il n’aura d’autre choix que de fuguer encore.

« Ce sera pire que la mort pour vous, Rimbaud. Ce sera le silence et l’oubli. L’oubli qui est l’enfer des génies.  »

Fuguer pour échapper à une situation familiale dans laquelle il ne parvient pas à s’épanouir – une mère austère et rigide, un père militaire toujours en mission qui a fini par quitter le foyer –, fuguer pour échapper aux rêves étriqués d’une bourgeoisie carolomancienne autosatisfaite, fuguer pour trouver autre chose. Le contexte, c’est le moins que l’on puisse dire, n’a rien de propice : la défaite face aux avancées prussiennes de 1870, l’écrasement sanglant de la Commune en 1871, pour laquelle le jeune homme s’est un moment enthousiasmé.

«  Je me noie peut-être, mais ma poésie, elle, grandit dans cette fange. Tu comprends, il faut se faire voyant. »

Encouragé par Théodore de Banville, conforté dans ses choix par la publication de ses premiers vers, Rimbaud, trop libre, trop éveillé, trop grand, s’éloigne de plus en plus de ces bourgeois qu’il juge grossiers, médiocres, superficiels. On sait ce qu’il en est de la période trouble qui s’ensuit pour Rimbaud, du vagabondage, de la débauche, de ses relations tumultueuses avec Verlaine. Si l’on excepte un ultime chapitre, le roman s’achève sur la rencontre de Rimbaud avec l’auteur des « Fêtes galantes. » Le génie est en marche, les semelles deviennent de vent, la légende, dès lors, s’écrit d’elle-même.

En mettant en scène ces deux années d’adolescence de Rimbaud, de juillet 1869 à septembre 1781,Sophie Doudet s’attache à une période essentielle, celle qui voit l’éclosion de son génie. Récit d’un embrasement cérébral dont on sait qu’il ne durera que quelques années (Rimbaud abandonnera la poésie en 1875, après le décès de sa sœur Vitalie), « Un ado nommé Rimbaud » recrée une série d’épisodes célèbres, et certainement décisifs, de la biographie du poète.

Fluide et facile à lire, soucieux de véracité historique – une annexe explique au lecteur ce qui est vrai, ce qui est recréé, ce qui a été inspiré par des vers du poète – « Un ado nommé Rimbaud » contient bien des passages émouvants, auxquels de belles idées, comme celle de la genèse du « Bateau ivre », viennent donner un éclairage tout particulier.

Sans s’aventurer à porter de jugements sur le poète ni sur ses contemporains, Sophie Doudet déroule la chronologie au plus près de l’Histoire, et révèle au lecteur ses sources chapitre par chapitre. Une brève biographie de Rimbaud est également fournie en fin de volume, qui permettra au lecteur curieux – et qui ne le serait pas ? – d’en savoir un peu plus sur le destin de Rimbaud après la fin de ce roman, c’est-à-dire de 1872 à sa mort en 1891. Une biographie utile et volontairement succincte, qui produira chez tout adolescent un tant soit peu éveillé – et même chez tout adulte – le même effet que le roman : attiser sa curiosité quant à ce que fut l’homme, et donner envie d’aller lire ou relire ses œuvres.


Titre : Un ado nommé Rimbaud
Auteur : Sophie Doudet
Couverture : David Chapoulet / Véronique Boniol
Éditeur : Scrineo
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 249
Format (en cm) : 13,5 x 21
Dépôt légal : août 2017
ISBN : 97823675308
Prix : 14,90 €

Les éditions Scrinéo sur la Yozone :

- « Aelfic »
- « Les Océans stellaires »
- « Le Secret de la dame en rouge »


Hilaire Alrune
4 septembre 2017






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